Le parcours de Laurent Roussey est un récit de talents précoces, de défis physiques et d'une ambition constante, tant sur le terrain qu'en tant qu'entraîneur. Son histoire est celle d'une météorite ambitieuse, repoussant sans cesse l'inévitable.
Laurent Roussey lors de son passage à l'AS Saint-Étienne en tant qu'entraîneur. Source : Onze Mondial.
Débuts Prometteurs à Saint-Étienne
À l’âge de 13 ans, il signe son premier contrat à Saint-Etienne malgré les réticences de ses parents, qui « avaient l’impression de vendre un paquet de lessive ». En 1977, à 16 ans, La “Formule 1 Roussey” fait sa première apparition en D1 sous la tunique verte.
Le jeune prodige stéphanois détient toujours le record du plus jeune buteur en Ligue 1 : il avait inscrit un but à l'âge de 16 ans et 4 mois.
Ascension et Blessures
Au bout de trois saisons à faire ses preuves comme joker, il est promu titulaire pour la saison 1980-81. À 19 ans seulement, il éclate enfin, et s'offre le titre de champion de France.
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Dans la foulée, il est appelé en équipe de France, avec laquelle il honore deux capes, se payant au passage le luxe d'inscrire un but pour sa première sélection en match amical contre la Hongrie.
Tout va pour le mieux pour le nouvel international mais la malchance le guette. Victime d'une vilaine blessure au genou, il disparaît des terrains durant de longs mois et n'apparaît que treize fois cette saison-là. Jamais il ne retrouvera son élasticité et son explosivité.
Malgré l’affaire de la caisse noire, il reste fidèle aux Verts pour essayer de revenir à son meilleur niveau. Affaibli par des blessures récurrentes, et déjà sans doute usé après avoir démarré aussi tôt, il ne parvient pas à retrouver son niveau.
Il termine avec une dernière saison triste ou il joue tout de même 26 matchs mais où les Stéphanois ne terminent que 14ème bien trop loin des sommets de la D1. Il quitte ensuite le Chaudron pour rejoindre le Toulouse FC.
Période Difficile et Exil
Outsider sérieux en championnat, le club de la cité Rose semble être l'endroit parfait pour se relancer. Malgré la présence dans l'effectif de son frère Olivier, il ne parvient pas à se refaire une santé potable, son genou l'empêchant de totalement s'exprimer.
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Au bout de deux saisons chez les Violets, il est cédé sans regrets à Toulon... Arrivé sur la rade, il retrouve son ancien collègue prodige stéphanois, Laurent Paganelli aussi désarçonné que lui. Malheureusement, son genou le fait toujours autant souffrir et l’empêche de retrouver ses sensations.
C’est du banc qu’il regarde l’attaque Toulonnaise qu’il était censé former avec Delio Onnis. Il se croit définitivement perdu pour le football et décide de tenter un come-back dans les Cévennes, à Alès.
Tentant d'apporter sa pierre à l'édifice, il ne jouera que quelques matchs, toujours en délicatesse avec son genou. Le club échoue en barrages de D2 aux tirs au but face à Caen. À titre personnel, il décide de quitter l’Hexagone où il semble irrémédiablement cramé pour effectuer une pige en Suisse.
Il signe alors au Lausanne-Sport, où débute l’une des futures stars du football suisse: Stéphane Chapuisat. Malheureusement, l'Helvétie ne lui réussit pas plus que la France. Il revient par la petite porte au bout d'une saison et signe au Red Star pour un dernier challenge.
Pour lui, le temps des exploits est déjà passé. Une énième blessure au genou clôt sa carrière de joueur à seulement 29 ans si bien entamée et assez mal fignolée.
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Comme son compère Paganelli, au moment de se retourner sur son parcours sportif, un constat s'impose: le grand prodige des années vertes n'a pas eu le rayonnement qu'il aurait du avoir. Et il a toujours dit: "j'aurais préféré être moins précoce et jouer quinze ans en pros."
Laurent Roussey ne regrette rien !
Reconversion en tant qu'Entraîneur
Déçu sans doute d’être toujours catalogué ex-espoir déchu, il coupe dans un premier temps les ponts avec la France pour entraîner à la Réunion. Durant quatre ans, il va s’occuper du club de St Pauloise avant de faire son retour en catimini en métropole à Rouen.
Après diverses expériences d’adjoint puis d’entraîneur principal, il va se retrouver sur le banc de l’ASSE pour boucler en quelque sorte la boucle le temps d’une saison et demi. Il permet d’ailleurs, au terme de sa première saison en tant qu'entraîneur, de décrocher une qualification directe en coupe de l'UEFA, attendue depuis 26 ans.
Malgré une bonne première saison (5ème place pour les Verts), le club avait ensuite entamé un début de saison catastrophique, et avait fait appel à Alain Perrin, dès le mois de novembre 2008.
Le scénario s'est réitéré à l'identique dans le club du FC Sion, puisqu'après avoir gagné la Coupe de Suisse en 2011, le club a sombré progressivement pour aujourd'hui pointer à la 9ème place du championnat Suisse (on rappelle que chez nos amis Helvètes, le championnat ne comporte que 10 participants). Ainsi, le FC Sion a décidé de se séparer de son entraineur Laurent Roussey, suite à la défaite de trop samedi dernier face à Lausanne.
Anecdotes et Particularités
En 1998, “coach Roussey” navigue dans un FC Rouen en proie à de graves difficultés financières. Bon prince, il suit la déchéance du club normand en CFA2 et l’emmène jusqu’en quarts de finale de la Coupe de France.
En 2001, il est limogé par les dirigeants de Créteil pour « conflits internes » . C’est que le bonhomme veut être seul maître à bord et supporte très mal la contradiction. Belote et rebelote à Sion l’année suivante : ses ambitions n’admettent pas la moindre défaillance administrative.
Séduit par le discours de Claude Puel, il débarque à Lille pour en devenir l’entraîneur adjoint. Pour une fois, peut-être tétanisé par le magnétisme froid de l’ancien Monégasque, Roussey ferme sa gueule et surfe sur la réussite de son mentor.
Quatre ans plus tard, retour au bercail, à Saint-Etienne, une ville qui respire l’humilité…sauf à Geoffroy-Guichard : « Avec Claude, tout s’est très bien passé, on a fait du bon travail. On continue de se parler. Nous sommes amis et nous le resterons. Lui et moi savons exactement quel a été notre investissement pour arriver à faire du LOSC ce qu’il est aujourd’hui » .
Aujourd’hui, Laurent Roussey est l’entraîneur en chef d’une équipe adulée par des dizaines de milliers de supporters à travers l’hexagone. Sa soif de reconnaissance a trouvé un juste aboutissement. Les médias kiffent les Verts ? Ca tombe bien, Roussey adore les médias. Et ne loupe pas une occasion de faire parler de lui.
La saison dernière, il a soigneusement savonné la planche d’Ivan Hasek. Trop bon, trop con, le Tchèque n’a pu contrarier le plan machiavélique échafaudé par son adjoint. Roussey méprise son manque d’autorité et de discernement tactique dans les moments chauds et, beau parleur, n’éprouve aucune difficulté à manipuler le ciboulot des nouilles vertes.
En bon donneur de leçons, Roussey fait encore tout le contraire de ce qui lui avait malencontreusement échappé. A son départ du LOSC, il claironnait : « Cette saison, on a joué quatre fois contre Saint-Etienne. On a bien observé et on a bien vu les faiblesses stéphanoises. Certaines valeurs ont fait défaut à l’ASSE ces derniers temps. Je pense à la combativité, l’humilité et la solidarité. Il nous tient à cœur de rétablir ces vertus-là » . Hasek a dû apprécier…
Car les rapports humains, c’est apparemment son truc à “Lolo”. Et effectivement, la fratrie Roussey en connaît un rayon question dialogue. L’un, ancien handballeur, est désormais docteur en psychologie et maître de conférence, l’autre est psychologue scolaire. Mais “Lolo” possède aussi cette âme du DRH qui vénère les statistiques.
Il veut tout contrôler : « J’aime m’appuyer sur un critère d’efficacité. Quand un club s’aperçoit d’un taux de recrutement de moins de 50%, il est satisfait. C’est aberrant ! Il faut aller plus loin. Etablir un portrait, définir un profil psychologique, d’adaptabilité - le signe d’intelligence - du joueur, de ce qu’il attend, ce qu’il est capable de faire. On va me traiter de fou mais j’ai envie d’aller au bout de mes idées. Les managers vont être moins heureux. Ils vous vendent des qualités qu’on voit à la télé » .
Une exigence pas tout à fait en adéquation avec ce qui se fait habituellement en matière de gestion de groupe. S’il donne parfois l’impression de faire n’importe quoi, Laurent Roussey ne supporte pas l’à peu près lorsqu’il juge la performance individuelle d’autrui. Et les attaquants en prennent pour leur grade.
Tel un Raymond Domenech tutoyant les planètes pour faire entrer Govou à la 74e minute, Roussey a sa spécialité : le remplacement humiliant à la mi-temps (sept fois en quatorze journées de championnat), voire bien avant. Lors de la 6e journée, David Gigliotti s’emmêle les crayons dans la défense strasbourgeoise. La sanction tombe, implacable : l’ancien Troyen sort à la 20e minute et devra répéter ses gammes à l’entraînement pendant de longues semaines de purgatoire.
Le cas Nilsson ? Une contradiction de plus au vu des déclarations publiques de “Lolo” concernant son joker suédois. Août 2007 : « C’est le profil de joueur que je recherchais pour compléter notre effectif. C’est un joueur de profondeur, qui a du coffre. Il va vite et est capable de répéter les efforts » . La 7e journée voit un Nilsson combatif mais peu en réussite encaisser un véritable camouflet. Remplacé à la 44e minute. Octobre 2007 : « A travers ce qu’il me montre, Lasse n’est pas prêt à aller au combat en Ligue 1 » .
Enfin, Roussey semble s’ingénier à mettre des bâtons dans les roues de son équipe quand la situation lui est favorable. A Lens, alors que les Verts mènent 2 à 0, il remplace Gigliotti par Nivaldo et fait monter d’un cran l’excellent Mustapha Baya Sall. L’harmonie de la charnière centrale se brise net. Nivaldo, sa tête et ses pieds carrés jouent à l’envers. 3-2 à Lens puis 3-2 au Mans : Saint-Etienne rate l’occasion de s’installer confortablement dans le haut du tableau.
On attendait un minimum de remise en cause. Ce sera pour la prochaine fois : « C’est la première fois que je perds un match dans une position de supériorité numérique. Ça me contrarie. Il va falloir apprendre et vite » . Apprendre (des autres et de ses erreurs), un verbe que “Lolo” va devoir s’employer à conjuguer, et vite.
Laurent Roussey lors de son passage en tant qu'entraîneur de l'ASSE. Source : But! Football Club.
Statistiques et Faits Marquants
Voici quelques statistiques et faits marquants de la carrière de Laurent Roussey :
- Plus jeune buteur de l'histoire de la Ligue 1 (16 ans et 3 mois).
- Champion de France en 1981 avec l'AS Saint-Étienne.
- Deux sélections en équipe de France.
- Qualification en Coupe UEFA avec l'ASSE en tant qu'entraîneur.
Laurent Roussey reste une figure marquante du football français, tant pour son talent précoce que pour son parcours atypique et ambitieux.
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