Le Krump, un style de danse urbaine né dans les années 1990 à Los Angeles, se caractérise par des mouvements intenses, rapides et très expressifs. Il se distingue par son énergie brute et son aspect improvisé.
Le Krump puise dans les émotions profondes de ses danseurs, qui utilisent leur corps pour raconter des histoires ou exprimer des sentiments forts, comme la colère, la joie ou la résilience.
Popularisée en 2005 par David LaChapelle, cette danse méconnue renaît en France depuis une dizaine d'années grâce à une communauté d'activistes qui se rassemble ce week-end pour la 6e édition du championnat “Illest International Battle”, au WIP Villette.
Les Origines du Krump
Aux débuts des années 2000 à L.A., sur fonds de trafic de drogues, guerre des gangs et d'émeutes raciales, Thomas Johnson créé le personnage de « Tommy le Clown ». Son but ? Animer les fêtes d'anniversaires des enfants des quartiers défavorisés en dansant afin de lutter contre la violence et leur transmettre des valeurs positives.
Maquillé et habillé, il façonne une danse, aux mouvements beaucoup plus rapides et saccadés, sorte de hip-hop « sous acide », le clown dancing et prend rapidement certains jeunes sous son aile.
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Parmi eux, Tight Eyez et Big Mijo (âgés de 32 et 33 ans aujourd'hui), révélations du documentaire de LaChapelle, considérés comme les créateurs du krump, amènent, se réapproprient les mouvements et les font évoluer.
Le clowing laisse la place au K.R.U.M.P., dont l'acronyme « Kingdom Radically Uplifted Mighty Praised » se traduirait par « élévation du royaume par le puissant éloge ».
Véritable mode de vie et moyen d'expression, à la dimension quasi spirituelle (danser rapprocherait du divin), les krumpers extériorisent avec la danse, leur violence et leur rage intérieure, pour mieux les canaliser.
Dans le contexte social difficile du Los Angeles de l'époque, on danse pour ne pas tomber sous les balles des gangs et avoir une ligne de conduite, « certains seraient morts s'ils n'avaient pas eu la danse » affirme Tiger, krumper français de 27 ans.
Très vite, le mouvement se structure et la technique se développe à vitesse grand V.
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Rassemblés en « familles » aux « blazes » imagés (Ruin, Wolf, NY Madness...), les anciens enseignent les fondamentaux aux plus jeunes : le stomp (les pieds frappent lourdement le sol), le chest pop (la poitrine semble faire des convulsion vers le haut) et le arm swing (mouvement de bras mimant le jet d'un projectile ou un coup de poing mais avec les mains ouvertes) auxquels s'ajoutent des gimmicks (langue tirée, front plissé, bouche ouverte, regards menaçants), l'énergie et le style de chacun.
Au son de beats hip-hop lourds, saturés et lents, les danseurs s'affrontent et se provoquent lors de freestyle ou battles impressionnants, parfois jusqu'à la transe, à la manière des danseurs de capoeira brésilienne qui simulent le combat.
Si les cris (« hype ») fusent, ce n'est pas par agressivité mais pour mieux inciter l'autre à se surpasser, comme l'explique Cyborg 23 ans, krumper français, prof à la Juste Debout School (Paris 20e) : « De l'extérieur, ça peut faire peur, mais on prône avant tout le dépassement de soi et le respect de l'autre. Quand tu krumpes, tu partages, tu donnes tout, tu t'exprimes. »
Un concentré de puissance et d'émotion bruts, une danse exutoire et libératrice loin des codes « peace, unity, love and having fun » du hip-hop.
L'HISTOIRE DU KRUMP
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L'Expansion du Krump en France et le Championnat International Illest Battle
Avec la sortie en 2005 de Rize, le krump déboule naturellement en France deuxième patrie du hip hop.
Les dvd du film de LaChapelle et de How to Krump de Tight Eyez, se refilent sous le manteau, et permettent un premier accès aux steps.
La même année, Grichka, 30 ans, pionnier du krump français à la tête du collectif Madrootz, est le premier à partir se former auprès des Krump Kings de L.A. et de Tight Eyez - « je voulais voir la bête ! » rigole-t-il avant d'ajouter : « J'ai pratiqué beaucoup d'autres danses, on me reprochait sans cesse d'avoir trop d'énergie. Quand j'ai vu Rize je tremblais presque sur mon fauteuil, ça a été un déclic. Avec le krump, il n'y avait aucune limite, je pouvais être enfin moi-même ».
A son retour, il découvre les premières « sessions » organisées à La Défense, Châtelet et surtout Montfermeil grâce au Monstarz Crew.
Alors que le mouvement prend petit à petit de l'ampleur, en 2009, il créé Madrootz, un collectif, rassemblant les « familles » franciliennes les plus importantes (Baloo, Cobra...) : « je voulais créer une unité pour qu'on soit plus fort. Ça a pris du temps, on a d'abord cheminer en tant que groupe, imposer une vision, affirmer notre style, notre identité ».
Durant quatre ans, la poignée grandissante de krumpers parisiens multiplient, les vidéos, les sessions et les battles : l'organisation du International Illest Battle à la Villette, premier championnat du monde de krump en France (2013), marque un tournant pour le mouvement.
Plus de 150 participants et un public nombreux, venus célébrer le krump et assister aux retrouvailles historiques de Tight Eyez et Big Mijo sur le dancefloor.
Du jamais vu depuis Rize. L'occasion d'enfin donner une légitimité à cette danse longtemps dénigrée par les milieux hip-hop.
« Dans les premiers évènements hip-hop qui incluaient le krump, les danseurs français nous méprisaient. Pour eux, on étaient l'archétype du sauvage ou du singe. Ils nous ont repoussé pendant des années, ils ne comprenaient pas, ou n'ont pas chercher à comprendre. » avoue-t-il.
« Les hip-hoppers regardaient notre danse à travers le prisme de leurs codes et de leur technique hip-hop. Pour eux, le krump c'était du n'importe quoi. Maintenant qu'ils voient qu'en battles les krumpers font encore plus le show et que ça commence à monter, ils reviennent vers nous. » renchérit Cyborg.
Issue d'une histoire commune, celle des danses de rue, le krump français, comme ses cousins du break, du popping ou du new style, a grandi et s'est construit seul.
Environ deux cent krumpers (filles, garçons, tous milieux et tous âges confondus) quatre Illest Battles plus tard, peut-on encore parler d'enfant « mal-aimé » du hip hop ? Pas si sûr.
Scènes institutionnelles, compagnies (Street Kingdom aux Etats Unis ou SWNSNG en Angleterre), battles internationales, clips (Papaoutai avec Tight Eyez) ou cours, le krump a su se faire une place dans le milieu des danses urbaines grâce à sa technique de haut-vol en évolution permanente et une dizaine de danseurs parmi les meilleurs au monde (Grichka, Tiger, Cyborg, Wolf, Coco ou Flipside...), véritables ambassadeurs du mouvement.
« Internet a changé la donne. Les nouvelles générations sont beaucoup moins fermées. C'est un combat, de garder cet esprit de transmission. A mon époque on ne pouvait apprendre que parce qu'on était initié par quelqu'un. Aujourd'hui, et c'est tant mieux, avec YouTube et les réseaux sociaux, on a d'autres moyen d'y accéder, une visibilité plus large » explique Grichka.
Plus accessible, le krump sera-t-il alors victime de récupération comme le hip-hop avant lui ? « On en n'est pas encore là, on a encore du mal à exploser aux yeux du grand public, relativise Grichka, La danse a 15 ans, elle est encore jeune et pour l'instant l'état d'esprit est toujours le même. On a la chance que les deux fondateurs soient toujours actifs. Tight Eyez, est vraiment un génie de la danse, techniquement et en terme de connaissance, il met la barre très haut. On a encore beaucoup de chemin à faire. »
International Illest Battle 100% Krump
La Villette accueille pour la deuxième fois le International Illest Battle, un événement 100% Krump. Passion, danse et culture urbaine sont au rendez-vous.
Le International Illest Battle 100% Krump, événement incontournable de la danse urbaine, revient à La Villette pour une édition entièrement dédiée au Krump, un style de danse intense et expressif.
Le International Illest Battle 100% Krump est bien plus qu’une compétition : c’est une célébration de la culture urbaine, un lieu de rencontre pour les passionnés et une scène ouverte à l’expression artistique.
Hendrickx Ntela et le Krump en Belgique
Danseuse, chorégraphe et professeure liégeoise d’origine congolaise, Hendrickx Ntela pratique plusieurs styles de danses urbaines.
Hendrickx Ntela est l’une des premières krumpeuses belges à concevoir des performances où le krump occupe une place centrale.
Elle organise divers battles comme le Ch’eza Street Battle x EBS au Théâtre national à Bruxelles, qui ouvre la qualification belge au championnat du monde de krump depuis 2018.
Hendrickx Ntela présente sa première création To be a slave au Zinnema et au KVS à l’occasion du festival Lezarts Danses Urbaines.
Elle est fondatrice du collectif Drickx Konzi, membres de One Nation et du collectif Gully Fusion.
En 2018, elle crée avec Pierre Anganda, Beyond une pièce traitant de la limite entre réalité et imaginaire en installant un personnage dans deux corps.
En 2019, elle intègre la formation tremplin danses hip-hop et devient chorégraphe et interprète de la pièce Au Fil du temps de la compagnie Corpeaurelles.
Cette même année, elle est formatrice pour le festival Nuit de la danse à Dakar et y diffuse une première étape de sa création Blind.
En 2020, elle crée Fusion avec Joëlle Sambi, une performance présentée lors du Festival d’Avignon en 2021.
Hendrickx Ntela devient artiste associée au Théâtre national de Bruxelles et présente Blind en février 2022.
Blind a déjà été interprétée en Belgique, aux Pays-Bas, en France et au Cameroun.
« Le krump, c’est une invitation à explorer les limites de notre corps, à exprimer nos émotions les plus profondes à travers le mouvement, et à créer un lien authentique avec nous-mêmes et avec les autres. Nous nous concentrerons sur la connexion entre le mouvement, la créativité en explorant comment chaque mouvement peut devenir une histoire, une émotion ou une métaphore de notre vécu. Nous apprendrons à utiliser notre corps comme un instrument d’expression, en développant la conscience de chaque muscle, chaque articulation, et en les combinant pour créer des séquences fluides et dynamiques.
Krump et Identité: Le Dialogue entre Faustin Linyekula et Mamu Tshi
Faustin Linyekula travaille entre Kisangani où il a créé les Studios Kabako et l’Europe. Par l’intermédiaire de Vincent Baudriller, directeur du Théâtre Vidy, il a rencontré Amandine Tshijanu Ngindu aka Mamu Tshi, krumpeuse lausannoise.
Ensemble ils ont exploré le pays où chacun des deux est né. Mais leurs régions d’origine appartiennent à des mondes assez différents et si Linyekula séjourne régulièrement en RDC, il ne connaissait pas le Kasaï, région d’origine de la famille de Mamu Tshi.
Mamu Tshi : Le krump existe en Suisse depuis 2005 environ. Il y a un groupe fondateur, les Warriorz, basé à Genève et à Bienne. Cette compagnie est connue mondialement, même aux Etats-Unis, pour son rôle de précurseur dans le krump chorégraphié qu’il a commencé à développer à une époque où tous les autres krumpeurs dansaient encore exclusivement de façon individuelle. Quand j’ai appris que le krump existait à 30 km de Lausanne, je suis allée à Genève et Bienne et j’y ai trouvé mes mentors.
Mamu Tshi : Les battles se sont développées dès la naissance du krump. On y cherche à amener les gens dans son univers. Et le vainqueur sera celui qui aura le mieux réussi à nous faire voyager. On va chercher les gens pour leur faire comprendre ce qui se passe dans notre corps et notre tête. C’est différent de la session qui est une historie d’énergies, où il y a l’énergie du cercle et du call and response.
Faustin Linyekula : Je l’aborde plutôt comme un danseur. Et cette question d’énergie qui doit d’abord circuler à l’intérieur du corps et puis éventuellement être canalisée vers l’extérieur est un langage qui me parle. Après, j’ai d’autres outils. Mais c’est aussi l’histoire du krump qui me parle, cette naissance d’une danse suite aux émeutes de Los Angeles où les jeunes des quartiers de noirs se disaient que plutôt que d’aller tuer, ils allaient mettre leur rage dans la danse et dans un cri, pour continuer à vivre malgré tout. Je m’y reconnais directement puisque ma propre danse se situe à cet endroit-là, à savoir dans l’idée de rendre compte des ruines qui nous habitent, car il n’y a pas que les ruines que nous habitons. Je veux parler de ce grand désespoir. Quand vous allez au Congo, vous verrez que tous le jeunes ne rêvent que de traverser les frontières et ne jamais revenir. Toute cette rage fait que quand je rencontre Amandine et la pratique du krump, je m’y reconnais.
Mamu Tshi : Il y a un peu de ça, mais avant tout on est connecté à quelque chose de l’intérieur qui nous recentre. Et c’est à chacun de définir si cela signifie être connecté à quelque chose de divin. Personnellement, j’ai toujours abordé la danse à partir d’un endroit très intime et comme un outil permettant qu’à la fin de la journée je puisse déposer toutes les tensions qu’on porte avec soi du matin au soir. C’est comme un nettoyage. On voit beaucoup de contraction et d’explosivité dans le krump, mais une explosion est aussi un relâchement.
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