À l’occasion de la journée des Droits des Femmes, l’égalité des genres sera mise à l’honneur ce week-end dans le football français. Une page inédite de l’histoire du sport français s’écrit sous les projecteurs des stades de Ligue 1 McDonald’s et Ligue 2 BKT : pour la première fois, tous les joueurs arboreront un flocage commun à l’occasion de la Journée Internationale des Droits des Femmes.
Plus qu’un symbole, cette inscription incarne un engagement collectif contre le sexisme et en faveur de la parité. En intégrant le mot « woman », tout en y extrayant le mot « man » précédé d’un signe égal, le message résonne comme une déclaration forte.
L'Évolution du Football Féminin en France
En France, le foot est toujours un sport d’hommes. Mais petit à petit, les femmes grignotent leur retard avec un engouement sans précédent via une croissance à deux chiffres et un vaste plan de développement du football féminin mené par la FFF, qui attend 500 000 licenciées en 2028. Au niveau professionnel, les femmes prennent de plus en plus de place que ce soit au niveau des compétitions nationales, mais surtout internationales qui permettent au foot féminin de bénéficier d’une vraie exposition médiatique.
Il y a quelques jours, Grace Geyoro a quitté le PSG pour rejoindre les London City Lionesses contre un chèque de 1,5 M€. Une somme qui peut paraître faible par rapport au football masculin, mais qui reste sans précédent chez les femmes. Autant de signaux forts qui montrent qu’une femme footballeuse n’est plus une anomalie, mais plutôt une forme de normalité.
Le football féminin attire un public diversifié (jeunes, femmes, familles), différent de celui du football masculin, offrant aux marques une opportunité de toucher de nouveaux consommateurs. Et les équipementiers l’ont bien compris. Dans un marché masculin saturé, les grandes marques de sport misent de plus en plus sur le football féminin pour différentes raisons stratégiques, sociétales ou économiques.
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Dans un contexte économique en berne dans ce secteur d’activité, les équipementiers ont bien compris l’enjeu que représente le foot féminin. Un marché où tout est possible, tout est à construire et qui dispose d’une forte marge de progression aussi bien au niveau de l’engouement que des opportunités commerciales qu’il représente.
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Les Équipementiers et le Football Féminin
Précurseur dans le domaine, Nike œuvre depuis longtemps pour développer le football féminin. Plus récemment, Nike a présenté la Phantom Luna, une toute nouvelle paire de crampons pensée pour les besoins des footballeuses qui ont une morphologie de pied différente de celle des hommes. Mais le résultat, qui a nécessité près de deux ans de recherche et développement, est bluffant et colle aux besoins des athlètes avec une adhérence, une tenue ajustée au niveau de la cheville et un toucher de balle amélioré grâce à de plus grandes zones de toucher sur la chaussure.
Autre preuve de cette évolution, la présence de nombreuses égéries dans le football féminin. Des joueuses devenues de véritables icônes mondiales drainant des millions de followers sur les réseaux sociaux (3,2 millions pour Alexia Putellas égérie Nike et lauréate du dernier Ballon d’Or). Dernier exemple en date, Sam Kerr, l’une des meilleures attaquantes du monde, qui évolue à Chelsea. Comme un Neymar, un Kylian Mbappé ou un Cristiano Ronaldo, l’internationale australienne aux 1,7 million de followers sur Instagram, a elle aussi sa propre chaussure Mercurial "Sam Kerr".
Responsable de magasin chez Foot.fr à Plan de Campagne, Katia assiste à l’émergence du foot féminin qui prend de plus en plus de place dans son magasin. «Quand une pratiquante vient en magasin, elle sait ce qu’elle veut, elle a une idée en tête et elle a déjà fait un benchmark avant de venir. Elle veut un produit, une couleur qui soit plutôt fun, pas forcément du noir ou du blanc classique. En général, à l’essayage, on ne propose pas plusieurs marques ou plusieurs silos. Elle va nous dire, je veux une Mercurial, elles savent ce qu’elles veulent», explique-t-elle avant de nous raconter une anecdote savoureuse à propos de cette fameuse Mercurial "Sam Kerr" : «la semaine dernière, une femme est venue de Toulon pour acheter la Mercurial Sam Kerr. Ce sont l’esthétisme de la paire et le fait que ce soit une paire dédiée aux femmes l’a fait se déplacer jusqu’au magasin. Ce genre de chose n’existait pas avant».
Et pour coller aux exigences de ce nouveau public, les équipementiers mettent les petits plats dans les grands pour profiter de ce prometteur marché où tout est encore à faire. «Aujourd’hui, la pratiquante ne veut plus de crampons "junior" qu’on fournit en Junior jusqu’au 38,5. On fait de plus en plus de petites tailles en Elite (la version haut de gamme du crampon) qui sont des paires hommes en petite taille. Ce sont souvent les pratiquantes qui vont acheter ce genre de produits. Au niveau de la technologie, elles recherchent des produits haut de gamme», abonde Katia avant d’aller plus loin : «l’esthétique est aussi importante que le confort. On a des miroirs sous les banquettes au niveau de l’essayage. Elle va regarder comme la paire lui va, si ça ne fait pas trop de grand pied. De plus en plus, que ce soit lors d’une première inscription dans un club de foot ou simplement un renouvellement d’équipements, elles sont de plus en à pousser la porte du magasin.
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«Il y en a toujours eu, que ce soit au niveau des fillettes, des adolescentes ou même des adultes. Désormais, la femme a son corner et son espace dédié. Elle peut avoir des produits adaptés à sa morphologie et n’a plus besoin de s’équiper chez les hommes. Forcément, la concurrence entre les différents acteurs du marché est féroce pour avoir la meilleure exposition possible et donc récupérer la plus grosse part du gâteau. En 2023, la marque à la virgule équipait 7 des 8 quarts de finaliste de la Coupe du Monde 2023. Quant à adidas, elle équipe la meilleure formation du monde, à savoir l’Espagne, vainqueur du Mondial 2023. La marque aux trois bandes équipe aussi l’OL Lyonnes mais aussi le vainqueur de la dernière Ligue des Champions féminine, Arsenal. De son côté, Puma est un peu plus en retrait, mais reste l’équipementier des équipes féminines de Manchester City ou encore du Portugal.
Nike et le Football Féminin : Un Swoosh Vertical pour l'Ascension
L’idée derrière cette transformation visuelle est simple mais percutante : en pivotant le Swoosh à 90 degrés, Nike symbolise l’accélération et la montée du football féminin. Nike, fidèle à son rôle de leader dans l’industrie du sport, utilise cette campagne pour rappeler que les femmes et les filles sont à l’avant-garde du changement, redéfinissant non seulement le sport, mais aussi la manière dont il est perçu par les nouvelles générations.
Également présent sur les prochaines tenues du Barça ou du Paris Saint-Germain, ce nouveau visage de la virgule de Nike possède pourtant une histoire et une symbolique particulière. Jamais dans l’histoire de Nike, le logo n’avait été modifié de cette manière. Mais si Nike a décidé de transformer son logo en l’intégrant à la verticale, c’est dans le but de célébrer le football féminin, ou plutôt l’ascension grandissante du football féminin.
C’est notamment pour coller à cette grande campagne que Nike a utilisé des femmes pour dévoiler les nouvelles tenues. D’ailleurs, il est intéressant de noter qu’à la sortie de la paire de crampons Phantom Luna, qui avait été imaginée à l’origine pour les femmes, le swoosh était également utilisé à la verticale sur la tige de la paire. À travers son swoosh, Nike souhaite donc apporter un vent frais au sport féminin et notamment au football. Reste à savoir si ce logo perdurera dans le temps.
La Campagne de la LFP et l'Engagement de l'Écosystème du Foot
La Ligue de football professionnel (LFP) lance une campagne originale à l'occasion de la journée internationale des droits des femmes, célébrée ce samedi 8 mars. C'est la première fois que deux équipes s'affrontant auront le même flocage. Cette action s'inscrit dans les initiatives de l'instance ces derniers mois pour lutter contre les violences sexuelles et sexistes dans le football.
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Des groupes de travail ont ainsi été constitués pour sensibiliser l'ensemble des acteurs du football, avec le soutien des associations Colosse aux pieds d'argile, la Fondation pour le Sport Inclusif et Her Game Too, et avec le concours de six clubs pilotes (Toulouse FC, Stade Rennais FC, FC Metz, Paris FC, AJ Auxerre et ESTAC Troyes). La LFP souhaite inciter les femmes et les filles à venir au stade. Selon le baromètre IPSOS pour la saison 2023-2024, réalisé en novembre 2023, 26 % des femmes s'intéressent à la L1, ce qui constitue un record.
Pour la campagne « WO = MAN », la LFP a souhaité mobiliser tout l'écosystème du foot, et notamment ses partenaires. Ainsi, Decathlon, qui fournit les ballons officiels des matches, y affichera le slogan. Des clips ont été tournés dans différents clubs avec le concours de joueurs comme Alexandre Lacazette (Lyon), Bradley Barcola (PSG) ou encore Denis Zakaria (Monaco). Des personnalités extra-football, telles que l'humoriste Ilyes Djadel, la journaliste Cécile Grès ou encore la chanteuse Hoshi ont prêté leur concours à l'opération afin de mobiliser leur communauté. En parallèle de l'opération, les clubs avaient l'opportunité de mener les actions qu'ils souhaitaient.
La Féminisation du Foot Pro : Encore du Chemin à Parcourir
Si le foot pro se féminise en tribunes, dans les clubs la place des femmes est encore assez limitée. Il y a deux directrices générales en L2, Hélène Schrub à Metz et Pauline Gamerre au Red Star. Sarah Palluel, qui occupait la fonction de directrice générale adjointe à Troyes, a, elle, quitté ses fonctions en fin d'année dernière. Plus globalement, au sein de la Ligue et de la Fédération les femmes se font rares au poste de direction. On peut citer également Olga Dementeva, Directrice générale adjointe de l'AS Monaco.
Le Football Féminin : Une Perspective Historique et Culturelle
Le football est le sport le plus regardé et le plus pratiqué dans le monde. Si cette pratique est quantitativement dominée par les hommes, elle est néanmoins de plus en plus investie par les femmes. En 2010, la FIFA dénombrait plus de 30 millions de joueuses, avec une augmentation de 15 % du nombre de licenciées en 4 ans. Pour autant, cette pratique est inégalement répartie.
Les femmes ont été, historiquement et universellement, dominées par des organisations footballistiques qui, à défaut de les exclure, ont marginalisé leur présence, leur performance et leurs possibilités de développement. En fonction des pays, les temporalités d’intégration et surtout de développement de la pratique des femmes varient. Encore aujourd’hui, les conditions d’intégration, de traitement et de reconnaissance des footballeuses varient grandement d’un pays à l’autre.
Par exemple, les joueuses de plusieurs sélections (États-Unis, Jamaïque, Angleterre…) se sont révoltées contre leur fédération pour obtenir les mêmes salaires que leurs homologues masculins en équipe nationale, mais la plupart des pays appliquent des paiements différenciés entre les hommes et les femmes.
En France comme au Canada, les femmes jouent depuis plus de cent ans au football bien qu’elles n’aient été reconnues et encadrées que très récemment. La période de la Grande Guerre est dans les deux cas structurante de l’émergence de leur pratique. En France, si des rencontres internationales de football pour les femmes sont organisées et connaissent un franc succès, plusieurs facteurs contrariants freinent cet essor, notamment l’arrivée du régime de Vichy qui interdit formellement la pratique du football par les femmes. Tandis que la pratique des hommes se professionnalise, celle des femmes est totalement empêchée. La situation est semblable au Canada.
À partir des années 1970, les modalités de développement du football des femmes diffèrent nettement entre les deux pays. Au Canada, le football devient un « sport de choix », c’est-à-dire que les parents encouragent leurs enfants, fille ou garçon, à investir la pratique du football. En France, les temporalités et modalités de développement sont bien différentes et sous l’influence d’une politique fédérale limitant ou marginalisant la pratique des femmes avec des règles adaptées : temps de match diminués, ballon plus léger, début de la pratique à 11 ans (contre 5 ans pour les hommes), limitation à 2 catégories (« junior » avant 14 ans puis « adulte » ensuite).
Il faut attendre 1998 pour que l’entraîneur des bleus, Aymé Jacquet, aux côtés de la ministre en charge des sports, Marie-George Buffet, prenne position en faveur d’un soutien à la pratique des femmes via une politique structurelle sans précédent : création de sport-études de football féminin (1998), création des pôles de formation, développement de contrats fédéraux en 2009, processus de détection de joueuses sur le territoire…
| Pays | Particularités du développement du football féminin |
|---|---|
| Canada | Football devient un "sport de choix" dès les années 1970. |
| France | Politique fédérale limitant la pratique féminine jusqu'en 1998. |
Les Défis Persistants et l'Inégalité dans le Sport
Les inégalités entre les femmes et les hommes sont présentes dans tous les pans de la société y compris le sport. Les sportives gagnent beaucoup moins que les sportifs, le sport féminin est souvent invisibilisé et beaucoup moins médiatisé, enfin les femmes et les jeunes filles sont encore trop souvent sujettes aux violences sexistes et sexuelles.
En 2020, une étude de Forbes a révélé une statistique choquante : parmi les 100 athlètes les mieux payés au monde, seulement deux étaient des femmes, Naomi Osaka et Serena Williams. Seulement 4 % du contenu médiatique sportif est consacré aux femmes.
Megan Rapinoe, joueuse de football américaine et militante pour les droits des femmes, est devenue une figure centrale dans la lutte contre les inégalités salariales et de sponsoring dans le sport. En 2019, après avoir remporté la Coupe du Monde Féminine de la FIFA, elle a utilisé sa notoriété pour attirer l’attention sur les écarts salariaux persistants. Elle a souligné que les joueuses de l’équipe nationale féminine, malgré leur succès et leur popularité, étaient payées beaucoup moins que leurs homologues masculins, moins performants sur la scène internationale.
Une intervention dans une émission sportive datant de 1987 de Marc Madiot à la cycliste française Jeannie Longo a refait surface récemment. Cette intervention illustre parfaitement cette vision stéréotypée et sexiste du sport féminin : « C’est complètement inesthétique. Il y a des sports qui sont masculins, il y a des sports qui sont féminins. Voir une femme danser pour moi c’est très joli, voir une femme jouer au football ou sur un vélo, c’est moche. [… ] Le sport cycliste est un sport extrêmement difficile et j’aime trop les femmes pour les voir souffrir. Je suis contre le cyclisme féminin. Vous vous êtes moches, je suis désolé.
Le 5 septembre 2024, quelques semaines après sa participation aux Jeux olympiques de Paris, la marathonienne ougandaise Rebecca Cheptegei a été assassiné par son compagnon, immolée par le feu. Cette tragédie rappelle le fléau des féminicides. Tous les jours des femmes meurent parce qu’elles sont des femmes, en grande majorité sous les coups d’un compagnon ou ex. Le taux de féminicides reste élevé en France, une femme est tuée par son conjoint ou ex-conjoint tous les 3 jours.
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