Festival de Carcassonne: Histoire et Évolution

Le Festival de Carcassonne, qui se déroule chaque mois de juillet, a connu plusieurs phases de transformation. Gilles Durupt, directeur du Centre communal de la culture, en assure la programmation et la direction artistique.

Carcassonne

Les Débuts Théâtraux

À l’origine, la basilique Saint-Nazaire de la Cité était dotée d’un cloître qui s’étendait le long de sa façade Sud, et comprenait différents édifices abritant des chanoines. Détruit sous la Révolution, en 1793, il a laissé la place à des vignes et à un verger adossés aux remparts et surplombés par les tours. C’est au début du XXe siècle, avec le développement du tourisme et la vogue pour les théâtres de plein-air, qu’émergea, dans la lignée des arènes de Nîmes ou d’Orange, le projet d’un théâtre dans la Cité. En juin 1908, la décision est prise et en un mois à peine, le terrain est défriché, débarrassé des gravats, la scène montée et les gradins construits. La capacité du théâtre était alors de 5 000 places. Première pièce de théâtre en 1908.

L'Ère Gilles Durupt et le Renouveau Méditerranéen (Années 1980)

Après le départ de Jacques Echantillon dont la ville n'a pas renouvelé le contrat, c'est un Conseil communal de la culture qui fut chargé de la programmation du festival sous la houlette de Gilles Durupt. Au moment où quelques nuages pèsent sur l'avenir du Festival de Nancy et où la future formule du Festival d'Avignon n'est pas encore très claire, le Festival de Carcassonne annonce un renouveau.

Gilles Durupt, qui préside depuis l'an dernier aux destinées de la manifestation, a tracé les grandes lignes de ce changement la semaine dernière, au cours d'une conférence de presse donnée à Barcelone. « Carcassonne salue la Méditerranée ». Il énonce un choix précis : confronter les différentes cultures et civilisations du bassin méditerranéen. Des spectacles en provenance de tous les littoraux seront présentés pendant tout le mois de juillet : ils viendront d'Algérie, de Cisjordanie, de Turquie, d'Israël, de Chypre, d'Italie, de Tunisie, de Corse, d'Espagne et de France. L'Occitanie donnera le ton pour la partie française. La Catalogne, pour l'Espagne, sera le temps fort du Festival.

« Je souhaite qu'il puisse en être ainsi tous les ans, dit Durupt : une culture-phare à chaque Festival. Pour cette année, le choix de la Catalogne allait de soi : les Catalans ont depuis des siècles des liens privilégiés avec les Occitans, Carcassonne avec Barcelone. C'est pour bien marquer cette direction que nous avons tenu à annoncer le programme de Carcassonne 1980 à Barcelone. Le maire socialiste de Carcassonne, Antoine Gayraud, pour l'occasion, s'est lui aussi déplacé à Barcelone. Il en a profité pour rendre visite à son collègue socialiste de la capitale catalane, Narcis Serra, et pour l'inviter à la « semaine catalane » de Carcassonne.

Du 1 er au 6 juillet prochain, Carcassonne vivra en effet entièrement à l'heure de la Catalogne. Avec un spectacle de rue du Grupo Théâtrot. Avec deux pièces de la troupe Els Joglars, dirigée par Albert Boadella et rendue « célèbre » par ses démêlés avec l'armée espagnole de l'après-franquisme. Avec le one-woman show de Rosa y Maria Sarda. Avec « le plus beau des travelos », Angel Pavlosky. Avec le spectacle poético-musical d'Antaviana. Avec du cinéma. Avec des expositions, dont une rétrospective consacrée à Joan Miro.

Gilles Durupt n'est pas un théoricien d'arrière-salle de bistrot. Les mots ne lui suffisent pas. Il passe toujours aux actes. Ses idées seront appliquées en juillet prochain à Carcassonne. Métissage : le groupe de chanteuses algériennes. Dujujura créera "le chant des muettes", un spectacle avec force chant, musiques et murs d'images ; une sorte de miracle à la manière Kabyle. Chocs : les Catalans de la troupe Els Joglars proposeront "Laetius", l'histoire des quelques survivants d'une catastrophe nucléaire ; André Benedetto et son Théâtre des Carmes joueront "Le quatre mars soixante-et-treize", une pièce sur la fusillade de Montredon, une plaie toujours ouverte dans la région ; et le Turc Mehmet mettra en scène "Pourquoi Benerdji s'est-il suicidé ? Ce ne sont là que quelques exemples du feu d'artifice qui sera tiré à Carcassonne. Mais ils méritent d'être médités, pourquoi ne les trouve t-on pas à l'affiche des autres festivals ? Pourquoi les autres festivals évitent-ils soigneusement de prendre des risques ? Pourquoi s'entêtent-ils à ne présenter que du Shakespeare ? Que resterait-il de Shakespeare de nos jours s'il avait passé sa vie à monter Sophocle ou Plaute ? Que restera t-il demain de la plupart des festivals d'aujourd'hui ? A la fin du XXe siècle, en France, le théâtre est mort faute de crédits.

Le théâtre se situe à l’intérieur des remparts de la Cité, à 900 mètres à pieds du parking P1 . Du lundi au jeudi de 10h à 12h30 et de 14h à 17h30.

Contraintes Financières et Évolution Récente

Carcassonne n'est pas Avignon. Le budget du Festival d'Avignon pour 1980 dépasse les sept millions de francs. Celui du Festival de Carcassonne n'est que de 1,2 millions de francs. "Un festival n'a d'intérêt que s'il constitue le temps fort d'une politique culturelle d'une ville pensée sur douze mois. Tout festival est coûteux : on y dépense en un mois l'équivalent d'un budget annuel. Dans la balance, il ne faut pas qu'un festival pèse plus lourd que le reste de l'année. Dans la plupart des villes, il y a les festival et rien d'autre pendant l'année. Pour le Conseil communal de la culture qui l'émanation de toute la vie associative de Carcassonne, une telle solution était inacceptable. Je dispose donc de 1, 2 millions pour le festival et d'une somme équivalente pour les onze autres mois. Lequel ? Celui d'un aiguillon, pense Durupt. En période estivale, le festival est à sa place : les gens sont plus disponibles, moins tracassés. On peut donc à la fois les distraire et les interpeller. Et ce qui interpelle le public, c'est toujours le théâtre. Je parle du théâtre contemporain. Je parle de création. Un festival se doit d'être d'abord un panorama de la création d'aujourd'hui. Mais je parle de théâtre, je ne dis pas que le théâtre doit être en position de monopole. Il a un rôle moteur, mais il est d'autant plus provocateur qu'il est confronté à d'autres genres. Je suis pour le métissage, l'an dernier en sortant du "Requien de Verdi", les festivaliers ont eu une aubade ruban sax. Ce choix là a dû laisser des traces dans les mémoires... En disant et faisant cela, je parie sur la disponibilité d'esprit des gens, pour leur curiosité. Je me refuse de niveler par le bas. En étant exigeant je ne pense pas avoir tort. Quand j'étais directeur de la Maison des Jeunes et de l'éducation permanente de Saint-Nazaire, j'ai fait venir Armand Gatti sur le thème de la dissidence et des "Canards sauvages" qui vont toujours contre le vent ; on m'a dit : "Tu vas te casser la gueule". Les mauvais prophètes ont eu tort : des gens qui n'étaient jamais allés au théâtre ont répondu aux sollicitations de Gatti. Ce qui prouve qu'il ne faut pas penser une intervention culturelle en fonction de la minorité de "théâtreux" qui voient tout depuis vingt ans. Il faut l'élaborer pour toute la population.

Après vingt ans de présence théâtrale, le Festival de Carcassonne version Gilles Durupt amorça un tournant, vers une programmation éclectique. A la fin des années 70, les festivals de théâtre n'ont plus la côte auprès des élus. Ainsi en 1977, les subventions allouées par la ville à celui de Nancy, se réduisent comme peau de chagrin et la qualité de sa programmation en est sérieusement altérée. Avignon risque d'imploser ne pouvant accueillir à lui seul toutes les compagnies françaises. Autre élément d'importance, la France confrontée au choc pétrolier fait face à une grave crise économique, après trente années de prospérité. Les temps changent et la culture est appelée à compter ses sous... La programmation risquée et téméraire de Gilles Durupt a été sacrifiée par la municipalité sur l'autel des résultats de la billetterie. Finalement le Festival de la Cité actuellement n'est que la résultante de ce déclin amorcé à la fin des années 70. Il usurpe un nom et une identité, car il ne peut plus se prévaloir du titre de Festival ne se consacrant pas à un genre en particulier. C'est un catalogue hétéroclite de vedettes dont le directeur est engagé comme prestataire de service dans l'événementiel.

On est très loin de la fibre artistique et culturelle... Carcassonne pourrait faire mieux, mais c'est la tendance en France... et la tendance est au paraître, au néant créatif et aux spectacles "people". Oseriez-vous aujourd'hui programmer les chants kabyle et les danses algériennes, les artistes occitans, les conférences sur le thème de la dissidence dans ce monde de l'uniformité ?

Le festival propose un large éventail de spectacles : Chris Isaak, Christophe Maé, Tom Odell , Franz Ferdinand , Laurent Gerra, Jean-François Zygel, Sex Pistols et Kool and the gang ou encore Asaf Avidan (qui vit en Grand Carcassonne) et Feu ! Partager des émotions lors d’un opéra au Grand théâtre de la Cité, d’un spectacle de danse ou un concert de musique classique. Ici, les plus grands sont passés d’Aznavour à Chuck Berry, de Johnny à Sting, des Arctic Monkeys à Dylan de Diana Ross à BB King en passant par Michel Bouquet, Gérard Philippe ou Maria Casares.

Voici un aperçu des spectacles et artistes qui ont marqué le festival :

Genre Artistes/Spectacles
Musique Chris Isaak, Christophe Maé, Tom Odell, Franz Ferdinand, Laurent Gerra, Jean-François Zygel, Sex Pistols, Kool and the Gang, Asaf Avidan, Feu!
Opéra Représentations au Grand théâtre de la Cité
Danse Spectacles de danse variés
Théâtre Michel Bouquet, Gérard Philippe, Maria Casares

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