La loi Evin, qui encadre la publicité sur les boissons alcoolisées en France depuis 1991, est au cœur de nombreux débats et tentatives d'assouplissement. Cet article explore les enjeux liés à cette loi, les pressions exercées pour la modifier, et les conséquences de la consommation excessive d'alcool, notamment chez les jeunes.
Assouplissement de la Loi Evin : Un Débat Intense
À l’occasion de l’examen en deuxième lecture du projet de loi santé, les députés de la commission des affaires sociales pourraient décider d’assouplir la loi Evin. Le vote sonnerait comme un désaveu pour la ministre de la santé, Marisol Touraine, qui s’est fermement prononcée à plusieurs reprises pour un maintien du statu quo sur le sujet.
L’amendement controversé, soutenu par des parlementaires de régions viticoles de gauche comme de droite, a déjà fait l’objet d’âpres débats ces derniers mois. Repoussé in extremis en avril lors de la première lecture de la loi santé, réintégré au projet de loi Macron avec le feu vert de Manuel Valls et de François Hollande, retoqué cet été pour des raisons de forme par le Conseil constitutionnel, il a été adopté au Sénat par une écrasante majorité de 287 voix, contre 33.
L'objectif de l’amendement est de « clarifier » la loi Evin afin que les « contenus » consacrés à une « région de production ou au patrimoine culturel, gastronomique ou paysager liés à une boisson alcoolique » ne soient pas considérés comme de la publicité. Pour ses promoteurs, un « flou juridique » peut aujourd’hui conduire les journalistes à « s’autocensurer » lorsqu’ils parlent de la vigne et du terroir. Une censure qui aurait, selon eux, de « graves conséquences sur le développement, par exemple de l’œnotourisme ».
Pourtant, depuis 1991, seuls trois articles de presse ont fait l’objet de poursuites judiciaires par l’Association de prévention de l’alcoologie et d’addictologie (Anpaa). Les parlementaires favorables à un assouplissement de la loi disent vouloir permettre à la France de promouvoir « ses paysages viticoles ».
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En septembre, plus de soixante parlementaires de la majorité issus de régions de vignobles avaient signé un appel à François Hollande en faveur d’une modification de la loi. Ils jugeaient « la polémique médiatique largement étrangère au contenu des amendements discutés ».
Les Risques d'un Assouplissement Selon les Associations
« Ce qui est assez diabolique dans cet amendement, c’est qu’il se présente de façon anodine, beaucoup de parlementaires un peu naïfs n’y ont pas vu malice et n’ont pas perçu les effets secondaires », estime Alain Rigaud, le président de l’Anpaa. Claude Evin, le père de la loi, assurait que, sous son apparence technique, l’amendement allait de facto libérer la possibilité de faire de la publicité pour l’alcool « et ce, quasiment sans limite ».
Chez les associations de lutte contre l’alcoolisme, l’heure est à la mobilisation générale. « La loi Evin n’a cessé, depuis sa promulgation, de rétrécir comme peau de chagrin et d’être détricotée au fil des circonstances, souligne le professeur Amine Benyamina, président de la Fédération française d’addictologie. Si le champ d’exceptions devait de nouveau être ouvert, cette loi ne serait plus qu’une coquille vide, qui aurait perdu toutes ses vertus d’encadrement. »
Agnès Buzyn, présidente de l’Institut national du cancer, se dit « surprise » et « très inquiète » de cette volonté de changer la législation. « La loi Evin autorise déjà la publicité sur beaucoup de supports, il serait déraisonnable de l’ouvrir davantage », juge-t-elle. L’institut a réalisé des simulations pour montrer que si la loi devait être modifiée, des marques d’alcool fort seraient par exemple autorisées à parrainer des programmes à la télévision.
Jean-Pierre Couteron, président de la Fédération addiction, analyse : « Le discours de défense de la vigne est un cache-sexe évident, la logique de terroir permettra de communiquer sur le whisky écossais et sa tourbe, et la vodka russe, la tequila mexicaine… » En termes de budgets publicitaires, ce sont les grands groupes alcooliers qui disposent d’importants moyens, pas les viticulteurs.
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Consommation Excessive d'Alcool chez les Jeunes : Un Phénomène Alarmant
La consommation excessive d'alcool chez les jeunes est un problème croissant, illustré par des drames et des statistiques alarmantes. Des pratiques telles que les "soirées cartables", le "neknomination" et les "concours à boire" sont devenues des phénomènes inquiétants.
Prévenir le binge drinking chez les jeunes
Les "soirées cartables" consistent à boire un maximum d'alcool en un minimum de temps pour fêter la fin des cours. Le "neknomination" est un jeu à boire où l'on se filme en buvant une boisson alcoolisée et on désigne des amis pour faire de même. « Tous les concours à boire ont explosé, constate le professeur Michel Reynaud. Et dans le domaine, les trouvailles sont illimitées. »
Un rapport de l'Inserm confirme la tendance : plus d’un tiers (34%) des élèves de troisième disent avoir déjà été en état d’ivresse, et plus de la moitié (58%) des élèves âgés de 11 ans ont déjà testé une boisson alcoolisée. L'alcoolisation ponctuelle importante touche 53% des jeunes de 17 ans.
« Le problème, ce n’est pas l’excès, mais l’excès répété d’excès », explique le professeur Michel Reynaud. La consommation d’alcool va tuer plus de neurones chez l’adolescent que chez l’adulte, explique Mickaël Naassila. L’addictologue met aussi en cause la loi Bachelot qui, en 2009, a autorisé la publicité pour les boissons alcoolisées sur internet, distillant une image festive et ludique de l’alcool.
Face à l’ampleur du phénomène, les pouvoirs publics passent à l’action, localement et épisodiquement. Des courriers ont également été adressés aux parents pour les mettre en garde. Car "le rôle des parents est d’informer leurs enfants sur les dangers de l’alcool", plaide l'addictologue Michel Reynaud.
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Statistiques Clés sur la Consommation d'Alcool chez les Jeunes
| Groupe d'âge | Pourcentage | Description |
|---|---|---|
| Élèves de troisième | 34% | Ont déjà été en état d'ivresse |
| Élèves de 11 ans | 58% | Ont déjà testé une boisson alcoolisée |
| Jeunes de 17 ans | 53% | Touchés par l'alcoolisation ponctuelle importante |
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