Le monde du football professionnel s'étend bien au-delà des terrains, jusqu'aux parquets des marchés financiers. De nombreux fans de football français se demandent s'il est possible d'acheter des actions d'équipes de football et surtout comment investir dans des équipes de football. En réalité, plusieurs équipes de football européennes sont cotées en bourse. Leurs actions sont accessibles comme celles de n'importe quelle autre société introduite sur le marché boursier. Après tout, en plus d'être un sport passionnant, le football a toujours entretenu des liens étroits avec le monde des affaires.
L'introduction de Manchester United est la plus importante jamais faite par un club. Wall Street suit désormais le football comme jamais. Pas par amour soudain du ballon rond. Mais parce que le club anglais de Manchester United, qui revendique 650 millions de fans à travers le monde, vient d'y effectuer la plus importante introduction en Bourse jamais réalisée par une équipe sportive.
Vendredi 10 août, le club, dix-neuf fois champion d'Angleterre, a fait ses premiers pas à la Bourse de New York, levant 233 millions de dollars (189 millions d'euros), contre 10 % de son capital. La première séance, qui a vu le titre rester stable, à 14 dollars - une très piètre performance pour ce type d'opération -, est le dernier épisode en date d'une tumultueuse histoire.
Est il intéressant d'investir dans un CLUB DE FOOT ?
L'Histoire Tumultueuse de Manchester United et la Bourse
Tout commence en 2005 avec le rachat, pour 790 millions de livres (1 milliard d'euros), de Manchester United par l'investisseur américain Malcolm Glazer, un spécialiste des centres commerciaux. L'acquisition est financée à 82 % par des emprunts, selon la technique alors très en vogue du "LBO" : ce sont les profits de l'entreprise achetée, puis sa revente, qui permettent de rembourser la dette contractée et de réaliser une plus-value. Sauf que, pour acheter le club, Malcolm Glazer a emprunté une partie de la somme auprès de hedge funds (fonds spéculatifs), contre un taux d'intérêt annuel parfois supérieur à 15 %...
Résultat, Manchester United croule encore sous une dette de 437 millions de livres malgré de très bons résultats sportifs et financiers. Depuis 2005, le club a dépensé "au moins 500 millions de livres sterling en intérêts et commissions bancaires", explique Bastien Drut, auteur de l'ouvrage Economie du football professionnel (La Découverte, 2011).
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D'où l'intérêt de Malcolm Glazer pour la Bourse : il veut aller y chercher de l'argent frais. Il songe d'abord à la place financière de Singapour, où il espère lever 1 milliard de dollars grâce aux 190 millions de supporteurs de Manchester que compterait l'Asie du Sud-Est. Sauf que la législation locale l'oblige à céder une partie du pouvoir aux nouveaux actionnaires. Il se replie donc sur New York, où les 10 % du capital coté ne donnent que 1,3 % des droits de vote aux nouveaux actionnaires.
L'opération lui donne une valeur boursière colossale : 2,3 milliards de dollars, soit 4,6 fois son chiffre d'affaires. Par comparaison, la Juventus Turin, un autre club coté, n'est valorisée que 0,5 fois ses revenus. Pour le club anglais, c'est quand même un semi-échec. Il a en effet dû abaisser au dernier moment le prix de l'action, à 14 dollars contre 20 dollars espérés au début, en raison du faible appétit des investisseurs.
Il faut dire que des analystes n'ont pas caché leurs interrogations ces derniers jours. "Le cours de Bourse reflète l'intérêt des fans, en aucun cas l'intérêt financier", selon Sam Hamadeh, du cabinet d'analyse PrivCo. Manchester est une des rares équipes à gagner de l'argent (21 à 23 millions de livres de bénéfices attendus en 2011-2012), alors que les 655 principaux clubs européens ont cumulé un déficit de 1,6 milliard d'euros en 2010, selon l'UEFA, la fédération européenne.
Les Défis et les Risques
L'introduction en Bourse permet de monétiser la popularité d’un club. Cette solution de financement est donc le plus souvent utilisée par les équipes ayant une marque reconnaissable.
Mais son modèle économique pose question. Les deux tiers du chiffre d'affaires reposent sur les droits télévisés et la billetterie. Des revenus qui ont un faible potentiel de croissance et dépendent trop des résultats sportifs, selon Nick Einhorn, analyste chez Renaissance Capital. Le tiers restant provient du sponsoring et de produits sous licence.
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Par ailleurs, les 233 millions de dollars levés en Bourse, vendredi, ne serviront pas à développer le club mais, pour moitié, à le désendetter, le solde partant dans la poche de Malcolm Glazer.
Au premier semestre 2022, l'Olympique Lyonnais affiche une rentabilité de 40% avec une capitalisation boursière atteignant 165 millions d'euros.
Voici une liste des clubs de football européens cotés en bourse dont la plupart faisaient partie de l'indice STOXX Europe Football :
- Olympique Lyonnais (France)
- Ajax Amsterdam (Pays-Bas)
- Juventus Turin (Italie)
- Borussia Dortmund (Allemagne)
Il est également intéressant de vous tourner vers des clubs évoluant en deuxième ou troisième division. Ils sont bien structurés, moins dépendants des droits télévisés et des qualifications aux grandes compétitions.
Les Parcours Boursiers Calamiteux des Clubs de Football
Cette introduction fait quand même figure d'exception, alors que le divorce entre football et Bourse semble aujourd'hui consommé. En 2003, 37 clubs européens étaient cotés. Ils ne sont désormais plus que 21 à entrer dans la composition de l'indice boursier Stoxx Europe Football, surtout au Danemark, au Portugal et en Turquie.
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L'Angleterre, pionnière avec le club londonien de Tottenham en 1983, ne comptait ces derniers mois plus un seul club coté jusqu'à Manchester... Au Royaume-Uni, nombre de clubs cotés ont été rachetés par des milliardaires, comme Chelsea par le Russe Roman Abramovitch. Ceux qui restent en Bourse affichent pour la plupart des parcours boursiers calamiteux.
Depuis leur introduction, le Borussia Dortmund, la Juventus Turin et la Lazio Rome ont vu leurs actions s'effondrer de 76,4 %, 85 % et 98 %. La faute en partie à des résultats financiers très dépendants des résultats sportifs.
Certains ont tenté de s'assurer des revenus récurrents, décorrelés des résultats des matchs. C'est le cas du FC Copenhague, qui est allé jusqu'à investir dans un festival de musique, une billetterie de spectacles, des salles de fitness... L'action se négocie actuellement à son niveau d'introduction, mais elle a affiché un temps une hausse de 1 200 % !
C'était aussi le pari de Lyon, le pionnier français, entré en Bourse en 2007 pour bâtir un nouveau stade entouré de bureaux, hôtels, centres de loisirs... Las, le projet, prévu pour 2010, ne verra pas le jour avant au moins fin 2014. Résultat : le titre a perdu 89,6 % de sa valeur.
"Si c'est pour investir dans une entreprise immobilière ou de loisirs, autant le faire dans une société réellement spécialisée sur ces marchés, tranche François Chaulet, gérant chez Montségur Finance. Et s'il s'agit de miser sur les performances d'une équipe, mieux vaut se reporter sur les paris sportifs."
| Club | Bourse | Chute depuis l'introduction |
|---|---|---|
| Borussia Dortmund | Francfort | 76,4% |
| Juventus Turin | Borsa Italiana | 85% |
| Lazio Rome | Borsa Italiana | 98% |
Les grands clubs de football n’ont pas fait d’étincelles en Bourse ces dernières années. Manchester United, coté à la Bourse de New York, a vu le cours de son action divisé par 2 depuis le pic majeur de 2018, tandis que la Juventus de Turin a fondu de près de 75% sur la période. Quant au club Borussia Dortmund, coté à Francfort, sa valeur a chuté de 60% environ dans l’intervalle. Plus proche de nous, OL Groupe (Olympique lyonnais) a connu une véritable descente aux enfers depuis ses débuts en Bourse en 2007…
Malgré des parcours en Bourse peu enviables, les actions des clubs de football restent chères, si on en croit leur ratio de capitalisation boursière rapportée aux profits attendus (ratio dit de PER, traditionnelle jauge pour juger si une action est bon marché ou pas). Par exemple, Manchester United “a un PER de 94 fois les bénéfices” estimés, relève David Derhy, analyste de marchés chez eToro.
Mais si elles peuvent dissuader un investisseur de les acheter en raison de leur cherté apparente, ces actions ont l’avantage d’afficher une volatilité plus faible que celle des indices de référence. Cela signifie qu’elles tendent à bien moins baisser que les indices actions, en cas de choc sur les marchés.
Ainsi, “si vous êtes fervent supporter d’un club de foot et que vous souhaitez absolument détenir ses actions, elles pourraient mieux performer que les actions plus volatiles si le marché baissier devait se maintenir en raison de l’inflation élevée et de la crise en Ukraine”, fait valoir l’analyste.
L'Importance de l'Analyse des Facteurs Influant sur la Valeur Boursière
La variation du cours de l’action d’un club de foot dépend de plusieurs facteurs comme c’est le cas pour les entreprises classiques. La valeur des actions des clubs fluctue selon divers facteurs sportifs. Les rumeurs de transferts, les résultats des matchs et les décisions managériales impactent directement les cours.
Les résultats sportifs influencent directement la valeur boursière, avec des variations notables lors des matchs. Les mouvements de joueurs et les contrats médiatiques constituent des éléments majeurs dans la valorisation boursière des clubs.
Voir un joueur marquer un but décisif ou être élu homme du match sont des éléments qui peuvent influencer le cours du marché de la même façon que les décisions politiques et les grands mouvements économiques.
Un club qui affiche de nombreuses victoires verra systématiquement ses revenus de sponsors et de publicité augmenter ainsi que ses droits de diffusions TV et radio. Les bons résultats sportifs ont un impact positif sur les futures recettes du club.
Le modèle économique du football dépend principalement des résultats sportifs. Ces derniers sont fluctuants. Sur les marchés, cela génère de l’incertitude et de la volatilité.
Cependant certains dirigeants de club se rendent compte que s’ils veulent se financer à travers les marchés ils devront diversifier leurs activités. Cela consistera alors à transformer le club en une « pseudo-entreprise » dans laquelle le résultat pourrait alors être plus facilement évalué.
Tout investisseur souhaitant investir dans un club de foot coté devra de préférence réaliser de bons pronostics sur les futurs résultats des matchs.
Certains propriétaires de clubs ont entrepris de diversifier leurs activités pour décorréler un peu leurs résultats sportifs de leurs résultats financiers. Ainsi, le groupe Parken Sport & Entertainment, propriétaire du FC Copenhague, a investi dans une société de billetterie, des clubs de fitness et une chaîne de villages vacances. De son côté, le club turc Galatasaray a multiplié les investissements immobiliers.
En définitive, si on aime le football, il vaut probablement mieux acheter des billets pour des matchs que devenir actionnaire de son club favori, sauf à être convaincu que celui-ci va devenir boursièrement le prochain Manchester United. Ce dernier, grâce à une vraie stratégie de groupe conduite avec détermination dans la durée, s’est imposé face à des concurrents dont beaucoup sont dans une logique de court terme ou de prestige sans rigueur financière.
D’où un taux de rentabilité pour les actionnaires de Manchester United, de 1992 à sa prise de contrôle en 2005, de 26 % par an, au prix certes d’une forte volatilité.
Il est important de noter que toutes les équipes de football ne sont pas cotées en bourse. Si vous souhaitez acquérir des actions d'une équipe qui vous tient à cœur mais qui n'est pas cotée, il est conseillé de vous renseigner directement auprès du siège social du club.
En outre, il est nécessaire d'effectuer une recherche approfondie et de trouver un bon courtier. Sur Interactive Brokers par exemple, vous pouvez investir dans différents clubs tels que l'Ajax, l'Olympique Lyonnais, la Juventus ou le Borussia Dortmund.
Cependant, ne vous laissez pas guider uniquement par la passion ou l'affection pour une équipe. Tout comme d'autre entreprise, l'investissement dans des clubs de football doit être basé sur une analyse rigoureuse du marché et de l'entreprise, et non sur l'attachement émotionnel, l'ambiance des supporters ou l'admiration pour une star de l'équipe.
Comme nous l'avons vu, ce type d'investissement est sujet à une forte volatilité. Il n'est donc pas adapté à tous les investisseurs, surtout dans le contexte actuel des marchés.
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