L'Union Girondine et l'Histoire Mouvementée du Cours du Vin à Bordeaux

La viticulture girondine, pilier de l'économie régionale, a traversé des périodes de crise aigüe. Les vignerons, confrontés à des baisses de ventes, des prix en berne et des stocks saturés, ont cherché des solutions pour survivre. L'appel à l'union et à la mobilisation s'est fait entendre dans les rues de Bordeaux, témoignant de la profonde inquiétude de la filière. Cet article explore l'histoire de ces mouvements, le rôle de l'Union Girondine, et les enjeux économiques et culturels qui sous-tendent le cours du vin à Bordeaux.

L'histoire du vignoble bordelais remonte à l'époque gallo-romaine, où la viticulture commerciale s'est implantée sur les rives de la Garonne et de la Dordogne. La paix romaine et une situation géographique avantageuse ont favorisé l'essor du vignoble, qui s'est étendu autour des cours d'eau. Au Moyen Âge, une véritable renaissance a lieu, avec l'émergence du terroir du « bordeaux ».

A la découverte des vignobles des Côtes de Bordeaux - #16

Les Manifestations et la Crise Viticole

La crise viticole a frappé les viticulteurs girondins de plein fouet. Les ventes ont chuté, les prix ont baissé et les stocks ont débordé. Face à cette situation alarmante, les vignerons ont exprimé leur désespoir et ont cherché des solutions pour survivre.

Décembre 2004 : La Profession Viticole Manifeste

Le 8 décembre 2004, l'ensemble de la profession viticole s'est mobilisée pour faire entendre son mécontentement. Surproduction, mondialisation, hausse des coûts de production, baisse de la consommation et campagnes de santé publique contre l'alcool ont exacerbé la crise de la viticulture française. Une très forte mobilisation de la filière a eu lieu.

Les syndicats professionnels et viticoles ont organisé des manifestations dans sept villes différentes en France. Médoc, Graves, Montravel, Cognac, toutes les appellations de la région étaient représentées dans la capitale girondine, pour exprimer aux pouvoirs publics l'inquiétude de la filière. C'est la plus importante de France. Le président du Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB) a souligné la nécessité pour les politiques de comprendre les besoins des producteurs et d'arrêter de les diaboliser. À ce jour, cette manifestation reste un événement historique pour la profession viticole de la région.

Lire aussi: Petite Maison en Gironde: Variantes Linguistiques

Manifestation des viticulteurs à Bordeaux

Décembre 2005 : Opération Coup de Poing au CIVB

Un an après l'énorme mobilisation de la filière viticole, l'appel des viticulteurs n'a apparemment pas été entendu. La viticulture girondine a continué de s'enfoncer dans la crise, touchant majoritairement ceux qui travaillent en vrac avec le négoce. Le 7 décembre 2005, les vignerons sont passés à l'action à l'appel de la FDSEA.

Une centaine de membres de la FDSEA ont mené une opération coup de poing en bloquant physiquement le CIVB. Six rangées de parpaings ont été montées devant les deux portes du bâtiment, cours du XXX-Juillet à Bordeaux. Cette action visait à dénoncer le prix payé aux producteurs et à exiger une rencontre avec les négociants et les responsables du CIVB pour qu'ils exposent leur plan de reconquête des marchés.

L'Union Girondine

L'Union Girondine des vins de Bordeaux a été créée en 1923. L'Union girondine des syndicats agricoles est alors la suite du *Paysan mutualiste, syndicaliste et coopérateur : journal de l'industrialisation et de la commercialisation de l'agriculture....*

Le Système du Claret Médiéval

Le vignoble de Bordeaux correspond alors à celui de la banlieue de la ville. Son essor est lié à une reprise économique qui accroît la demande locale et régionale. Las Grabas de Bourdeus, les Graves de Bordeaux, ceint alors la ville d’un anneau viticole de quatre à cinq kilomètres.

Lire aussi: Association La Girondine : Fiche de Mission

La production de la périphérie de la ville ne suffit plus. Cette dynamique commerciale favorable se traduit par une amplification des apports du Haut Pays et par un développement du vignoble partout où les terres sont disponibles. Le Bordelais et toute l’Aquitaine deviennent, en quelques décennies, le cellier de l’Angleterre.

![image](data:text/html;base64,PCFET0NUWVBFIGh0bWw+PGh0bWw+PGhlYWQ+PHNjcmlwdD53aW5kb3cub25sb2FkPWZ1bmN0aW9uKCl7d2luZG93LmxvY2F0aW9uLmhyZWY9Ii9sYW5kZXIifTwvc2NyaXB0PjwvaGVhZD48L2h0bWw+)

Le développement du commerce du vin va modifier considérablement les coutumes et jouer sur les droits de douane prélevés par le roi d’Angleterre, duc d’Aquitaine sur les marchandises en provenance ou à destination de Bordeaux. À partir du XIIIe siècle, les Bordelais se dotent de l’arsenal juridique et financier hors du commun dans sa forme et dans sa force, connu sous l’expression de « Privilèges de Bordeaux ». Ils définissent aussi le « premier » terroir du Bordeaux dont l’aire géographique est celle de la sénéchaussée.

Aux siècles suivants, les espaces consacrés aux vignes s’étendent mais la géographie conserve les grands traits de la période médiévale, structurée autour des deux mers. Les deux groupes d’acteurs majeurs du système Bordeaux sont toujours les producteurs et les marchands.

Les Privilèges de Bordeaux

Sous l’expression « Privilèges de Bordeaux » sont regroupées une longue série de mesures édictées à la demande des Bourgeois de Bordeaux pour se prémunir de la concurrence des vins du Haut Pays et ainsi vendre leur vin dans les meilleures conditions possibles.

Lire aussi: Patrimoine architectural de la Gironde

Publicité ancienne pour le vin de Bordeaux

Le négoce des Chartrons, souvent d’origine étrangère, est pour une bonne part responsable du maintien et même de l’élargissement de la rente après la fin de la période anglaise. C’est lui qui met en place l’extraordinaire réseau commercial vers les pays du nord de l’Europe et qui fera par la suite la fortune du port de Bordeaux.

Si ces Privilèges constituent un atout incontestable (et souvent contesté par le Haut Pays), les « classements » participent aussi à l’édification et au développement de cette rente sociale et économique. En effet, peu à peu se met en place un système de référence pyramidal à partir duquel sont fixés les prix de l’année pour tous les vins de la Sénéchaussée, chaque propriétaire obtenant un prix plus ou moins élevé en fonction de l’état de sa propriété.

Le vin est à cette époque pour le port de Bordeaux un produit quasi exclusif, protégé par des privilèges importants qui ont, comme nous l’avons vu, favorisé un fort développement du vignoble dans toute la juridiction. Par sa situation, le port est alors le passage obligé pour les vins du Haut Pays, permettant de ce fait aux Bordelais d’en contrôler la commercialisation et, bien sûr, de conforter leur rente territoriale.

Le Patrimoine Viticole de Bordeaux : Un Vin à Voir

Bordeaux, « ville couronnée de pampres », possède un riche patrimoine artistique lié au vin, bien que peu répertorié et mis en valeur. Le vin, symbole de prospérité bordelaise, est présent dans l'ornementation des façades, les monuments et les œuvres d'art de la ville.

Deux parcours principaux permettent de découvrir ces richesses : l'un autour de la place de la Victoire, l'autre autour de celle des Quinconces.

Place de la Victoire

La colonne en marbre rouge de la place de la Victoire, œuvre d'Ivan Theimer, représente un cep torsadé allant vers le ciel. Des plaques de bronze représentent des châteaux, des bouteilles, des tonneliers, des cartes, des appellations, des ouvriers de chai et des personnages célèbres. Au pied de la colonne, une tortue tient des grappes dans ses mâchoires.

Cours Aristide Briand

La Bourse de Travail (1936) abrite un immense bas-relief sur sa façade, représentant Bordeaux et les activités qui le font vivre, avec des rameaux et des feuilles de vigne, des femmes tenant des grappes à la main, et des bateaux utilisés pour expédier les tonneaux.

Place Amédée Larrieu

La fontaine Burdigala, récemment restaurée, est une allégorie de la ville, de sa vocation maritime et de son vin. Une femme tient une grappe au-dessus de deux chérubins qui vendangent et croquent des baies.

Quai de Paludate

Le château Descas, construit au XIXe siècle par le négociant Jean Descas, arbore une façade qui est un hymne au vin. Des statues représentent la viticulture et Mercure, et des mascarons représentent Bacchus ou Neptune.

Place des Quinconces

Le Monument aux Girondins, avec ses fontaines flamboyantes et ses personnages en bronze, est un monument allégorique de la fin du XIXe où la vigne a toute sa place. Une femme tient une grappe, et trois enfants sont autour de tonneaux.

Jardin Public

Les bustes du chimiste Ulysse Gayon et du botaniste Alexis Millardet, deux savants qui ont contribué au développement du vignoble bordelais, sont présents au Jardin Public.

Quartier des Chartrons

Une promenade aux Chartrons, quartier historique des négociants, permet de découvrir les façades des anciens chais, notamment cours du Médoc.

Ces manifestations artistiques témoignent de l'importance du vin dans l'identité et l'histoire de Bordeaux, et offrent une perspective originale sur le patrimoine viticole de la ville.

Chronologie des événements marquants de la crise viticole à Bordeaux
Date Événement Description
8 décembre 2004 Manifestation de la profession viticole Des milliers de viticulteurs manifestent à Bordeaux pour exprimer leur mécontentement face à la crise.
7 décembre 2005 Opération coup de poing au CIVB Des membres de la FDSEA bloquent physiquement le CIVB pour dénoncer les prix payés aux producteurs et exiger un plan de reconquête des marchés.
1923 Création de l'Union Girondine des vins de Bordeaux L'Union Girondine est créée pour défendre les intérêts des viticulteurs de la région.

tags: #union #girondine #histoire #cours #du #vin

Articles populaires: