Analyse des Œuvres de Malherbe : Influence et Thèmes

François de Malherbe (1555 - 1628) est un poète officiel pour la cour d'Henri IV de 1605 à 1628. Il influence la poésie française en la considérant comme une science. Après sa mort, ses disciples continuent de partager son regard méticuleux sur l’écriture. L'évolution de sa poésie montre son passage du goût baroque au goût classique. Pour lui, la technique compte avant tout. Il ne croit ni à l'inspiration ni au lyrisme.

François de Malherbe

Ses poèmes sont dénués d'intimité et sont plutôt des poèmes de circonstance variant sur des thèmes éternels comme celui de la mort et de la paix. Ils sont davantage marqués par l'éloquence que par la sensibilité. Il ne compose pas d'art poétique. Il utilise la langue pure, ce qui va l'appauvrir car il enlève provincialismes, archaïsmes, termes techniques, les dérivés et les mots composés.

Pour lui, un bon poète utilise le langage courant et renonce au jargon. Il est rigoureux dans ses rimes, estimant que "contenance et sentence riment comme un four et un moulin" et refuse l'utilisation de monosyllabes. Il fixe l'agencement des strophes : sixain d'alexandrins, dizain d'octosyllabes qui comportent obligatoirement une ponctuation forte à la fin du quatrième vers. Le poète est pour lui un ouvrier du vers et non pas un prophète : "toute la gloire que nous pouvons espérer est qu'on dira que nous avons été deux excellents arrangeurs de syllabes", écrit Boileau.

Boileau salue la qualité de son écriture alors qu'on a pu lui reprocher d'être un poète courtisan et d'avoir asservi la poésie à la logique sans inspiration. Cependant, s'il réussit à imposer ses conceptions c'est avant tout parce qu'elles correspondent aux préférences de l'époque et que le classicisme tient ses origines de Malherbe.

Les Thèmes Principaux des Œuvres de Malherbe

Les sujets et les thèmes sont ceux des autres poètes de son époque : vers religieux ou funèbres, louanges officielles, poésies amoureuse, poésies de cour. L’originalité consiste dans sa conception de la poésie qui, pour lui, est affaire de métier ou de technique, l’inspiration jouant un rôle secondaire. Le premier instrument du poète, c’est la rhétorique, autrement dit l’art de bien dire. Son ardeur réformatrice s’exerce d’abord dans le domaine de la langue qu’il veut précise, claire et nette.

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Il exige des mots justes employés avec leur sens exact. Il réclame une même netteté et simplification dans la syntaxe, refusant les tournures alambiquées, les inversions incompréhensibles, les libertés trop audacieuses. Il souhaite une langue poétique proche de la prose en usage ans la bonne société du temps. Baudelaire admire les vers de Malherbe, l’alexandrin surtout « symétrique et carré de mélodie ». Selon lui, le vers ne doit comporter ni hiatus, ni enjambement, ni élision, ni liberté orthographique trop commode. La rime doit être nette, satisfaisante à l’œil et à l’oreille.

Les rimes masculines doivent alterner avec les ries féminines. La strophe doit comporter un repos au 3e vers pour le sizain, au 4e pour le huitain, au 4e et 7e pour le dizain. La phrase doit avoir un rythme correspondant à celui du vers. Certains de se contemporains se moquent de cette esthétique pointilleuse, de cette critique tatillonne, s’indignent d’une conception de la poésie qui semble méconnaître l’inspiration ou le génie, dénoncent les contraintes stérilisantes, l’appauvrissement de la langue et du flux poétique. Pourtant, de la discipline intellectuelle et technique préconisée naît une poésie austère qui parvient à éterniser le fugitif et le précaire comme dans le marbre.

"Consolation à M. du Périer sur la mort de sa fille"

Il écrit Consolation à M. du Périer sur la mort de sa fille en 1599 suite au décès de Marguerite, la fille de son ami Monsieur Du Périer. Ce poème est une réécriture d’un poème plus ancien, Consolation à Cléophon, qu’il écrit en 1592 après le décès de Rosette la fille de son ami Cléophon. Il ne cessera d’écrire des consolations. En 1614 il adresse une lettre de consolation à la princesse de Conty après la mort de son frère et en 1627 il publie une consolation pour Nicolas de Verdun suite au décès de sa femme.

Voici un extrait de "Consolation à M. du Périer sur la mort de sa fille":CONSOLATION A MONSIEUR DU PERIER GENTILHOMME D’AIX EN PROVENCE SUR LA MORT DE SA FILLE

Ta douleur, Du Perier, sera donc eternelle,
Et les tristes discours
Que te met en l’esprit l’amitié paternelle
L’augmenteront toujours !
...
Mais elle estoit du monde, où les plus belles choses
Ont le pire destin,
Et rose elle a vescu ce que vivent les roses,
L’espace d’un matin.
...

Malherbe et l'Académie

La ville de Caen n'a rien omis pour honorer la mémoire de Malherbe, un de ses trois plus illustres enfants, son fils de prédilection qu'elle a comblé d'honneurs par dessus les autres; car, à vrai dire, que n'a-t-elle pas fait pour lui? Table de marbre noir qui indique en lettres d'or le lieu et la date de sa naissance ; place, voisine de son berceau, dépouillée de son vieux nom religieux pour être revêtue de celui du poète ; médailles en divers métaux et jetons en argent frappés à son effigie ; magnifique portrait en pied, peint par un de nos grands maîtres et placé à l'entrée de la belle Bibliothèque de la ville, comme pour l'inaugurer ou en faire les honneurs ; buste et statuette en deux endroits publics; statue de bronze, au seuil du palais de l'Université, s'élevant sur la même ligne que celle de Laplace, une des plus grandes gloires scientifiques du monde ; en vérité, rien ne lui manque, si ce n'est l'accessoire essentiel de toute haute renommée, une biographie exacte, une étude consciencieuse de sa vie jusqu'ici effleurée ou plutôt travestie.

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Malherbe était d'une ancienne maison noble de Normandie. Le neveu du poëte, Eléazar II du nom, conseiller-.au Bailliage et Présidial de Caen, fut maintenu, avec ses frères dans la qualité de noble d'ançienne race, qualité qui avait alors de l'importance, puisqu'elle constituait un droit d'immunité ou d'exemption de toute espèce de charges. Les armoiries de sa famille étaient d'hermines à six roses de gueules. Il se vantait qu'un de ses pères avait accompagné le duc Guillaume à la conquête d'Angleterre, et que les écussons de ses armes avaient été peints, par l'ordre du Conquérant, dans une salle de l'abbaye de St.-Etienne de Caen, et dans une autre salle de l'abbaye du Mont-St.-Michel.

En 1892, Charles Dejob publie dans la Revue internationale de l’enseignement supérieur un article intitulé « De l’antipathie contre Malherbe. À propos d’un livre récent », dans lequel il prend pour cible la thèse de doctorat de Ferdinand Brunot, soutenue en Sorbonne un an plus tôt. Le titre choisi procède déjà d’une stratégie argumentative qui démarque l’article d’un compte rendu classique : prétendant renoncer à examiner les « défauts de méthode » de l’ouvrage, au motif qu’il les aurait déjà signalés lors de la soutenance de thèse, Dejob entend faire un sort à « l’antipathie que [Brunot y] laisse voir pour Malherbe, […] qui paraît contraire à la justice autant qu’à la tradition universitaire », en plaçant d’emblée son propos sur le terrain de la morale.

En fait de méthode, la thèse de Brunot est fondée principalement sur l’analyse du Commentaire de Desportes, dont est induite la doctrine de Malherbe en matière de poésie, de lexique et de syntaxe. Cette analyse, qui occupe la partie centrale de l’ouvrage, est précédée d’une enquête historique sur le contexte intellectuel et poétique du Commentaire, que Brunot tient pour une œuvre critique et doctrinale, et par une étude philologique de ses divers manuscrits ; elle est suivie d’une recherche sur la réception à court terme de la doctrine qu’elle permet de constituer. Brunot s’appuie ainsi sur l’examen de manuscrits et d’imprimés produits par Malherbe et par d’autres auteurs autour de 1605, date probable de la notation du Commentaire, pour mettre en cause la réputation de l’auteur.

Quelques mois après Brunot, Allais soutient à son tour en Sorbonne une thèse consacrée à Malherbe, centrée sur l’œuvre poétique antérieure à 1600, et dans laquelle il prend le contre-pied des propositions de son prédécesseur.

Tableau Récapitulatif de l'Influence de Malherbe

Aspect Influence de Malherbe
Langue Purification de la langue française, suppression des archaïsmes et néologismes.
Poésie Rigueur dans les rimes, structure stricte des strophes.
Classicisme Fondation des principes du classicisme en poésie.
Thèmes Poésie de circonstance, thèmes de la mort, de la paix et de la royauté.

La poésie en vers et contre tout : sonnet de François Malherbe

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