Spartacus, le gladiateur thrace devenu chef des armées des parias révoltés, a profondément marqué les hommes de l'Antiquité en tenant en échec Rome pendant près de deux ans. Des révoltés contemporains ont repris son exemple et son nom pour leurs entreprises révolutionnaires.
Statue de Spartacus au Louvre
Crassus et la fin de Spartacus
À Rome, de plus en plus isolée dans une Italie où des dizaines de milliers d'esclaves révoltés réduisaient à néant toute sécurité, l'angoisse et la peur de la famine montaient. Le Sénat destitua les consuls de leur commandement et confia un imperium absolu au préteur Crassus, magnat richissime qui n'avait cessé d'accroître son immense fortune dans des tractations peu honnêtes. Il était le parfait représentant des grands propriétaires de la noblesse romaine, les maîtres des troupeaux serviles. Crassus recruta et arma 50 000 hommes, dont 30 000 à ses frais, et prit l'offensive à l'automne 72.
Spartacus et les siens furent investis dans l'isthme de Reggio de Calabre, la pointe de la botte. Cependant, en février 71, Spartacus parvint à forcer le blocus. Déjà, plusieurs bataillons d'esclaves avaient été anéantis. En mars, l'armée de Crassus rencontra en Lucanie Spartacus et le gros de ses forces. Crassus sut donner aux siens l'élan nécessaire, les esclaves furent écrasés et Spartacus mourut dans le combat après avoir vendu chèrement sa vie.
Les bandes de survivants furent pourchassées et massacrées, par Crassus en Italie du Sud, et aussi par Pompée, qui rentrait d'Espagne, dans le Nord où il tua 5 000 fuyards. Crassus crucifia 6 000 prisonniers le long de la route du retour, de Capoue à Rome.
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La guerre de Spartacus constitue, avec les deux révoltes de Sicile qui l'ont précédée, la plus importante insurrection servile de toute l'Antiquité.
Les raisons de l'échec
Les succès de Spartacus s'expliquaient assez bien par le fait que l'essentiel des armées romaines était occupé à des guerres lointaines, en Espagne et en Orient. Tôt ou tard, Rome ne pouvait manquer de se ressaisir. La révolte de Spartacus devait donc finir comme les précédentes.
Crassus et Spartacus
Spartacus dans la culture populaire
Pour la plupart de nos contemporains, quel que soit leur niveau de culture, Spartacus est d’abord le héros d'un film du grand Stanley Kubrick, qui l’a ensuite renié, film fondé sur le roman de Howard Fast et où son personnage était magnifiquement incarné par Kirk Douglas. Le film de Kubrick n'a pas vieilli et d'autres films plus récents, comme Gladiator ou Troy, ont redonné vie à un genre qui a connu la gloire dans les années d'après-guerre, les années 50 et 60, celui du péplum.
Dès 1912, un film muet avait été consacré au héros par Pasquali et, avant Kubrick, Riccardo Freda avait donné un Spartacus en 1953 : ce spécialiste du film populaire à grand spectacle y dénonce avec force, à travers les exactions de l’armée romaine, les méfaits du fascisme. Après Kubrick, on peut mentionner, pour l’année 1962, un film italien de Sergio Corbucci intitulé Le fils de Spartacus, avec Steve Reeves.
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Au cœur de l'histoire: Spartacus, au-delà du mythe (Franck Ferrand)
Entre 2010 et 2013, “Spartacus” a repoussé les limites du petit écran à coup d’épées et d’effusions de sang. Le 22 janvier 2010, Spartacus fait ses débuts sur la chaîne câblée premium Starz, définissant alors la direction artistique du réseau en devenant rapidement son premier succès. La fiction suit la vie du légendaire Spartacus, d’homme libre à gladiateur asservi, puis leader du plus important soulèvement d’esclaves contre la République romaine. C’est entouré de ses (réels) fidèles compagnons Crixus, Oenomaus et Gannicus, qu’il est entré dans l’Histoire de l’humanité et de celle de la télé.
Après sa première saison, la fiction est vivement attendue pour un second chapitre, retardé suite au cancer du charismatique Andy Whitfield, alias Spartacus. La production décide alors de lui laisser du temps pour ses traitements et imagine un prequel sans son héros, Les Dieux de l’Arène, pour faire patienter les fans. Déclaré guéri, l’acteur envisagera de reprendre son rôle avant d’y renoncer définitivement : il meurt en septembre 2011 à l’âge de 39 ans, des suites d’une récidive. Pour la suite du show, ce sera Liam McIntyre qui incarnera le personnage titre.
L'apogée de l'esclavage et les grandes révoltes
L'esclavage antique était le fruit normal de la guerre, car le prisonnier de guerre devenait le plus souvent esclave. À partir du IIe siècle avant J.-C., le nombre des esclaves augmenta considérablement en Italie, à cause des guerres de conquête. Les sources évoquent un immense bétail humain : 150 000 Épirotes asservis par Paul Émile en 167, 50 000 Carthaginois mis à l'encan par Scipion Émilien en 146. Les razzias des pirates alimentaient également le marché.
Ces masses serviles étaient acquises par des propriétaires fonciers qui les utilisaient comme ouvriers agricoles, bergers ou ouvriers dans les ateliers. Les plus favorisés étaient domestiques dans les demeures urbaines. Seule la terreur et une implacable discipline pouvaient maintenir dans la soumission et la résignation ces masses d'étrangers asservis et transplantés. L'extrême diversité de leurs origines ethniques explique également leur peu d'aptitude à s'unir dans des révoltes. Il y en eut cependant, en 198 et en 185, mais elles furent aisément écrasées dans le sang.
La concentration de très nombreux esclaves sur les immenses latifundia qui se constituaient en Sicile et en Italie du Sud allait permettre cependant de grands mouvements de révolte. En 135, ce fut une véritable guerre qui éclata : l'esclave Eunous le Syrien souleva et arma des milliers de ses compagnons et prit le titre de roi. Il fallut de longues opérations militaires pour en venir à bout en 132.
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Le nom de Spartacus évoque, dans nos consciences, la condition de l’esclave. Son épopée est liée à l’esclavage. L’histoire de l’esclavage dans l’Antiquité a retenu l’attention de nombreux historiens. La question qui se pose est de comprendre comment Rome et Athènes, qui ont fondé la démocratie, ont pu intégrer l’esclavage dans un système si élaboré et le concilier avec les valeurs de l’humanisme.
Spartacus est le héros de la troisième guerre servile de l’histoire romaine, qui sera d’ailleurs la dernière.
Les guerres serviles eurent deux causes principales : d’une part, le nombre et la concentration sur de grands domaines des esclaves, d’autre part l'engouement pour la gladiature et les combats de l’amphithéâtre de la part des Romains.
| Événement | Date | Description |
|---|---|---|
| Première Guerre Servile | 135-132 av. J.-C. | Révolte menée par Eunous en Sicile. |
| Troisième Guerre Servile (Révolte de Spartacus) | 73-71 av. J.-C. | Soulèvement d'esclaves et de gladiateurs mené par Spartacus en Italie. |
Crassus versus Spartacus : la puissance et le courage
La figure de Crassus, qui viendra à bout de la révolte servile conduite par Spartacus en 71 avant J.-C., s'oppose de manière antithétique à celle de Spartacus : Crassus est l'homme le plus riche de son temps, ses richesses fabuleuses sont l’instrument de sa puissance, même si par ailleurs l’homme montre des qualités politiques indiscutables. Crassus connaîtra une fin tragique dans une guerre contre les Parthes en 53 : les aigles romaines prises dans cette bataille ne seront restituées que plus tard à Auguste ; la mort de Crassus en 53 met fin au triumvirat et laisse face à face César et Pompée, qui vont alors s'affronter dans une guerre civile qui signera le glas de la République.
Crassus et Spartacus, c'est la richesse face au plus complet dénuement, le pauvre face au riche, l'esclave face au puissant. Les deux hommes auront connu la même fin tragique, au combat.