Les Football Leaks, une vaste série d'articles sur les pratiques douteuses dans le monde du football, ont été lancés par Mediapart. Deux ans après une première salve de révélations, le site et ses partenaires de l’European Investigative Collaborations (EIC) ont fait encore plus fort avec une masse de documents inédits dévoilés au grand jour.
Fraude, corruption, discriminations, espionnage ou encore impunité des dirigeants... Les Football Leaks mettent au jour les pratiques des grands clubs du football européen comme le Paris Saint-Germain, l’AS Monaco, Manchester City, quand ce ne sont pas celles des instances dirigeantes elles-mêmes, comme l’UEFA ou la Fifa.
Réactions et Défis Rencontrés par Mediapart
Fabrice Arfi, responsable du pôle Enquêtes à Mediapart, revient sur les attaques dont le site fait l’objet après la parution des Football Leaks. Pourtant, malgré l’ampleur des dérives démontrées par Mediapart, une partie des commentateurs spécialistes du football ne semblent pas convaincus.
Lorsqu’on lit les réactions de journalistes spécialisés ou de consultants comme Pierre Ménès ou Daniel Riolo, on a l’impression d’assister à un procès en illégitimité de Mediapart... On avait déjà dû affronter ça au moment de la saison 1 des Football Leaks en 2016 ou dès l’affaire des quotas [en 2011, Mediapart publie une enquête démontrant l’existence de quotas ethniques à la FFF dans le cadre de la formation et de la sélection de jeunes footballeurs].
Lorsqu’on révèle des informations qui n’ont pas trait aux stratégies sportives - soit des dérives financières ou des pratiques discriminatoires -, ces grands prêtres du commentaire footballistique, au lieu de nous répondre sur le fond de nos révélations, nous disent « Mediapart, vous n’y connaissez rien au foot ! » Mais nos enquêtes, par exemple sur le fichage ethnique au PSG, ne nécessitent pas une connaissance du sport pour voir qu’il y a un problème discriminatoire. Le PSG lui-même qualifie ces fichiers d’illégaux.
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Il y a un ensemble de personnes qui se croient propriétaires de tout ce qui, de près ou de loin, touche à l’industrie du football. Au lieu de discuter des informations, ils disqualifient celui qui les apporte et les met sur la table. Il y a une absence de distance qui, de mon point de vue, est problématique.
Le PSG et la Protection Médiatique
Le PSG suscite mécaniquement, chez un grand nombre de commentateurs, des pudeurs. Le ton utilisé par ces derniers était plus offensif à l’encontre de Monaco ou de Manchester City, alors que les faits reprochés étaient équivalents. Mais on doit aussi dire que le seul quotidien sportif de France, L’Equipe, a traité ces révélations.
En revanche, et je ne veux surtout pas généraliser, il y a une partie des spécialistes du commentaire qui semble protéger le monde dans lequel ils vivent. Exactement. Il y a un point compliqué, que l’on peut retrouver dans le journalisme politique : la fierté de fréquenter un ministre ou un dirigeant de club, des joueurs très connus, d’être dans les avions pour aller voir les matchs, de faire le tour d’Europe pour les suivre... C’est en réalité la tragédie du rubricard un peu trop installé, du journaliste « habitué ».
Je pense d’ailleurs qu’il serait intéressant que certains commentateurs patentés du football, que l’on voit notamment faire de la publicité pour des sites de paris en ligne, fassent des déclarations d’intérêts, puisque ça ne leur pose pas de problèmes d’avoir des relations commerciales liées à leur sujet.
Si vous ajoutez à cela la furia des supporters, qui n’est pas sans rappeler parfois la furie de certains militants politiques, avec une dévotion telle qu’on en perd parfois toute raison, ça brouille totalement la compréhension rationnelle, nuancée, raisonnée des révélations qu’on essaye de faire.
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Deux journalistes de Mediapart, Yann Philippin et Michaël Hajdenberg, sont allés dans l’émission la plus regardée par les fans de foot, L’Equipe du soir sur la chaîne L’Equipe, lors de deux soirs différents. Et plusieurs personnes présentes sur le plateau, même si Yann Philippin était invité soixante-douze heures après la publication du premier article, n’avaient même pas lu les papiers. Il a fallu leur expliquer de quoi il s'agissait vraiment.
Le drame de notre métier, c’est le journalisme déclaratif, on se contente de ce que disent les uns et les autres au lieu de vérifier quels sont les faits.
Réception Internationale et Comparaison
Par exemple, dans plusieurs stades allemands ce week-end, y compris au Bayern Munich, il y avait de grandes banderoles remerciant « John », notre source, et les Football Leaks. Il n’y a pas eu ce débat français, qui est capté par une « zemmourisation » de l’époque.
Il est vrai qu’il y a beaucoup plus d’articles le concernant que sur Monaco ou Manchester City pour l’instant. Mais de fait, dans la masse des documents que nous avons traités, il y a énormément de choses, vraies et d’intérêt public, sur le PSG. C’est normal qu’on écrive sur le Paris Saint-Germain, parce que c’est là qu’il y a le plus d’argent, de cupidité, de sentiment d’impunité et d’abus de pouvoir.
Mais ce que dit John est vrai. Il est obligé de changer de pays car il a dénoncé les pratiques d’une industrie qui est devenue un lieu de prédation financière, de blanchiment, de corruption et de dérives du même ordre que les secteurs du pétrole, de l’armement ou du médicament. Le football est devenu un territoire où l’éthique et les bonnes conduites sont en perdition.
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Football leaks : le PSG et le Qatar fraudent, l'UEFA couvre
Conséquences des Football Leaks
Plongée dans l'affaire retentissante des «Football Leaks », révélée au monde en deux «coups», fin 2016 et fin 2018.
- Quel domaine ? Dissimulation fiscale pour le premier volet, corruption et coutournement du fair-play financier pour le second.
- Quand ? Le premier volet du scandale a été divulgué le 2 décembre 2016. Un second volet a été publié le 2 novembre 2018.
- Qu'est-ce qui a fuité ? Pour le premier volet : 18,6 M de documents (notamment des contrats) relatifs aux montages financiers de certaines stars du football pour échapper au fisc (1900 gigaoctets). Pour le second volet : 70 M de documents toujours relatifs au dessous du foot-business.
- Qui a fait fuiter ? Un administrateur de la plateforme d'accueil des fuites footballleaks2015.wordpress.com a fait parvenir les premiers documents au journal Der Spiegel en 2016. La source des documents de la fuite de 2018 n'est pas encore connue.
- Qui a traité et divulgué les informations ? Le réseau European Investigative Collaborations, dont est membre le français Mediapart
Quelles révélations ?
- Le fonds de placements maltais Doyen Group, spécialisés dans les contrats de joueurs, est également accusé de blanchir son argent aux Iles Vierges…
- Le second volet a mis en lumière les efforts des propriétaires du PSG (le Qatar) et de Manchester City (Abou Dhabi) pour «maquiller» les irrégularités de leurs clubs concernant le fair-play financier, cette règle interdisant à un club engagé en compétition européenne de dépenser plus que ce qu'il ne gagne en propre. Plus largement, les médias de l'EIC accusent ce dernier de couvrir les faits de corruption plutôt que de les empêcher, comme il l'avait promis lors de sa campagne pour accéder à la présidence.
Quelles conséquences ?
- Pour le premier volet : Radamel Falcao et Jorge Mendes ont été mis en examen par la justice espagnole, qui a également poursuivi Cristiano Ronaldo. Nasser Al-Khelaïfi et Jean-Claude Blanc ont négocié directement avec les patrons de l'UEFA.
Les documents Football Leaks permettent aussi d'éclairer la deuxième mise en cause du PSG par les enquêteurs du Fair-Play Financier, en 2017, enquête qui a d'abord blanchi le club, le 13 juin dernier, avant d'être relancée en septembre par la Chambre de jugement de l'ICFC qui a saisi à nouveau la chambre d'instruction «pour un examen plus approfondi».
Mediapart rapporte aussi comment une «colère noire» du patron du PSG lui a permis d'obtenir de Platini une réduction de l'amende du club (60 M€) au niveau de celle de Manchester City, le rival d'Abou Dhabi. Ou encore comment Infantino a accepté que le PSG comptabilise de façon rétroactive une fraction du contrat avec Qatar Tourism Authority (QTA) pour la saison 2013-2014, là encore pour imiter Manchester City qui venait de bénéficier d'une levée de ses sanctions avec un an d'avance.
Vendredi 2 novembre, Mediapart a révélé que le Qatar, propriétaire du Paris-Saint-Germain (PSG) depuis 2011, avait réussi à contourner les règles du FPF, ce mécanisme introduit par l’UEFA en 2010, et en vertu duquel les équipes continentales ne doivent pas dépenser plus qu’elles ne gagnent sous peine de sanctions.
En avril 2014, M. Infantino a ainsi négocié un accord à l’amiable avec les hiérarques du PSG, ainsi qu’avec ceux de Manchester City, propriété du cheikh Mansour d’Abou Dhabi, un club dont le déficit était alors abyssal (233 millions d’euros de pertes entre 2011 et 2013). Alors que la chambre d’instruction de l’instance de contrôle financier des clubs (ICFC) du FPF est censée être indépendante et souveraine, M. Infantino mène les tractations dans son dos et fait preuve de complaisance à l’égard des deux « nouveaux riches » du ballon rond européen, dont l’amende est réduite de 60 millions à 20 millions d’euros.
Selon les "Football Leaks", l'enquête, réalisée par un consortium de journaux européens, le PSG et Manchester City, qui auraient été "couverts" par l'UEFA pour contourner les règles du fair-play financier.
Ainsi, Abou Dhabi aurait "apporté la somme hallucinante de 2,7 milliards d'euros" à Manchester City en sept ans, "grâce à son actionnaire et à des contrats de sponsoring surévalués", avaient pointé les "Football Leaks", mettant en cause les deux patrons de l'UEFA de l'époque, Michel Platini, le numéro un, et Gianni Infantino, numéro deux devenu depuis président de la FIFA.
Selon cette enquête, réalisée par un consortium de journaux européens, l'UEFA, et ses deux patrons de l'époque Michel Platini et Gianni Infantino - devenu depuis président de la Fifa -, auraient "en connaissance de cause aidé les clubs (PSG et City) à maquiller leurs propres irrégularités, pour des 'raisons politiques '".
Pour les accusateurs, il s’agit d’un moyen de déguiser le budget avec des contrats considérablement surévalués, ce qu’étayent les expertises, et de contourner les contraintes du Fair-play financier de l’UEFA (FPF).
Tous ont trahi les valeurs les plus élémentaires du sport dont, tous, ils se réclament pourtant. Aujourd’hui, les pouvoirs économiques ont pris le pouvoir au point d’imposer leurs conditions au pouvoir sportif, sommé d’avaler en silence ses principes et sa part du gâteau.
Tableau récapitulatif des principaux points soulevés par les Football Leaks :
| Thème | Clubs concernés | Instances concernées | Conséquences |
|---|---|---|---|
| Fair-play financier | PSG, Manchester City | UEFA, FIFA | Sanctions allégées, contournement des règles |
| Corruption | Divers clubs européens | UEFA, FIFA | Manque de transparence, conflits d'intérêts |
| Discrimination | PSG | FFF | Fichage ethnique, pratiques illégales |
| Dissimulation fiscale | Stars du football | Aucune | Enquêtes judiciaires, poursuites |
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