Joseph Oughourlian et le RC Lens : Une Histoire Franco-Libanaise

Propriétaire du RC Lens depuis une dizaine d’années, Joseph Oughourlian a tout connu avec le club artésien, des difficultés de la Ligue 2 aux paillettes de la Ligue des Champions. L'homme d'affaires estime que le modèle actuel a des forces et des faiblesses, après avoir procédé à de gros bouleversements ces deux dernières années.

D'origine libanaise, le président lensois s’est confié au journal au sujet du Racing et des derniers mouvements de joueurs enregistrés au club. Il y commente et justifie les nombreux départs observés lors des récents mercatos.

« Nous avons vendu beaucoup de joueurs ces dernières années. Notre modèle peut fonctionner, bien qu’il demeure fragile, commente-t-il à l’occasion d’un entretien accordé au quotidien libanais L’Orient-Le Jour. J’essaie d’apporter une connaissance financière, une rigueur dans les processus pour ne pas commettre les erreurs que beaucoup de gens font dans le football… Je sais que je n’ai pas les moyens d’acheter les plus grandes stars. »

Ce qui est peut-être un mal pour un bien puisque le RC Lens a souvent réussi dans son histoire avec des effectifs démunis de stars, mais avec des joueurs capables de se fondre dans un collectif. Un portrait-robot qui colle parfaitement à Matthieu Udol, pour lequel le club a tout de même déboursé 3,5 millions d’euros l’été dernier, ou bien encore à Jonathan Gradit, Florian Sotoca et Adrien Thomasson, les garants de l’état d’esprit au sein du vestiaire et sur le terrain.

Et à défaut de star, le RC Lens s’est tout de même offert un champion du monde en la personne de Florian Thauvin, capable de faire des différences sans pour autant se placer au-dessus de la mêlée.

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Successeur de Gervais Martel à la présidence depuis 2018, Joseph Oughourlian souligne également l’identité du club : « Lens a une identité très forte, marquée par son histoire minière. Les gens sont très accueillants, surtout envers ceux qui viennent essayer de faire le bien pour leur club de cœur. »

Joseph Oughourlian est aujourd’hui bien plus qu’un simple investisseur pour les supporters du RC Lens : il est devenu le symbole d’un renouveau, d’un projet à la fois ambitieux et humain qui a redonné ses lettres de noblesse à un club mythique du football français.

Lorsqu’il prend les rênes du Racing Club de Lens le 16 juin 2018, en devenant président après avoir injecté des fonds via son fonds d’investissement Amber Capital, le club est alors englué en Ligue 2, fragilisé financièrement, et encore marqué par plusieurs années d’instabilité.

Visionnaire, patient mais exigeant, Oughourlian entreprend une restructuration en profondeur, à la fois sur le plan sportif et économique. Il s’entoure d’un encadrement compétent, mise sur un recrutement intelligent, et surtout, restaure une culture de la gagne et une identité forte autour des valeurs du bassin minier. Le résultat ? Une montée en Ligue 1 dès 2020, suivie d’un retour fracassant sur le devant de la scène avec des places européennes, une deuxième place en championnat en 2023, et une qualification historique en Ligue des champions.

Plus que des résultats, c’est une philosophie qui s’est imposée à Lens, une manière de travailler qui allie prudence budgétaire, ambition sportive et respect de l’institution, incarnée à la perfection par Joseph Oughourlian.

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Joseph Oughourlian, président du RC Lens : "un rêve avec cette qualification en Ligue des champions"

L'Expansion du Modèle Oughourlian : Calcio Padova

Mais ce modèle de réussite, Oughourlian ne l’applique pas uniquement dans l’Artois. Moins médiatisé en France, mais tout aussi significatif, son investissement dans le Calcio Padova, en Italie, s’inscrit dans une logique similaire.

En décembre 2017, quelques mois avant de s’impliquer pleinement à Lens, l’homme d’affaires français d’origine libano-arménienne devient actionnaire principal du club de Padoue, ville historique de la Vénétie. Il monte progressivement au capital, jusqu’à contrôler plus de 90 % des parts à travers Amber Capital, son fonds d’investissement.

Comme à Lens, il ne se contente pas d’un rôle d’observateur : il restructure, professionnalise, met en place une stratégie à long terme, et s’entoure de profils expérimentés pour redonner de l’élan à un club à la riche histoire, mais alors en perte de vitesse, qui évolue en Serie C. Après plusieurs saisons de reconstruction, entre réorganisation interne et renforcement de l’effectif, le club padouan vient tout juste de retrouver la Serie B, l’antichambre de l’élite italienne, pour la première fois depuis 2019.

Cette montée n’est pas un hasard : elle est le fruit d’un travail minutieux, fondé sur les mêmes principes qui ont fait le succès de Lens. Dans l’ombre des projecteurs français, Oughourlian mène donc une autre success story, et prouve qu’il sait faire prospérer des projets footballistiques durables, quel que soit le pays.

Alors que le retour du Calcio Padova en Serie B suscite un engouement croissant en Italie, des rumeurs insistantes évoquaient depuis plusieurs semaines une possible vente du club. C’est pourtant avec fermeté que Joseph Oughourlian, propriétaire du club vénitien depuis 2017, a balayé ces spéculations.

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Présent récemment à un événement organisé à Lens, l’homme d’affaires franco-libanais avait déclaré clairement : « Je ne vendrai aucun de mes clubs, j’ai écouté les offres, mais je ne vends pas. » Une réponse sans ambiguïté à l’intérêt manifesté par le fonds américain Primera Capital, représenté par l’entrepreneur padouan Sebastiano Tevarotto, basé depuis plusieurs années à San Francisco.

Ce groupe avait formulé une offre de rachat chiffrée à 11 millions d’euros (dont 4,5 millions pour le rachat du club et 6,5 millions pour éponger la dette). Le projet incluait la construction d’un centre d’entraînement moderne, la rénovation du stade Euganeo, et un accent fort sur la jeunesse et l’équipe féminine. Mais pour Oughourlian, ces arguments n’étaient pas suffisants pour céder un projet qu’il porte depuis plus de six ans, avec l’ambition assumée de faire de Padoue un club durablement installé dans le football professionnel italien.

La porte d’une revente semble désormais fermée à court terme, même si la question pourrait resurgir en fonction de l’évolution du projet ou d’éventuelles nouvelles offres. Pour l’heure, Oughourlian reste fidèle à Padoue, comme il l’est à Lens, Zaragoza ou Millonarios : son modèle est basé sur la stabilité et le long terme, et non sur la spéculation.

«Oughourlian est un entrepreneur au fort potentiel qui peut même envisager d’emmener Padoue en Serie A, comme il l’a démontré avec Lens en France. Il faut le faire rêver, il faut qu’il ressente la chaleur de la ville, et malheureusement, ce n’est pas le cas ici. Je regrette qu’un entrepreneur qui a tant investi à Padoue n’ait pas été stimulé davantage. Il devrait être choyé par tous les milieux, mais ce n’est pas le cas. La passion qu’il avait au début s’est certes estompée, mais je constate aujourd’hui une excellente ambiance dans la ville et un grand enthousiasme autour de l’équipe. La promotion et les nouvelles recrues ont redonné confiance au club, alors qu’il y a un an, le niveau était au plus bas.

Cette montée en Serie B ne s’accompagne pas seulement d’un nouveau souffle administratif ou structurel : sur le plan sportif aussi, le Calcio Padova affiche ses ambitions avec un mercato estival à la fois ciblé et ambitieux.

Joseph Oughourlian et son équipe dirigeante ont misé sur un savant mélange d’expérience et de jeunesse, en attirant plusieurs profils de très haut niveau pour la deuxième division italienne. Le club a obtenu les prêts de jeunes talents prometteurs comme Lorenzo Villa (Juventus), Jonathan Silva (Torino) ou encore Jonas Harder (Fiorentina), tout en enrôlant des noms bien connus du football italien, rompus à la Serie A : le fantasque mais talentueux Papu Gómez, l’élégant milieu Daniele Baselli ou encore l’arrière droit Paolo Ghiglione.

Ces recrues apportent une profondeur de banc rare à ce niveau et montrent une volonté claire de jouer un rôle important dès cette saison. Autre élément clé de ce mercato : les liens stratégiques de Padoue avec les autres clubs du groupe Oughourlian commencent à se matérialiser.

Illustration parfaite avec l’arrivée du jeune Mattia Fortin à Lens, rapidement prêté dans la foulée au Calcio Padova pour s’aguerrir en Serie B. Ce type de passerelle intelligente entre les clubs du portefeuille Amber Capital permet une gestion optimisée des talents et constitue un levier de croissance autant pour Padoue que pour Lens.

Une logique de groupe se dessine, dans laquelle chaque entité conserve son identité mais partage des ressources et des idées au service d’une vision commune du football : «Maintenant que nous sommes en Serie B, voyons voir. J’aimerais faire quelque chose d’important ici. C’est une belle soirée et une grande joie. Les gens remercient le club et la direction. Tout le monde a fait un excellent travail, y compris Mirabelli. Certains supporters ignorants l’ont critiqué, mais je le félicite, lui et Alessandra Bianchi, ainsi que tout le club. Ils ont tous fait un excellent travail. Nous allons en Serie B avec une grande équipe, un grand entraîneur et un grand club. Nous allons construire une équipe compétitive, même en Serie B», martelait Joseph Oughourlian lors de la parade dans la ville pour fêter la montée en Serie B.

Son autre grand chantier à Padoue concerne les infrastructures, et notamment la transformation du Stadio Euganeo. Confiée au prestigieux cabinet Progetto CMR, la rénovation du stade existant n’est pas une simple mise à niveau, mais un véritable projet architectural et urbain qui ambitionne de redessiner l’expérience du football dans la ville.

Le futur stade - qui conservera son emplacement historique - a été pensé comme un écrin moderne, aux normes UEFA, d’une capacité de 16 500 places. Il s’inspire des symboles de Padoue, comme ses canaux et ses portiques, pour en faire un lieu en harmonie avec le patrimoine local. Les tribunes, sans piste d’athlétisme, offriront une proximité maximale avec le terrain, dans une atmosphère immersive rappelant le mythique stade Appiani. Outre le confort du spectateur, le complexe intégrera un musée du club, des restaurants, des boutiques et des espaces événementiels, pour en faire un véritable lieu de vie bien au-delà des jours de match.

En attendant l’achèvement des travaux - prévus entre juillet et octobre 2025 -, le Calcio Padova a reçu le feu vert des autorités pour débuter la saison 2025-2026 dans son enceinte, avec une jauge temporaire de 7 125 places. L’ouverture progressive de nouvelles sections, comme la Curva Fattori et la Tribuna Est, portera la capacité à 8 700 d’ici la fin de saison.

Une excellente nouvelle saluée par le conseiller aux sports de la ville, Diego Bonavina, qui a parlé d’« une étape importante vers un stade moderne, fonctionnel et véritablement ouvert à la ville. » Le projet de nouveau stade incarne à lui seul l’ambition d’Oughourlian à Padoue : construire dans la durée, moderniser sans trahir l’histoire, et offrir aux supporters une structure digne de leurs espoirs retrouvés.

«Mon premier rêve ? Revenir jouer à domicile au Stadio Euganeo pour la première journée de la saison prochaine. J’espère que le maire Giordani partage ce rêve. J’aimerais voir les supporters revenir au Stadio Euganeo. Ils l’ont mérité. La tribune sud ? Je vais vous dire une chose : cette année, nous avons quelque chose de différent. Nous sommes allés à la Basilique pour demander l’aide du Saint. Vu les problèmes que le maire et son équipe ont rencontrés avec cette tribune, peut-être que cela leur conviendra aussi… Est-ce que je me vois comme le président qui ramène Padoue en Serie A ? Bien sûr, lors des prochaines réunions, il y aura le prix de la Serie A», affirmait alors Oughourlian.

Le jeudi 30 avril, Joseph Oughourlian, 48 ans, a remporté une victoire sur un terrain plus proche de son quotidien de financier que du football. En actant l'arrêt définitif des saisons de Ligue 1 et 2, la Ligue de football professionnel a envoyé son club, le RC Lens, en L 1. La décision l'a néanmoins privé d'un bain de foule dans les tribunes populaires du stade Bollaert-Delelis, où ce rejeton de la grande bourgeoisie libanaise, petit-fils du vice-gouverneur de la banque du Liban, aime se glisser discrètement les jours de match. Mais il lui permet de réussir son pari de redonner un avenir au club récupéré en pleine faillite, à la barre du tribunal de commerce de Paris, le 23 mai 2016.

Joseph, comme la plupart de ses employés l'appellent à Lens où à Londres, a depuis mis beaucoup d'argent dans le club, dont il vient aussi d'effacer les dettes en apportant, à la mi-avril, 20 M€ au capital.

Fils d'un neuropsychiatre et d'une infirmière anglaise, il a fait ses études dans les pépinières de l'élite française : Sainte-Croix de Neuilly, Sciences Po où il a côtoyé le Premier ministre Édouard Philippe, et HEC. Après un détour par New York, où il a créé Amber, en 2005, il s'est finalement installé à Londres, avec son épouse et ses trois enfants.

Vincent Favier, le PDG d'Ecoslops, ancien d'Amber Capital et ami d'Oughourlian, estime : « Pas son genre de mélanger ses affaires privées avec le business. Il est d'abord tombé sous le charme de Gervais Martel (ancien président du RC Lens). Sans ça, il n'aurait même pas regardé le dossier de reprise du club »

Pour Gervais Martel, président d'honneur du RC Lens (depuis 2018), son arrivée relève tout simplement du coup de foudre. « Tout de suite il s'est rendu compte de la ferveur du public. » Et il a su tisser une relation très proche avec les supporters, qu'il invite parfois à prendre un verre en ville. Ludovic Nanzioli, ancien président d'un des groupes de supporters lensois, raconte : « Quand on a battu le Paris FC aux tirs au but en prébarrages l'année dernière (1-1, 5-4 aux t.a.b), il était à côté de moi en tribunes. Le premier qui lui saute dans les bras, c'est moi. Il m'a dit : "C'est bon mon Ludo, on y va" ».

« C'est son bébé, le RC Lens, confie Vincent Favier. Une fois sur deux, il passe de la loge à la tribune populaire en face en essayant de ne pas se faire repérer. Mais ce n'est pas facile. Il est grand et avec ses lunettes carrées, on le reconnaît. » Après l'annonce de la montée en Ligue 1, il a immédiatement fait savoir qu'il comptait investir en conséquence.

Oughourlian, qui n'a pas souhaité s'exprimer dans nos colonnes pour le moment, ne se rêvait pourtant pas président de club. Il est arrivé dans le foot par hasard, en 2011, en Colombie, le pays d'origine de sa grand-mère.

Vincent Favier raconte : « Il a compris qu'en Colombie, pour avoir un bon réseau, il fallait être actionnaire des Millonarios de Bogota. Là-bas, tu peux faire venir tout le monde dans ta loge, comme au PSG. Il avait pris une part minoritaire, mais il a fallu renflouer le club. Il s'est retrouvé avec la majorité et il est resté. Il est fidèle. »

Il ne s'implique pas dans la gestion quotidienne des Millonarios, pas plus qu'à Padoue (Serie C italienne), qu'il possède également, et où Amber a des bureaux. Il ne comptait pas le faire à Lens, mais une saison 2017-2018 catastrophique (14e) l'a contraint à prendre les choses en main.

Mohamed El Khatib, metteur en scène de Stadium, la pièce de théâtre jouée par des supporters du RC Lens, raconte : « Je le soupçonne d'avoir pris le club pour l'ambiance, pour ce qui se passe dans la tribune. Il s'est emparé d'une histoire. »

Sous des aspects assez froids et distants, le président du RC Lens cache désormais une passion véritable pour le club. Joseph Oughourlian avait suivi le barrage à Troyes, en mai 2019, dans le parcage visiteur.

En débarquant en Artois, Joseph Oughourlian avait envoyé Arnaud Pouille et Fabrice Wolniczak, ses lieutenants, établir le contact avec les personnes influentes des tribunes. Puis il s’en est rapproché personnellement. Jusqu’à suivre le barrage à Troyes, en mai 2019, dans le parcage visiteur, se marrant lorsque les mouvements de foule festifs venaient le bousculer. Il tenait les épaules des quidams et sautait sur le « Tous ensemble ! » lancé par le capo. Autour de lui, les fumigènes crépitaient. Un simple plan de communication ?

Le président franco-libanais du RC Lens évoque le bassin minier comme s’il en était natif et s’investit dans des actions destinées à promouvoir un territoire auquel il est sincèrement attaché.

Joseph Oughourlian, ici lors de la victoire de Lens contre le Paris FC en barrage d’accession à la L1, en mai. Sur les réseaux sociaux, des internautes l’avaient moqué. L’homme d’affaires n’a pas, de prime abord, la gouaille patoisante et conviviale de Gervais Martel, qui a vu le jour à Oignies. Il n’est pas non plus adepte de la tape dans le dos ou de la blague facile comme son prédécesseur, et ne maîtrise évidemment pas tous les codes locaux. Mais il apprend vite.

Secrètement, il s’investit dans des actions destinées à promouvoir le bassin minier. Depuis sa résidence en Angleterre, où il est en confinement, le patron sang et or prend régulièrement des nouvelles des opérations de solidarité mises en place par les supporters pour aider les hôpitaux de Lens ou de Béthune.

Dans un club marqué par les frasques azerbaïdjanaises des années Mammadov, voir un investisseur d’origine arménienne débarquer a d’abord suscité une vraie méfiance. Si la greffe n’est pas encore totale, ramener le RC Lens en L1 aiderait fortement Oughourlian à laisser une trace dans l’histoire du club et à gagner un autre pari.

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