Analyse de "Consolation à M. du Périer sur la mort de sa fille" de Malherbe

François de Malherbe (1555 - 1628) est un poète officiel pour la cour d'Henri IV de 1605 à 1628. Il influence la poésie française en la considérant comme une science. Après sa mort, ses disciples continuent de partager son regard méticuleux sur l’écriture.

CONSOLATION A M. DU PERIER ( F. de MALHERBE)

Il écrit "Consolation à M. du Périer sur la mort de sa fille" en 1599 suite au décès de Marguerite, la fille de son ami Monsieur Du Périer. Ce poème est une réécriture d’un poème plus ancien, "Consolation à Cléophon", qu’il écrit en 1592 après le décès de Rosette la fille de son ami Cléophon. Il ne cessera d’écrire des consolations. En 1614 il adresse une lettre de consolation à la princesse de Conty après la mort de son frère et en 1627 il publie une consolation pour Nicolas de Verdun suite au décès de sa femme.

L'œuvre de Malherbe a suscité des réactions diverses au fil des siècles, allant de l'admiration à la critique. Examinons de plus près ce poème et son impact.

Le poème "Consolation à M. du Périer"

Voici un extrait du poème :

CONSOLATION A MONSIEUR DU PERIER GENTILHOMME D’AIX EN PROVENCE SUR LA MORT DE SA FILLE

Ta douleur, Du Perier, sera donc eternelle,
Et les tristes discours
Que te met en l’esprit l’amitié paternelle
L’augmenteront toujours !

Le malheur de ta fille au tombeau descenduë
Par un commun trespas,
Est-ce quelque dedale où ta raison perduë
Ne se retreuve pas ?

Je sçay de quels appas son enfance estoit pleine,
Et n’ay pas entrepris,
Injurieux ami, de soulager ta peine
Avecque son mespris.

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Mais elle estoit du monde, où les plus belles choses
Ont le pire destin,
Et rose elle a vescu ce que vivent les roses,
L’espace d’un matin.

Puis quand ainsi seroit, que selon ta priere,
Elle auroit obtenu
D’avoir en cheveux blancs terminé sa carriere,
Qu’en fust-il advenu ?

Penses-tu que, plus vieille, en la maison celeste
Elle eust eu plus d’accueil ?
Ou qu’elle eust moins senti la poussiere funeste
Et les vers du cercueil ?

Non, non, mon Du Périer, aussi-tost que la Parque
Oste l’ame du corps,
L’âge s’évanoüit au deça de la barque,
Et ne suit point les morts.

Tithon n’a plus les ans qui le firent cigale1,
Et Pluton aujourd’huy,
Sans égard du passé, les merites égale
D’Archemore et de luy.

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Ne te lasse donc plus d’inutiles complaintes,
Mais sage à l’advenir,
Aime une ombre comme ombre, et de cendres esteintes
Esteins le souvenir.

C’est bien, je le confesse, une juste coustume,
Que le cœur affligé,
Par le canal des yeux vuidant son amertume,
Cherche d’estre allegé.

Mesme, quand il advient que la tombe separe
Ce que nature a joint,
Celuy qui ne s’esmeut a l’ame d’un barbare,
Ou n’en a du tout point.

Mais d’estre inconsolable, et dedans sa memoire
Enfermer un ennuy,
N’est-ce pas se hayr pour acquerir la gloire
De bien aimer autruy ?

Priam, qui vit ses fils abbatus par Achille,
Desnué de support,
Et hors de tout espoir du salut de sa ville,
Receut du reconfort.

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François, quand la Castille, inégale à ses armes,
Luy vola son Dauphin,
Sembla d’un si grand coup devoir jetter des larmes
Qui n’eussent point de fin.

Il les secha pourtant, et comme un autre Alcide
Contre fortune instruict,
Fit qu’à ses ennemis d’un acte si perfide
La honte fut le fruict.

Leur camp, qui la Durance avoit presque tarie
De bataillons espais,
Entendant sa constance eut peur de sa furie,
Et demanda la paix.

De moy, desja deux fois d’une pareille foudre
Je me suis vu perclus,
Et deux fois la raison m’a si bien fait resoudre
Qu’il ne m’en souvient plus.

Non qu’il ne me soit grief que la tombe possede
Ce qui me fut si cher;
Mais en un accident qui n’a point de remede,
Il n’en faut point chercher.

La mort a des rigueurs à nulle autre pareilles :
On a beau la prier,
La cruelle qu’elle est se bouche les oreilles,
Et nous laisse crier.

Le pauvre en sa cabane, où le chaume le couvre,
Est sujet à ses loix,
Et la garde qui veille aux barrieres du Louvre
N’en défend point nos rois.

De murmurer contr’elle et perdre patience,
Il est mal à propos :
Vouloir ce que Dieu veut est la seule science
Qui nous met en repos.

François de Malherbe

Influence et réception critique

Malherbe n'avait pas que des admirateurs au XVIIe siècle. En 1647, Patru déclare : « Dans sa prose il use de beaucoup de mots et de phrases qui ne sont pas à imiter » (II, p. 623). Le témoignage de Tallemant des Réaux démontre que l'auteur de L'Astrée n'avait rien en commun avec celui qui se vantait de donner des entraves aux Muses, celui qu'on a appelé le « Père Luxure » (I, p. 119). Tout poète, disait-il, n'était « pas plus utile à l'Estat qu'un bon joüeur de quilles » (Ibid., I, p. 115).

Aux dires de Racan, Malherbe dédaignait peinture, musique et même poésie, des sciences « qui ne servent que pour le plaisir des yeux et des oreilles » (p. 14). Malherbe se vantait de mépriser également les vers des Grecs et ceux des Latins (Tallemant, I, p. 110). « Il avoit effacé plus de la moitié de son Ronsard η » (Ibid., I, p. 119). Il avait ajouté deux cents pages de commentaires désobligeants aux poèmes de Desportes (Note d'A. Adam, Tallemant, I, p. 800). Et pourtant, Malherbe lui-même ne reculait pas devant les clichés les plus éculés.

Honoré d'Urfé critique littéraire est un lecteur consciencieux, voire pointilleux. Malherbe n'a pas été son unique cible. De ces échanges plutôt acerbes entre hommes de métier, retenons quand même une expression que l'on doit à Ménage, « la divine Astrée ».

Francis Ponge, lecteur de Malherbe

Le choix du "Pour un Malherbe", publié en 1965, paraît de nature à fournir une réponse positive. Ce livre somme, sorte d’art poétique, ne traite plus des choses, comme le premier recueil par lequel le poète posa pour la première fois sa voix d’auteur. L’objet est un poète considéré comme majeur, mais dont il s’agirait de remodeler la figure : « un Malherbe » ; pour l’évoquer, Ponge prend, au moins partiellement, la posture du lecteur, amateur et introducteur à l’œuvre d’autrui. Il ne renonce pas pour autant à un statut d’exception et se pose en alter ego poétique, comme semble le suggérer cette étonnante évocation de « la route qui mène de Lucrèce à moi » (Pour un Malherbe, p. 230). Dès lors, l’autre question en suspens est de savoir si une telle parole, en quelque manière redoublée, laisse encore place à une parole de tiers lecteur.

Le monument que Ponge rêve d’ériger à la gloire de Malherbe est largement dirigé contre ce que l’histoire littéraire a dit de cet auteur. À cette fin, l’érudition n’est pas délaissée : « À compter de décembre 1954, Ponge fréquente la bibliothèque nationale, la Bibliothèque Sainte-Geneviève, la Mazarine et l’Arsenal pour une enquête que ...

La focalisation sur les objets qui domine d’un bout à l’autre de l’œuvre, du Parti pris des choses (1942) à Comment une figue de paroles et pourquoi (1977), laisse peu de place à un discours sur un sujet créateur dont les seuls équivalents seraient les textes consacrés à des peintres : Braque, Fautrier, Dubuffet. Mais il s’agit ici d’écriture et en quelque sorte d’une parole malherbienne, à entendre.

L'exception répond à une admiration ancienne qu'on trouve dès les années 1920, dans « Notes pour un coquillage ». Déjà la lettre du 21 janvier 1917 exprime la fascination pour Malherbe : « Je suis en ce moment plongé jusques au cou dans mon devoir de littérature sur le lyrisme de Malherbe15… » Le livre paraît en 1965 au terme d’une histoire éditoriale mouvementée, marquée par six campagnes d’écriture, du 21 juin 1951 au 24 juillet 1957.

Cette parole est par ailleurs hybride. Elle tient du journal par l’ordre chronologique des huit parties, souvent précédées d’une date et d’un lieu d’écriture : « “L’Orangerie”, à Trie-Château (Oise), 21 juin 1951 » (I) ; « les Fleurys, mercredi 24 juillet 1957, plus tard » (VIII). Elle présente aussi certains traits autobiographiques : la première partie évoque ainsi l’adolescence de Ponge à Caen, la maison natale de Malherbe devant laquelle il passait « chaque jour » (p. 36) et sa destruction après la Seconde Guerre mondiale. Le livre constitue encore une biographie allusive et partielle de Malherbe, avec un tableau d’époque, à la charnière du xvie et du xviie siècle.

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