Le monde du baseball, souvent perçu comme un simple jeu, cache en réalité des enjeux complexes et des histoires surprenantes. De l'espionnage industriel aux agents secrets, le sport et l'intelligence se sont parfois croisés de manière inattendue. Cet article explore les différentes facettes de cette relation, des cyberattaques modernes aux figures historiques d'athlètes espions.
Cyberattaque dans le Monde du Baseball
Le New York Times a rapporté que l'équipe de baseball de St Louis fait l'objet d'une enquête de la justice américaine et du FBI pour espionnage informatique d'une équipe concurrente. Cela serait le premier cas de cyber-attaque dans le sport professionnel.
Selon le quotidien américain, des dirigeants des St Louis Cardinals ont eu accès à des informations confidentielles concernant l'équipe des Houston Astros en attaquant, ou «hackant», son réseau informatique.
Les informations recueillies concerneraient les statistiques à l'entraînement et en match des joueurs des Astros, leurs situations contractuelles, ainsi que les rapports établis par les spécialistes des Astros sur les autres équipes de la Ligue majeure de baseball (MLB).
Selon le New York Times, citant des responsables de l'enquête, l'attaque aurait été diligentée par des dirigeants de haut rang des Cardinals qui n'auraient pas digéré le départ de leur ancien directeur général, Jeff Luhnow, qui a rejoint Houston en 2011.
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Aucun dirigeant des Cardinals n'a pour l'instant été suspendu de ses fonctions ou renvoyé, a précisé le NYT. De son côté, la Ligue majeure de baseball, qui chapeaute le Championnat le plus prestigieux au monde, a indiqué dans un communiqué qu'elle «était au courant de l'enquête fédéral en cours, à laquelle elle avait apporté tout son soutien».
«Une fois que l'enquête sera terminée, nous déciderons rapidement des suites à donner à cette affaire», a conclu la MLB.
Intelligence Sportive: Plus que de l'Espionnage
En France, on confond souvent l'Intelligence Economique (I.E.) avec l'espionnage industriel. La raison est simple à comprendre: en anglais, le terme "intelligence" signifie "renseignement" (The Central Intelligence Agency - CIA -, par exemple).
Dédié au sport, un protocole d'I.E. ne consiste pas seulement à identifier l'information intéressant les acteurs sportifs qu'ils soient institutionnels (gouvernement, fédérations, collectivités) ou économiques (entreprises, clubs professionnels, médias).
En réalité, la dimension la plus importante - en même temps que la plus difficile à rendre opérationnelle ! - c'est la capacité à traiter, analyser et mettre en perspective des données (data) au regard du besoin d'information exprimé par ces acteurs.
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Pour une organisation institutionnelle comme une fédération, par exemple, le caractère stratégique de l'I.S. sera identifiable dans le fait qu'il correspondra à un moment donné et dans un contexte particulier à un besoin d'informations susceptible de lui procurer un avantage concurrentiel.
Dans ce cas, l'accès aux S p o r t | Data, puis leur traitement analytique, devront être précisés au plan méthodologique par l'opérateur chargé de la Mission d'Intelligence Sportive.
En France, dès 2005, de façon à normaliser les choses, un référentiel de l'Intelligence Économique fut publié.
Pour illustrer cela de façon simple, nous avons choisi de comparer la manière dont les médias de deux pays très différents - la Chine et les Etats-Unis - ont identifié les moments-clefs de leur actualité sportive des quinze derniers mois.
L'hypothèse est la suivante : la mise en avant médiatique de certaines informations sportives au détriment d'autres éclairera les décideurs souhaitant s'implanter dans l'un des deux pays sur la culture sportive de leurs habitants respectifs.
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On constate que parmi les 10 temps forts recensés par les médias chinois, deux concernent les dimension industrielles et commerciales du sport international. Ce qui serait impensable en France.
Cela signifie que, contrairement à nous qui privilégions systématiquement la dimension éducative du sport, les Chinois n'ont aucun état d'âme avec le fait que le sport est d'abord une économie mondialisée doublée d'une industrie; les deux étant selon eux...
Dans le même esprit, nous avons réalisé un travail d'identification des temps forts médiatiques du sport US au cours des 15 derniers mois. Vous trouverez ci-dessous les éléments que nous avons obtenus.
SportsCentury - Moe Berg (Catcher/Scholar/Spy)
Moe Berg: Un Joueur de Baseball Espion
Honus vous a déjà conté l’histoire du célèbre Moe Berg, receveur en ligue majeure et espion à ses heures perdues. Un destin aussi étonnant que celui de Moe Berg se devait de passer par la case cinématographique.
Imaginez un peu, un célèbre joueur de baseball juif devenu espion pour l'OSS (l'ancêtre de la CIA) pendant la Seconde Guerre Mondiale dans le but de déterminer les avancées allemandes en matière de bombe atomique, cette histoire incroyable avait tout pour attirer les projecteurs d'Hollywood mais la réduire à ce simple pitch serait une grave erreur car la personnalité aussi énigmatique que passionnante de Moe Berg se devait d'en être le point central pour mieux comprendre la motivation de ses actes.
En effet, résumer Moe Berg à son seul statut de joueur de baseball ne tiendrait pas compte de la réalité d'un homme terriblement érudit, diplômé de Princeton et de la faculté de droit de Columbia, et parlant une multitude de langues, on le surnommait même "le joueur le plus cérébral du baseball" mais aussi "le plus étrange"... Oui, étrange, car personne n'a jamais véritablement réussi à cerner Moe Berg au cours de son existence et la plus grande qualité du long-métrage de Ben Lewin, inspiré du livre éponyme de Nicholas Dawidoff, est sans doute de s'attarder sur le parfum de mystère entourant le personnage.
"Je ne m'ajuste pas" se confiera Moe Berg lors d'une scène où l'homme fait quelque peu tomber le masque. Cette jolie réplique dévoile le leitmotiv qui a animé toute la vie de Berg : se fondre dans les normes attendues de la société mais ne jamais renier sa nature et ses idéaux.
Le point sur lequel va insister le film pour le démontrer est bien sûr son homosexualité (ou sa bisexualité, cela reste trouble) dans une époque où toute différence de cet ordre n'est pas acceptée, Berg vit pleinement les attirances qui l'animent mais ne les exposent pas pour autant.
Il habite d'ailleurs avec Estella, une jeune femme pour qui il semble avoir de réels sentiments au-delà de la couverture qu'elle peut représenter mais, là encore, lorsqu'au détour d'une question, on lui demande sa situation amoureuse, il élude comme par habitude et par peur de fendre la carapace constituée par des années de secrets.
Peut-être que le meilleur exemple de son ambiguïté permanente se trouve dans cette scène où Berg rentre chez lui et se jette sur Estella pour lui faire l'amour, elle le questionnera sur ce qui a déclenché ce comportement, il lui répondra que c'était la manière dont elle avait de le regarder... alors qu'elle ne le regardait justement pas, comme si le simple fait qu'Estella ne pose pas ses yeux sur lui -comprendre "ne le juge pas et l'accepte tel qu'il est"- était le ciment de leur relation.
Au-delà de la sexualité du personnage, il y a bien sûr son envie d'être espion qui le définit en lui collant à la peau. Après tout, quel autre métier permet de se faire oublier du monde en endossant de multiples fausses identités pour mieux laisser transparaître sa véritable personnalité derrière les artifices ?
Là où le cinéma hollywoodien aime souvent montrer des gens lambdas se faisant recruter par une agence secrète, la donne est complètement différente pour Berg : c'est lui qui fait tout pour s'y faire engager !
En tournée sportive au Japon, il filme même de son propre chef les installations navales de Tokyo en prévision de la guerre à venir afin de décrocher un entretien avec l'OSS (le fait qu'il ait réalisé le film dans ce but n'est pas historiquement prouvé mais cela paraît somme toute presque logique).
Évidemment, les premiers temps sur le terrain vont répondre à ses attentes mais quand on va lui demander d'éliminer le professeur Heisenberg s'il est avéré que ce dernier construit une bombe à fission, la donne va changer et le film de Ben Lewin ne va pas du tout se montrer à la hauteur des enjeux...
"The Catcher Was a Spy" est un film trop court dans tous les sens du terme. D'abord par la durée, 1h30 à peine pour décrire un tel destin, cela tient du survol.
Ensuite, par les ambitions terriblement classiques de sa forme de thriller d'espionnage historique : les panneaux explicatifs couvrent bien cinq bonnes minutes au début et à la fin du film, un sempiternel flashforward ouvre le long-métrage pour créer une tension superficielle, la réalisation est académique et sans relief au possible, les acteurs prestigieux (à part Paul Rudd bien entendu) ne sont que là que pour donner une envergure instantanée à des personnages qui n'ont aucun développement d'écriture le temps de leurs quelques scènes...
Incarné par un excellent Paul Rudd dans une de ses rares incursions purement dramatiques, Moe Berg aura finalement réussi le tour de force post-mortem de continuer à cultiver le secret entourant son existence et ce, même dans un film qui s'était donné pour but de le révéler.
Pete Sivess: De Lanceur à Agent de la CIA
Si Berg était un joueur de baseball qui joua aux espions, Pete Sivess fut, quant à lui, un agent secret qui joua au baseball. Ces deux hommes partagèrent une carrière en Major League et une grande intelligence. Ils étaient tous les deux polyglottes. Mais l’un fut avant tout un joueur de baseball accompli quand le deuxième fut un agent accompli.
En effet, Pete Sivess n’effectua pas quelques missions ici ou là. Quand il fut recruté par la CIA en 1948 (un an après la création de la célèbre agence), il s’engagea dans une carrière qui dura 24 années, auxquelles il faut ajouter son engagement dans la Navy en août 1943 qui le conduisit à faire ses premiers pas dans le renseignement.
Issu d’une famille venue de Lituanie, Sivess parlait le russe couramment, ce qui fit de lui un agent de liaison et un formateur de la marine russe durant la seconde guerre mondiale avant d’être affecté, à la fin de celle-ci, à l’Allied Patrol Commission au port de Constanta (Roumanie), au lieu de l’espionnage d’après guerre, puis en Tchécoslovaquie (où il recevra la médaille du Mérite de l’Ordre Militaire 1ère classe de la Tchécoslovaquie).
Ce sont ses expériences, ses excellents états de service et sa connaissance parfaite du russe qui en fera un candidat idéal pour la CIA. Mais avant cette carrière dans le monde du renseignement, son nom était connu seulement des fans de baseball.
Sivess est né en 1913 à South River dans le New Jersey, ville connue pour accueillir de nombreux immigrants d’Europe de l’Est et où son père travaille au sein la manufacture de pneus Michelin. Il se révèle très tôt comme un élève billant et un athlète doué. Dans son année junior de High School, il lance un no-hitter. En année sénior, il retire 32 frappeurs au marbre en seulement 20 manches. Il est nommé dans la All-Star Team de l’état en 1932 et lance l’été chez les semi-pro de Janesburg dans l’Interboro League.
Cette double carrière brillante d’étudiant et de sportif se poursuit à l’université. Intégrant le Dickinson College de Carlisle (Pennsylvanie), il excelle dans les équipes de track, football américain, basketball et baseball. En 1936, il établit le record du college en strikeout (243) avec une fiche de 8-2, 2 sauvetages et 1.90 d’ERA. Il obtient également son diplôme en philosophie.
Chose peu habituelle, il est placé directement dans le roster de l’équipe et joue en MLB dès la saison 1936. Il entre en relève en 8ème manche le 13 juin pour son premier match dans le Show, allouant un but sur balle mais n’accordant aucun coup sûr et aucun point. Il enregistre sa première victoire le 14 juillet contre les Reds de Cincinnati avec deux manches de relève en 8 et 9 pour une victoire 9-8 des siens ! Le premier coup sûr frappé contre lui intervient le 21 juillet et le 12 août, il effectue son premier départ pour une défaite 4-2 contre les Boston Braves. Il finit sa saison rookie avec une fiche de 3-4 et 4.57 d’ERA.
Excentrique, ayant une forte personnalité, il se surnomme le « Lion de Leningrad » tandis que ses coéquipiers préfèrent garder celui qu’il avait obtenu à l’université « The Mad Russian ». C’est ce caractère qui lui permit d’exceller durant ses carrières d’étudiant, de sportif et d’agent du renseignement, malgré les épreuves qu’il dut traverser, notamment sa blessure en 1937.
Effectivement, à cette époque, les joueurs cumulaient saison de baseball et emploi hivernal. Celui de Sivess durant l’hiver 36-37 est un job de manutentionnaire chez DeDupont. Or, ce travail exigeant use son bras lanceur dans lequel il ressent une vive douleur. Conséquence, invité au Spring Training des Phillies, son contrôle souffre autant que son bras.
Tableau Récapitulatif: Moe Berg et Pete Sivess
| Caractéristique | Moe Berg | Pete Sivess |
|---|---|---|
| Profession principale | Joueur de baseball | Agent de la CIA |
| Langues maîtrisées | 12 | Russe (couramment) |
| Agence de renseignement | OSS (ancêtre de la CIA) | CIA |
| Période d'activité | Seconde Guerre mondiale | Guerre froide |
tags: #joueurs #baseball #espionnage #histoire