L'histoire du derby normand : Stade Malherbe de Caen contre Le Havre AC

La rivalité entre le Stade Malherbe de Caen (SMC) et Le Havre AC (HAC) est un sujet de débat passionné parmi les supporters des deux camps. Est-elle naturelle, forcée ou de simple circonstance ? Son origine fait toujours débat alors que les fans des deux camps sont censés se retrouver samedi, à d’Ornano à l’occasion d’un « derby » très attendu ; une appellation qui prête d’ailleurs à débat selon si l’on se trouve à l’ouest ou à l’est du pont de Normandie.

Pour la première fois depuis 2013, le Stade Malherbe et le HAC vont s'affronter en compétition officielle. Coup de projecteur avec les acteurs de l'époque (Hippolyte Dangbeto, Stéphane Lemarchand, Arnaud Tanguy, Christophe Revault et Nicolas Seube) sur cinq derbys marquant disputés à d'Ornano.

Si on n’est pas toujours sûr de voir du spectacle sur le terrain une opposition entre le Havre AC et le Stade Malherbe de Caen promet toujours une drôle d’animation en tribunes. Celle de ce samedi 29 avril 2023, au sommet de la Ligue 2 entre le leader et le cinquième, ne devrait pas faire exception.

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L'émergence d'une rivalité

S’ils se sont affrontés en championnat dès les années 1930, ce n’est que depuis une trentaine d’années que les deux clubs ont vraiment pris l’habitude de se croiser. "La rivalité Caen - Le Havre, elle a grandi saison après saison avec nos matches l’un contre l’autre", raconte Christophe Vaucelle alias Olaf, le président du Malherbe Normandy Kop 96 (MNK 96), principal groupe de supporters caennais.

Avant que le SMC ne renoue pleinement avec le professionnalisme à la sortie des années 1980, celui qu’on nommait à l’époque le derby normand concernait Le Havre AC et le FC Rouen. Malherbe n’avait pas sa place dans l’équation.

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"Au départ, notre rival historique, c’est Rouen", confirme Yann Simon, le porte-parole de la Fédération des supporters du HAC. Privés de confrontations avec leur meilleur « ennemi », les supporters « Ciel et Marine » ont-ils alors tout simplement changé de rival ? C’est ce que croit Christophe Vaucelle. "Les Havrais sont orphelins du FCR donc ils se sont automatiquement reportés sur le SM Caen dans la région".

Carte de la Normandie
Carte administrative de la région Normandie

Identité régionale et fierté locale

Le rapport à la Normandie est justement l’un des principaux points de dissonance entre les deux clubs. "Je suis immensément fier d’être normand, le drapeau normand est d’ailleurs tatoué sur mon bras depuis très longtemps", clame Christophe Vaucelle. "Le Havre est une ville française construite par le roi de France il y a près de 500 ans, c’est une ville française en Normandie construite par des Bretons.

Le Havre n’est absolument pas un club normand, il suffit de regarder le nombre de fois où l’on aperçoit des drapeaux normands dans leur stade. Et quand ils en mettent un, la plupart du temps, il est à l’envers". Du côté du HAC, il est vrai qu’on s’associe par essence davantage à son identité havraise. "On attache relativement peu d’importance à la région", assume Yann Simon.

"Chez nous, l’important, c’est la ville. Nos amis de Caen ont fait de nos rendez-vous un peu un match de Hauts-Normands contre Bas-Normands alors que nous, très clairement, la Normandie, ça passe au deuxième voire troisième plan.

Une rivalité naturelle ?

"Cette rivalité ? Les fans du Stade Malherbe ont-ils alors inventé cette rivalité avec le voisin havrais ? "Ça ne s’invente pas, ça ne se force pas, c’est forcément naturel", se défend Christophe Vaucelle. "C’est un derby avant d’être une rivalité. Tous les derbies du monde, on veut absolument les gagner. La ferveur en tribunes fait que l’intensité du match n’est pas la même".

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"On ne va pas se le cacher, progressivement, il y a bien une rivalité qui s’est mise en place", concède pour sa part Yann Simon sans accepter pour autant de partager sa paternité. "Il n’y a pas une publication sur Le Havre sur des sites généralistes ou dédiés aux Ultras sans qu’on ne voie un Caennais mettre des commentaires.

Il est vrai qu’avec l’émergence des réseaux sociaux, les échanges entre supporters ne se limitent désormais plus aux gradins mais dans ce registre, si l’on en croit les supporters « Ciel et Marine », les offensives viennent principalement du camp opposé. "C’est souvent bas de plafond en plus", maugrée Yann Simon.

"Systématiquement, avant, c’était Le Havre, c’est moche, ça pollue, bref des trucs habituels. Maintenant, c’est plus sur le fait que le stade n’est pas rempli. Ça devient assez soûlant, agaçant et cet agacement provoque une sorte de ras-le-bol.

Des derbys mémorables

De la dernière confrontation à la plus décisive en passant par la plus spectaculaire, retour sur cinq derbys :

SM Caen - Le Havre 3-3 L1

Trois jours après sa cruelle élimination au 1er tour de la Coupe UEFA par le Real Saragosse (3-2, 0-2), le Stade Malherbe retrouve Venoix pour affronter son voisin havrais. Les deux équipes se livrent un magnifique chassé croisé.

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SM Caen - Le Havre 2-2 J36

Alors qu'il reste sur cinq défaites lors de ses six dernières sorties, le Stade Malherbe - avant-dernier avec sept points de retard sur le premier non-relégable - n'a d'autre choix que de s'imposer pour espérer encore se sauver.

SM Caen - Le Havre 4-0 L1

En décembre 1996, le Stade Malherbe signe la plus large victoire de son histoire moderne à domicile aux dépens de son voisin normand. Grâce à un doublé d'Anthony Bancarel, des buts de Raphael Guerreiro et Stéphane Roche, les « Rouge et Bleu » s'imposent 4-0.

SM Caen - Le Havre 0-1 L1

Malgré respectivement 18 et 24 saisons de présence dans l'élite du football français, le Stade Malherbe et le HAC ne se sont croisés qu'à une seule reprise en L1 depuis le début des années 2000. A d'Ornano, ce sont les visiteurs, pourtant englués dans la zone rouge au coup d'envoi (19e), qui l'avaient emporté grâce à une tête de Nicolas Dieuze à la réception d'un corner (83').

SM Caen - Le Havre 1-0 L2

Pour retrouver une trace d'une confrontation entre le Stade Malherbe et le HAC à d'Ornano, il faut remonter six ans en arrière. A l'époque, le derby normand avait basculé en faveur des « Rouge et Bleu » suite à une décision litigieuse de Johan Hamel.

Même si les premiers matchs entre Caennais et Havrais remontent aux années 1920, « ce n’est pas Caen qui passionne les foules, mais le FC Rouen, et à un degré moindre l’US Quevilly [désormais QRM, NDLR] », rapporte Paul Leclerc, auteur du livre Le HAC. 150 ans de passion.

Ce n’est que dans les années 1980 que les deux clubs normands se retrouvent. Il faut attendre la décennie suivante pour voir naître leur rivalité. La saison 1991-1992, pour être précis, « la plus dingue entre les deux clubs », d’après Paul Leclerc.

« Ils flambent et sont au coude à coude jusqu’à la dernière journée de première division pour jouer la Coupe d’Europe. A la fin, c’est le SMC qui se qualifie et le HAC échoue deux points derrière. » Une pointe d’amertume apparaît dans les gorges Ciel et Marine.

Quelques mois plus tard, en septembre, Caen joue son premier match européen contre Saragosse. « Le jeudi, on est éliminés, et le dimanche, on joue contre Le Havre à domicile, raconte Benoît Hinard, supporter et historien du SMC. On est extrêmement déçu. Pendant le match, des supporters du Havre scandent le nom de Saragosse. Cela énerve les supporters caennais qu’ils se moquent de l’élimination. Cette rivalité date aussi de celle entre le PSG et l'OM. D’autant que, contrairement aux Seinomarins, les Caennais n’ont jamais vraiment eu d’ennemi.

Plus récemment, même si le HAC a remporté le dernier « derby » en date, il garde une douloureuse cicatrice d’une défaite contre son ennemi de l’autre côté de l’eau. En mars 2022, le Stade Malherbe de Caen est venu s’imposer 2-4 au stade Océane pour les 150 ans du Havre. À la surprise générale, ce sont bien les visiteurs qui s’imposent 2-4 et gâchent la fête dans un stade Océane rempli. Coup de grâce : dans leur parcage, les supporters caennais chantent « joyeux anniversaire ».

Une rivalité bon enfant

Certes, il y a parfois eu quelques bagarres entre groupuscules, mais cela reste anecdotique. En réalité, la rivalité entre le Havre AC et le Stade Malherbe reste avant tout basée sur le chambrage. « Il n’y a pas de haine entre les deux clubs, assure Benoît Hinard. C’est purement sportif. On se chambre mais ça n’ira jamais plus loin. Globalement, ça reste bon enfant. »

Et les institutions, pas folles, entretiennent cette rivalité. « Cela représente un intérêt majeur : les stades sont pleins et un nouvel engouement se crée, analyse Paul Leclerc. Les Havrais aiment se vanter de représenter le bastion du football en France et donc en Normandie.

De leur côté, les Caennais pointent le fait que le stade Océane trouve toute les peines du monde à se remplir.

L'US Normande : une rivalité locale éphémère

Alain Douville, gardien de but du SM Caen de 1973 à 1985 se souvient : « Les matchs contre l'US Normande, c'était vraiment les prolos contre les bourgeois, les fils à papa. C'était caricatural, mais pour les supporters c'était vraiment ça... Lors de la saison 1974-1975, Alain Douville et ses coéquipiers, alors en D3, vont devoir faire face à un promu particulier : L'US Normande (USN), le club de la Société minière normande (SMN).

L'USN gagne ses 6 premiers matchs et contrecarre les envies de montée du Stade Malherbe, qui se rend à Colombelles lors de la 7e journée. « Il devait y avoir 5 000 spectateurs sur le petit stade du Plateau, c'était vraiment très, très chaud. L'US Normande avait gagné le match 2-0, se souvient Alain Douville. Le stade du Plateau était un vrai traquenard. L'USN était rarement battue à domicile. Avec eux c'était souvent viril, mais il n'y avait pas non plus de débordement.

À l'issue de la saison 1974-1975, le Stade Malherbe remonte en D2, mais le club redescendra 3 ans plus tard en D3 et y retrouvera Colombelles. C'est l'apogée du club du Plateau, qui, malheureusement chutera très vite derrière. « Le club est mort en même temps que la SMN, explique Alain Douville. La grande majorité des joueurs de l'USN travaillait à l'usine, avec un emploi du temps aménagé. Quand l'usine a commencé à mourir, le club a suivi.

Le CA Lisieux : un concurrent ambitieux

Pendant que l'US Normande amorce son déclin (le club sera relégué en D4 en 1981), un autre club monte dans le Calvados : le CA Lisieux. Le club lexovien est ambitieux, lors de la saison 1983-1984, l'entraîneur-joueur du club se nomme... Jacques Santini (futur sélectionneur de l'équipe de France).

À quatre journées de la fin, Lisieux, alors en tête du championnat un point devant le SMC, se présente au stade de Venoix. « Il y avait plus de 10 000 spectateurs à ce match, c'était un record d'affluence pour un match de D3 à l'époque, se remémore Alain Douville. La rivalité régionale était ressortie avant la rencontre, ça s'allumait verbalement par voie de presse. Le match avait vraiment été très chaud. Caen s'impose finalement 2-1 et monte en D2 grâce à une meilleure différence de but particulière. Le club n'est depuis plus jamais redescendu en dessous du deuxième échelon national.

« Ce match contre Lisieux, ça a lancé le football pro à Caen. Avec le football pro justement, les derbys d'aujourd'hui ont-ils le même goût que ceux d'hier ? Pas vraiment selon Alain Douville : « La notion de derby est un peu galvaudée aujourd'hui je pense... Le régionalisme ça n'existe plus vraiment au sein des clubs. À l'époque, il y avait au moins 7-8 joueurs qui étaient d'origine caennaise sur le terrain, aujourd'hui s'il y en a un ou deux, c'est déjà pas mal.

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