Harajuku et la mode japonaise : Histoire et caractéristiques

L’Archipel japonais prouve que la superficie d’un pays ne détermine pas l’impact qu’il peut avoir sur le monde. En quelques dizaines d’années, l’influence de la culture japonaise a frappé les quatre coins de la planète. Il en est de même pour Harajuku, une microville au beau milieu de nulle part qui a propulsé le style japonais sur la scène internationale. Ce petit quartier tokyoïte se situe à Shibuya, l’un des arrondissements de la capitale. Avant les années 60, les rues de Harajuku étaient méconnaissables. Très peu peuplée et pas assez développée, la ville était assimilée à la banlieue éloignée de Tokyo. Son aménagement commence quelque temps avant les Jeux olympiques de 1964 organisés au Japon.

Si tu prévois d’aller au Japon un jour, Harajuku est un détour obligatoire. La ville a su garder sa position de capitale de mode moderne des années durant. Aux yeux des amoureux de la mode, Harajuku représente le symbole d’une révolution. Son côté atypique est en grande partie responsable de sa popularité. C’est le Japon avant-gardiste qu’on nous montre dans les documentaires et qu’on dépeint dans les films. Un tout petit quartier qui cache en underground un univers à part entière.

À Harajuku, tout pivote autour de la mode. Si le mode de vie y est si extravagant, c’est avant tout parce que ses habitants font de leur tenue le reflet de leur personnalité. Qui eût cru que donner libre cours à son imagination porterait si bien ses fruits ! La force de la foule a réussi à inverser la balance. À Harajuku, c’est le style de la rue qui dicte aux magasins de mode ses besoins, contrairement au monde occidental où ces derniers imposent leurs goûts.

Aux frontières entre l’imaginaire et la réalité, les styles osés de Harajuku ne manquent pas de créativité. Le long de Omotesando, la rue principale de la ville, on venait tout juste d’inaugurer des cafés et des magasins de mode haut de gamme. Il en faut si peu pour encourager les jeunes de Harajuku à sortir défiler le long de l’allée chaque semaine. C’était un lieu de rendez-vous pour les passionnés de mode qui se donnaient à cœur joie à leur hobby préféré. Ayant la liberté d’expression artistique la plus absolue, ces rencontres hebdomadaires étaient un festival où on arborait fièrement ses plus belles créations. Hélas, les défilés de Harajuku se sont éteints dans les années 90.

Les rassemblements de mode suspendus, l’identité d’Harajuku n’en est pas pour autant perdue. Au début des années 90, le streetwear japonais d’ura-harajuku prend son envole. Enraciné dans les quartiers marginaux de Tokyo, ça devient une tendance planétaire qui domine l’industrie de la mode à ce jour.

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Plus que de simples tenues, s’habiller à Harajuku prend une dimension spirituelle. C’est un état d’âme, une façon d’être qu’on acquiert naturellement. À Harajuku, on s’attache à cet aspect du quotidien qui a une réelle valeur émotionnelle. Aussi bizarre que cela puisse sembler, à Harajuku, c’est devenu une normalité de se teindre les cheveux rose fuchsia, de s’habiller comme son anime préféré et de porter des accessoires extravagants. Tu ne comprends toujours pas pourquoi tout le monde est emballé par la mode à Harajuku ? Disons qu’ils ont ce petit plus qui les rend carrément irrésistibles. S’il devait se résumer en un mot, ce serait créativité.

Même si on a une idée du style caricatural de Harajuku, on ne pourra jamais le cerner. Sa force réside en la diversité des looks qu’on y trouve. Crois-nous sur parole, marcher dans les rues de Harajuku, et avoir la chance d’apprécier la mosaïque qui en résulte, c’est vraiment quelque chose. La règle est de ne pas avoir de règle ! Harajuku, c’est un écosystème à part entière. Ce qui lui vaut cette réputation planétaire : c’est sa diversité. Là-bas, le cadre du conventionnel ne veut plus dire grand-chose. Harajuku, c’est la ville où confluent tous les styles vestimentaires imaginables. Leur diversité fait tout leur charme.

Prêts à découvrir les styles et les mouvements emblématiques qui ont marqué le monde entier ? Voici quelques exemples:

  1. Lolita: est l’une des plus grandes sous-cultures du Japon aujourd’hui. Cette mode japonaise emblématique a vu le jour ; oui tu l’as deviné, à Harajuku. En effet, ces jeunes femmes ressemblant à de véritables poupées grand format ne passent pas inaperçues. Bien que la culture Lolita n’a rien de nouveau, le mouvement ne sera officiellement reconnu qu’en 1987. Aujourd’hui cette mode ne cesse d’évoluer et de grandir.
  2. Lolita Style
  3. Visual Kei: Qui dit Visual Kei, dit culture japonaise par excellence. Avec une montée en puissance des groupes de glam rock dans les années 80, ce style s’impose sur la scène de la mode. C’est la raison pour laquelle on va souvent te dire que le Visual Kei est le mouvement japonais le plus complet. En effet, il contient tellement de sous-styles qu’on pourrait lui dédier un article complet. En bref, cette culture se définit par des maquillages et des coiffures très exagérés, le tout complété par une fine touche gothique. À partir des années 2000, ce mouvement se renouvelle par le Neo-Visual Kei, en incorporant des costumes de théâtre.
  4. Visual Kei Style
  5. Rockabilly: Le style rock’n’roll des années 50’ te manque ? Eh bien, c’est ton coup de bol, car les rockabillys japonais l’ont fait revivre ! En effet, il y a environ 35 ans, le style Rockabilly a frappé de plein fouet Harajuku, nation de la mode. Si tu vas au Japon, tu ne pourras pas rater un Rockabilly quand il passera. Si tu es de passage un week-end à Harajuku, pense bien à faire un tour au parc Yoyogi. Tu es presque certain de trouver un groupe de danseurs Rockabilly. Ils se produisent presque tous les week-ends de l’année. Encore une fois, les Rockabillys nous montrent que la mode ne se limite pas aux vêtements.
  6. Rockabilly Style
  7. Mori Gal: Es-tu un amoureux de la nature et du grand air ? Tu es un passionné par les petits coins tranquilles ? Contrairement aux autres sous-cultures de notre liste, le Mori Gal est bien plus complexe à définir. Pour faire simple, « Mori » veut dire « forêt ». Tout dans ce style se dit en harmonie avec la nature. Ainsi, la base du style Mori Kei est des vêtements vintage aux couleurs fleuries et verdoyantes. Dis comme ça, ça peut sembler qu’il s’agit d’un style uniquement féminin. Détrompe-toi, toute l’esthétique est très neutre.
  8. Mori Gal Style
  9. Street Kei: S’inspirant grandement du streetwear américain, le Street Kei est l’expression japonaise ultime de la mode urbaine. Le Street Kei ne diffère pas trop du streetwear classique avec les baskets, les pantalons hip-hop et les accessoires. Tu dois bien le savoir maintenant, au Japon on est très soucieux du détail ! alliée au souci du détail japonais. C’est pour cette raison que le fondement du mouvement Street Kein sont les sneakers de grands créateurs et designers. Si tu as l’œil assez attentif lorsque tu fais la queue pour acheter les dernières nouveautés de Supreme ou comme des Garçons, tu pourras bien reconnaître un Street Kei.
  10. Street Kei Style
  11. Fairy Kei: Oui, le fairy dans Fairy Kei est pour féérique, et ça résume parfaitement l’essence de ce style. Ce style fantaisiste est tout bonnement magique !
  12. Fairy Kei Style
  13. Cosplay: Impossible de passer son chemin à Harajuku sans croiser les fameux cosplayers. N’ose pas les comparer aux fans de cosplay français, parce que le choix est vite fait. La compétition n’est pas au même niveau : leurs costumes sont super bien faits, et les finitions méga réalistes.

Les subcultures Harajuku sont beaucoup trop nombreuses pour tout aborder à la fois. On a détaillé le plus gros, mais de nombreux autres styles moins populaires méritent qu’on attire l’attention dessus.

Harajuku, c’est aussi là où le streetwear japonais a fait ses tout débuts. Plus moderne et plus travaillé que les autres styles japonais du moment, c’est la vedette des années 90. Leur côté terre-à-terre et lo-fi apaise le côté sobre qu’on connaît aux asiatiques. Ce qui est aujourd’hui un succès international n’était qu’un petit magasin d’impression de T-shirt personnalisé. Les modestes débuts du streetwear de Harajuku ont été sauvés grâce à la touche d’originalité et le grand travail de création qu’il y avait derrière.

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Sans les designers de renoms, les plus beaux styles n’auraient jamais vu le jour. Et des designers de mode, faut dire qu’il y en a un paquet à Harajuku.

Dans le subconscient collectif, Kenzo Takada sera connu à jamais comme étant le visionnaire de la marque de mode internationale Kenzo. Ses designs sont fortement inspirés de l’esprit de Harajuku. Après son arrivée en France en 1965, il est devenu le premier designer japonais à se faire un nom sur la scène de la mode parisienne.

Kansai Yamamoto est célèbre pour avoir créé les costumes de scène du chanteur David Bowie, incarnant son alter ego Ziggy Stardust, début des années 70. Après un bon départ à la London Fashion Week de 1971, il est devenu populaire dans le monde entier. De nos jours, il squatte Harajuku de temps à autre.

Nigo est le créateur de la marque de streetwear pour hommes Bathing Ape (BAPE). Portée par de nombreux rappeurs et chanteurs de hip-hop, tels que Kanye West et The Notorious B.I.G, c’est l’une des marques urbaines japonaises les plus populaires. La marque se caractérise par la récurrence du fameux gorille comme logo et motif.

Hanae Mori est une créatrice multirécompensée qui est, de surcroît, l’une des premières femmes à poursuivre une carrière de mode au Japon. Après avoir fait carrière en tant que couturière de costumes de films japonais, elle s’engage dans la haute couture. Qu’est ce qui l’a motivée à faire le pas ? Une visite au magasin de Coco Chanel à Paris. Sa marque de fabrique est des fleurs et symboles japonais revisités par des styles et techniques occidentales.

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Ce qui est bien, c’est que tout le monde peut s’inspirer des styles de Harajuku. Et le plus important, de laisser libre cours à ton imagination, et de suivre ton instinct !

[GONGMAX] MY JAPAN, GONGMAX se met à la mode d'Harajuku (extrait)

La folle passion de Harajuku s’éteint-elle à petit feu ? Ce qui était pourtant inconcevable est une vraie menace. Pour certains, le niveau d’énergie de la ville ne cesse de décroitre. Ces rumeurs sont-elles fondées ? Disons que les avis divergent. Harajuku, le quartier qui a bercé les tendances les plus excentriques, n’est pas à l’abri du mainstream. Avec la mondialisation, les magasins de fast fashion ont envahi ce havre de paix que les mouvements artistiques les plus osés ont pris comme refuge.

L’autre facteur qui a compromis l’originalité de Harajuku, c’est l’afflux monstre de touristes. Peu à peu, les boutiques souvenirs se sont installées à chaque coin de rue. De leur côté, les amoureux de Harajuku ne perdent pas espoir. La mode est avant tout un phénomène en constante évolution. Espérer garder l’ancien Harajuku à jamais, c’est freiner son libre cours artistique. Certes, les couleurs sont délavées et c’est moins inspiré de la culture anime, mais ce n’est pas moins impressionnant qu’avant. Il y a eu une vague de sobriété qui a apporté de la valeur ajoutée à Harajuku, sans lui aspirer son âme. Et puis ce n’est pas pour se la ramener, mais Harajuku Fashion a été classé 5e recherche Google de mode la plus populaire en 2019.

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