Paris accueille en 2024 les Jeux de la XXXIIIe Olympiade, l’occasion de partir à la découverte de l’héritage de Pierre de Coubertin, le visionnaire derrière la résurrection des Jeux olympiques modernes.
Pierre de Coubertin
Un Visionnaire Passionné par le Sport et l'Éducation
Pierre de Coubertin, né en 1863 à Paris, est le visionnaire derrière la résurrection des Jeux olympiques modernes. Né Charles Pierre Fredy de Coubertin, il étudia les lettres, les sciences puis le droit, dont il devint bachelier, en 1885. Formé par les Jésuites, il envisage la carrière militaire avant de passer des diplômes de droit.
Passionné par le sport et convaincu de son rôle essentiel dans la formation des élites, il s'inspire de la Grande-Bretagne et des États-Unis pour promouvoir le sport scolaire en France. À la fin du 19e siècle, Pierre de Coubertin est marqué par la pédagogie de Thomas Arnold, appliquée dans les public schools qui forment l’élite aristocratique anglo-saxonne. Il s’en inspire pour promouvoir en France une éducation complète qui accorde une large place au sport. Une éducation par le sport et non pour le sport, qui permet de développer tout à la fois des qualités physiques et mentales.
En 1883, Pierre de Coubertin voyage en Angleterre où il pratique plusieurs sports anglo-saxons et étudie le système éducatif britannique. A la suite de plusieurs séjours en Grande-Bretagne, il comprend l’importance du sport dans la formation scolaire (aviron, boxe, équitation et escrime, disciplines qu’il pratique toutes). Il sera aussi sept fois champion de France de tir au pistolet, qu’il imposera dès les premiers JO. Il est aussi passionné de rugby.
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Son projet de réforme du système français d’enseignement, nommé la “réforme sociale” repose sur l’idée que le sport favorise l’épanouissement personnel et la formation du caractère. Fort de sa conviction que le sport participe à l’excellence d’une nation, il prend pour modèle la Grande-Bretagne et les Etats-Unis afin de développer en France une nouvelle pédagogie faisant la promotion du sport scolaire. En même temps, il se rallie à la République, plus sensible à ses arguments que le courant royaliste auquel il appartenait.
L'exposition universelle de 1889 à Paris permet au jeune bachelier en droit d’organiser le Premier Congrès des Exercices Physiques et des Compétitions Scolaires. En 1888, il créé un Comité pour la propagande des exercices physiques dans l'éducation, présidé par l’ancien président du Conseil Jules Simon. Il commence à développer un réseau international comprenant enseignants, hommes politiques, aristocrates, et leaders économiques, culturels et sportifs, qui contribueront plus tard à la réalisation de son rêve olympique. Il soutient la création du championnat de France de Rugby à XV, qui voit le jour en 1892.
La Restauration des Jeux Olympiques
L’idée de restaurer les Jeux olympiques n’est pas nouvelle. En 1796, 1797 et 1798 s’était tenue à Paris l’Olympiade de la République, avec même une course de char. Cependant les participants étaient uniquement français. Durant le XIXe siècle, plusieurs tentatives, de portée nationale, avaient vu le jour : à Grenoble en 1832, en Scandinavie en 1834 et 1836, au Canada entre 1843 et 1846, en Grande-Bretagne à partir de 1849… Le richissime grec Evángelos Záppas avait tenté aussi en 1859 et 1870 de ressusciter à Athènes les Jeux olympiques grecs, avec un retentissement limité. Les fouilles menées sur le site d’Olympie par des archéologues allemands à la fin du XIXe siècle créent un contexte favorable à un mouvement de plus grande ampleur de résurrection des JO.
Afin de développer le sport, Pierre de Coubertin souhaite lui donner une dimension internationale. Faute d’obtenir l’accord des hommes politiques de l’époque pour généraliser cette idéologie teintée d’hygiénisme dans les écoles, Pierre de Coubertin imagine un grand événement à même de la porter. Lors du congrès de la Sorbonne réuni en 1894 pour célébrer les 5 ans de l’Union des sociétés françaises de sports athlétiques, Pierre de Coubertin propose la création d’olympiades internationales.
Sous l’impulsion de Pierre de Coubertin se tient, du 16 au 23 juin 1894, dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, le Congrès pour le rétablissement des Jeux olympiques, avec des représentants d’une douzaine de nations, en particulier de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis. C'est à l'occasion d'un discours à la Sorbonne que Pierre de Coubertin redonne vie au Jeux olympiques.
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Le 23 juin 1894, la résolution de rétablir les Jeux Olympiques est adoptée à l’unanimité lors du premier Congrès Olympique à La Sorbonne, où 2000 personnes se lèvent pour acclamer la proposition de faire renaître les Jeux Olympiques. À la clôture, le 23 juin, Coubertin fonde le Comité international olympique (CIO) afin d’organiser tous les quatre ans - comme dans l’Antiquité - les Jeux olympiques modernes.
Le même jour, le Comité International Olympique (CIO) est créé, avec Demetrius Vikelas comme premier président. Dès 1894, son histoire personnelle se confond avec celle de l’olympisme. Lorsqu'il fonde le Comité international olympique, Pierre de Coubertin s'y attribue le poste de secrétaire général et instaure un système de cooptation des membres, afin de s'entourer de proches acquis à sa cause.
Les premiers Jeux Olympiques de l’ère moderne sont organisés à Athènes en 1896, marquant un retour aux origines grecques des Jeux antiques qui se déroulaient à Olympie. Pendant neuf jours, 241 sportifs issus de 14 pays s’affrontent dans neuf disciplines : l'athlétisme, le cyclisme, l'escrime, l'haltérophilie, la lutte, la natation, le tennis, le tir et la gymnastique.
De 1896 à 1925, Pierre de Coubertin dirige le CIO et structure le mouvement olympique. Pierre de Coubertin reste Président du CIO jusqu'en 1925, date à laquelle, mis en minorité au sein du Comité - notamment en raison de sa volonté de ne pas accepter les femmes athlètes aux Jeux olympiques -, il démissionne. En 1920, il s’installe en Suisse où il meurt en 1937. Ruiné, aigri et esseulé, il en veut à ses successeurs à la tête du CIO de ne pas prendre ses avis en considération. Il meurt soudainement en Suisse d'un arrêt cardiaque en 1937 à l'âge de 84 ans.
Le siège social de cette entité transnationale, non gouvernementale, est fixée à Paris depuis sa naissance en 1894 jusqu’en 1915 : elle se déplace alors en Suisse, à Lausanne, en raison de la Première Guerre mondiale. Pierre de Coubertin séjourne à Lausanne où il élit définitivement domicile en 1920. Au musée des Jeux Olympiques, à Lausanne, on peut trouver pléthore d'archives de Pierre de Coubertin.
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En 1914, il s’engage dans l’armée et enflamme le pays par ses discours nationalistes. En 1913, le baron conçoit les anneaux olympiques et en 1915, celui-ci établit le siège du CIO à Lausanne, où il fonde un musée et une bibliothèque olympiques.
Pierre de Coubertin - Karambolage - ARTE
Idéaux et Symboles Olympiques
Dans un discours du 25 novembre 1892, Pierre de Coubertin avait déjà énoncé les idéaux olympiques. Il glorifiait le sport qui, selon la conception grecque, devait développer les qualités du corps en même temps que celles de l’esprit, ainsi que la volonté. Ce développement harmonieux devait contribuer à établir des sociétés pacifiques, fraternelles, en favorisant la compréhension mutuelle, l’entente et le fair-play. La jeunesse devait être éduquée dans cet esprit, sans discrimination, alors que le sport était souvent l’apanage des élites sociales. Toutefois, sa conception restait très proche de celle des pays anglo-saxons.
Il crée la devise du mouvement olympique, “Citius, Altius, Fortius” (“Plus vite, plus haut, plus fort“), phrase initialement prononcée par le prêtre dominicain Henri Didon lors d’une compétition sportive scolaire en 1881. La devise latine, Citius, Altius, Fortius (plus vite, plus haut, plus fort), est reprise dès l’origine de celle du collège Albert-le-Grand d’Arcueil.
En 1908 apparaît le credo olympique, « Le plus important aux Jeux olympiques n'est pas de gagner mais de participer ». Le 24 juillet 1908, Coubertin prononce son discours sur les valeurs de l'idéal olympique, avec cette fameuse phrase : « l'important, c'est de participer. » En réalité, Coubertin n'est pas le vrai auteur de cette maxime. Elle lui a été inspirée par l'évêque de Pennsylvanie, Ethelbert Talbot, lors d'un sermon prononcé à la cathédrale Saint-Paul le 19 juillet 1908 pour la IVe Olympiade à Londres. Il est inspiré d’un sermon de l'évêque de Pennsylvanie lors des Jeux de la IVe olympiade de Londres : « L'important dans ces olympiades n'est pas tant d'y gagner que d'y prendre part ».
C’est en 1913 que Coubertin élabore le drapeau olympique, présenté l’année suivante. Les cinq anneaux entrelacés évoquent les cinq continents, affirmant l’universalité des J.O., union entre les nations. Les couleurs sont tirées des drapeaux des nations participant aux premiers Jeux à Athènes en 1896.
Le premier serment olympique est écrit par Coubertin et prononcé pour la première fois aux JO d’Anvers en 1920. C’est en 1928 pour les Jeux d’Amsterdam que naît l’idée d’allumer la flamme dans l’ancien stade d’Olympie, bien que ce rite fût inconnu dans l’Antiquité. L’idée de relayer la flamme depuis Olympie apparait pour les JO de Berlin en 1936. La flamme a même été transportée dans l’espace en 1996 par la navette Columbia et en 2013 par un vaisseau Soyouz jusqu'à la Station spatiale internationale (ISS). En 2000, elle a été portée sous l'eau par des plongeurs, et a été menée jusqu'au sommet de l'Everest en 2008…
Enfin, si l’hymne olympique a retenti pour la première fois lors des Jeux d’Athènes en 1896 (une cantate de Kostís Palamás mise en musique par Spýros Samáras), il n’est devenu l’hymne officiel qu’en 1957.
Le Pentathlon Moderne
Le fondateur des Jeux Olympiques modernes est fasciné par le pentathlon antique. Il accorde une grande importance à la création et à l’intégration du pentathlon moderne aux Jeux Olympiques modernes.
On peut trouver mention de son épreuve athlétique pluridisciplinaire, alors dénommée “pentathle”, dans le Bulletin du CIO de 1894. La proposition d’inclure le pentathlon moderne aux Jeux Olympiques est débattue pour la première fois lors de la 12e Session du CIO en 1909 à Berlin, et à nouveau lors de la 13e Session en 1910 à Luxembourg. Bien que les disciplines du pentathlon moderne - tir, natation, escrime, équitation et course - soient décidées à Luxembourg, leur ordre final n’est fixé qu’en mai 1911.
Lors de la 14e session du Comité international olympique à Budapest en mai 1911, le pentathlon moderne est officiellement intégré au programme des Jeux Olympiques de Stockholm en 1912.
Pour Pierre de Coubertin, le pentathlon moderne “mettrait à l’épreuve les qualités morales d’un homme autant que ses ressources physiques et compétences, produisant ainsi l’athlète idéal et complet“.
Les Jeux Olympiques Modernes : Évolution et Défis
Depuis les premiers Jeux olympiques tenus à Athènes en 1896 jusqu’à Paris en 2024 se sont tenues 33 olympiades. À cause des deux guerres mondiales, les JO de 1916, de 1940 et 1944 ont toutefois été annulés. Par ailleurs, les Jeux ont souvent eu du mal à échapper à la politique.
Les JO de Berlin en 1936, envers lesquels Adolf Hitler était au départ réticent, ont donné lieu à un déploiement de faste et de propagande pour glorifier le régime. Ceux de Moscou en 1980 ont aussi eu une dimension politique à la gloire de l’URSS. Ainsi, plusieurs pays du Moyen-Orient se sont abstenus en 1956 lors de la crise de Suez. En 1968, 1972 et 1976 de nombreux pays africains ont boycotté les JO pour protester contre le régime d'apartheid sud-africain…
Depuis 1896, le budget et l’enjeux économique des JO n’ont cessé de croître, générant ponctuellement quelques cas de corruption. La médiatisation a connu un extraordinaire essor grâce à la télévision. Les JO de Berlin en 1936 ont été diffusé localement, ceux de Melbourne en 1956 ont fait l’objet pour la première fois d’une transmission mondiale. Les chaînes ont alors commencé à débourser des sommes considérables pour obtenir les droits de retransmission. Les Jeux sont financés par la ville organisatrice et le pays.
Contrairement aux Jeux antiques, les Jeux modernes n’ont cessé d’évoluer, intégrant des disciplines toujours plus nombreuses et diversifiées. Les Jeux de Paris liés à l’Exposition universelle en 1900 ont été reconnus par le CIO, mais pas toutes les épreuves (par exemple le tir au canon ou la pêche à la ligne !), ce qui a permis à 22 femmes d’y participer. Toutefois, il faut attendre les JO de 1928 à Amsterdam pour que les femmes soient admises aux épreuves athlétiques. Depuis, leur participation est passé d’environ 2 % à 40 % des athlètes. Pierre de Coubertin, plutôt misogyne, avait bloqué leur participation jusqu’à son départ de la présidence du CIO en 1925.
De même, ce partisan fervent de la colonisation n’envisageait pas la participation d’hommes de couleur, certains de ses propos étant même ouvertement racistes. Cependant, il y avait quelques participants afro-américains aux JO de 1904 à Saint-Louis aux Etats-Unis. Mais c’est aux JO de Berlin de 1936 que leur nombre augmente notablement. Jesse Owens s’y illustre en remportant 4 médailles, ce qui déplait fortement au régime nazi.
Les Jeux olympiques d’hiver, liés à l’essor des sports de montagne, furent organisée pour la première fois en 1924 à Chamonix. Les derniers ont eu lieu en 2022 à Pékin. Les Jeux paralympiques ont été projeté dès 1948 pour les soldats mutilés par la Seconde guerre mondiale. C’est en 1960 aux J.O. de Rome qu’ont eu lieu des « Jeux olympiques parallèles », premiers Jeux paralympiques. Depuis les J.O. de Séoul en 1988, ils se tiennent systématiquement à l’issu de J.O., dans la même ville.
Héritage et Controverses
L’œuvre de Pierre de Coubertin est difficile à analyser car il a fait des choses très contrastées. Il a été capable de prôner des idéaux d’éducation à la pratique sportive pour tous et de valorisation d’un modèle amateur, mais ne s’est pas bien entouré pour les défendre. Il n’a pas su voir l’évolution du monde et l’usage qui était fait du sport à partir de la Première Guerre mondiale, notamment par les régimes totalitaires.
De nombreuses polémiques entourent le baron de Coubertin : ses propos sur la colonisation, ses positions sur la présence des femmes aux Jeux olympiques, sa supposée sympathie pour le régime nazi... Ce qui est sûr c'est qu'issu d'un milieu aristocratique, il avait une vision foncièrement inégalitaire de la société. Ainsi, Coubertin était-il un colonialiste convaincu et assumé. Coubertin ne cachait pas non plus sa misogynie. Il n'eut de cesse de vouloir interdire les compétitions olympiques aux femmes « Nous estimons que les Jeux olympiques doivent être réservés aux hommes.
Malgré les controverses, Pierre de Coubertin reste une figure emblématique de l'olympisme. Une tradition est de citer Pierre de Coubertin à chaque discours inaugural des JO. Sa devise principale résume bien la façon dont il s’est comporté : “voir loin, parler franc, agir ferme”.
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