Le quart de finale de la Coupe du Monde 2006 entre la France et le Brésil reste gravé dans les mémoires comme l'un des plus grands matchs de Zinédine Zidane et une performance collective exceptionnelle de l'équipe de France. Revivons ce moment de magie et d'émotion.
Un Contexte Particulier
Pour ceux à qui le foot manque, TF1 met à disposition sur son site les plus grands matchs de l'Equipe de France. Avec la crise sanitaire liée à la pandémie du coronavirus, le football, comme de nombreux domaines, est à l'arrêt. Pour les fans de foot confinés, difficile de trouver regarder avec le confinement mais pas de panique pour celles et ceux qui seraient en manque du ballon rond.
En effet, la chaîne de télévision TF1 a décidé de rediffuser sur son site internet les plus grands matchs de l'histoire des Bleus. Parmi ces rencontres mémorables, on retrouve :
- France-RFA en 1982
- France-Espagne en 1984
- Brésil-France en 1986
- France-Brésil en 1998
- France-Italie en 2000
- Espagne-France en 2006
- Brésil-France en 2006
- France-Ukraine en 2013
- France-Argentine en 2018
- La finale de la Coupe du monde 2018 entre la France et la Croatie
Pour se faire des soirées foot en solo pu en famille, ça se passe sur le site de TF1, juste ici. De quoi remémorer aux fans des instants de football de plusieurs générations.
Zinédine Zidane : L'Homme Providentiel
Zinédine Zidane a alors 34 ans et est revenu chez les Bleus un an plus tôt après avoir entendu une voix au milieu de la nuit. Il s’expliquera d’ailleurs sur cette apparition lors d’une interview donnée à France Football, ressortie il y a quelques jours par le magazine : « L’équipe de France m’a manqué, mais je m’étais fait à cette séparation, même si je souffrais en même temps qu’elle. Je devinais de loin ses difficultés et j’en mesurais les conséquences pour tout le monde, la France, le public, les joueurs et les institutions, mais sans me dire que ma présence y changerait grand-chose. Ça, jamais !(…) Une nuit, à trois heures du matin, je me suis soudain réveillé et là, j’ai parlé avec quelqu’un. C’est quelqu’un que vous ne rencontrerez probablement jamais. Moi-même, je ne m’explique pas cette rencontre. Cette personne existe, mais ça vient de tellement loin. Et là, durant les heures qui ont suivi, j’étais tout seul avec elle et, chez moi, j’ai pris la vraie décision de revenir. C’est à cette heure qu’elle est née !
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Je n’avais jamais connu ça, j’étais comme interdit devant cette force qui dictait ma conduite, et j’ai eu comme une révélation : j’ai eu soudain envie de revenir aux sources, à celles de mes débuts dans le foot professionnel, quand je n’étais personne, qu’on ne me connaissait pas et que j’étais tranquille à apprendre mon métier, à grandir. J’ai eu envie de retrouver tout ça, et c’est une force irrépressible qui s’est emparée de moi à ce moment-là.
Et Zidane est alors sorti de sa retraite internationale, a discuté avec Domenech, s’est préparé en silence et a amené avec lui Lilian Thuram et Claude Makélélé. On connaît la suite : la fête de Montpellier en 2005, l’équipe de France qui réussit à se qualifier pour le Mondial allemand et le retour d’une « certaine idée de la France » selon Vincent Duluc, faisant alors allusion à un discours historique du général de Gaulle.
Zizou a beau insister sur son souhait de ne pas revenir « en Zorro », la France a historiquement toujours eu besoin de cet homme providentiel, comme le dépliait l’historien Jean Garrigues dans Society il y a quelques années : « Cela vient d’une incapacité collective. Dès qu’il y a une période de crise, on se tourne vers ce genre de figures. En 1799, le Directoire est une période de clivages, de troubles politiques, et Napoléon Bonaparte arrive de nulle part. Notre pays s’est débarrassé brutalement de la monarchie et n’a plus de figure d’autorité incontestable. En Angleterre, il y a la reine et une culture de la solution collective beaucoup plus forte. En Allemagne et en Italie, ils ont eu pour hommes providentiels Hitler et Mussolini, ce qui les a vaccinés… »
La France a donc besoin d’un Zidane pour reprendre de la hauteur. Elle a aussi besoin d’une nouvelle cohésion et de retrouver un équilibre tactique : pas de surprise en 2006, les Bleus débarquent en 4-2-3-1, un système adopté après la blessure de Djibril Cissé en préparation - avant ça, Domenech alignait un 4-4-2 en losange avec Patrick Vieira milieu droit et Makélélé seul à la récupération.
Une Tactique Rigoureuse
Pour revenir au premier plan, l’équipe de France va évidemment être française : de la discipline, de la sueur, de l’organisation, de l’énergie, un pressing féroce, mais aussi quelques talents (Zidane, Vieira, Ribéry) pour lui permettre quelques transitions heureuses. Le premier tour du Mondial est une galère, d’où les Bleus vont se sortir miraculeusement, mais le huitième de finale contre l’Espagne fait renaître le sentiment d’une équipe capable de maîtriser et de retourner stylistiquement un adversaire. L’Espagne est une victoire collégiale, et si la France a de nouveau souffert sur coups de pied arrêtés (ce qui a conduit au penalty transformé par Villa), elle a aussi prouvé sa capacité à vivre en bloc grâce notamment à un carré Thuram-Gallas-Makélélé-Vieira furieux.
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Interrogé dans L’Équipe le matin de la rencontre, Patrick Vieira, tentaculaire face aux Espagnols, ne cache pas les intentions des Bleus : « Oui, ce qui est important, c’est d’être bien en place. Le Brésil est au-dessus de la moyenne techniquement. Cette équipe est très patiente, elle construit bien. Défensivement, il faut aussi qu’on soit patients. On les attendra et on essaiera d’entrer sur le terrain avec le même état d’esprit et la même organisation que face à l’Espagne. »
Trente-huit secondes suffisent finalement à placer le curseur : après une récupération de Ribéry dans les pieds de Zé Roberto, Zidane, dos au jeu, se retourne entre le poumon du Bayern et Juninho, puis file danser avec Gilberto Silva. Dans la foulée, le porte-baguette des Bleus rate une ouverture pour Henry - schéma quasi systématique de la compétition -, mais le ton est donné : Zizou est venu en Allemagne pour danser et faire danser, ce qu’il n’a jamais vraiment réussi à faire lors du premier tour.
Reste que par sa présence, le double Z rassure les esprits, ce qui est plus important que d’être un héros masqué, mais a aussi une conséquence tactique : Zinédine Zidane est libre. Libre de faire gagner, libre de ses mouvements, et Domenech va donc le placer au cœur des manœuvres des Bleus, au risque de parfois déconnecter son bloc sous la forme d’un 8+2 souvent dangereux. En finale contre l’Italie, qui joue alors à cette époque avec un meneur de jeu en retrait (Pirlo), Zidane sera même isolé de ses potes.
2006 est un Mondial qui confirme alors une époque où le jeu s’organise un cran plus bas (Xabi Alonso avec l’Espagne magnifique du premier tour, Pirlo avec l’Italie…) et à plusieurs reprises, on verra d’ailleurs le joueur du Real Madrid redescendre dans le rond central pour lancer les offensives pour une raison simple : son plaisir est souvent d’être l’homme de la première passe.
À ce moment de l’histoire, dans El Pais, Pep Guardiola parlera d’ailleurs un jour de Zidane comme du « meilleur défenseur français » . Pourquoi ? Pour ça : « Grâce à lui, la France ne se désorganise jamais. Il la demande, la conserve, la passe, la demande encore, la conserve encore et la passe à nouveau. Pendant ce temps, l’équipe s’organise autour de lui. Je répète : Zidane est le meilleur défenseur français. Il ne fait jamais rien de superflu. Pas une seule concession à la démagogie.
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Zidane ne se sent-il alors pas à sa place dans ce football de guerriers ? Pas impossible, mais il s’adapte, et ce quart de finale de 2006 est sans aucun doute l’une de ses copies internationales les plus garnies. Il y a tout : la grâce, la simplicité, ce double contact devant Cafu pour lancer Abidal, un sombrero sur Ronaldo, des rideaux coupés, des accélérations brillantes… Surtout, le numéro 10 français étouffe dès sa première touche de balle, et le Brésil ne réussit pas à l’attraper.
Pourtant, les Brésiliens, portés par un carré offensif saignant sur le papier (Kaká, Ronaldinho, Juninho, Ronaldo), entament bien la partie et récupèrent même deux bons coups francs en ouverture. Pour les Bleus, ce n’est pas nouveau, c’est même quasi systématique depuis le début du Mondial, et cela explique même le nombre ahurissant de hors-jeu signalés contre Thierry Henry.
Un Henry placé seul à l’avant du char français, qui prend automatiquement la profondeur depuis l’aile, qui vit toujours à la frontière en espérant que ça finisse par payer et qui ouvre des boulevards à ses camarades. Problème : bien souvent, ils n’y sont pas. Le 4-5-1 français prend alors parfois la forme d’un 4-6-0 avec aucun élément dans l’axe et une animation offensive souvent incohérente.
De fait, faire la différence revient souvent à réussir un coup de génie, à transformer les bonnes montées de Vieira (cf. le but de Ribéry contre l’Espagne, où Vieira attire six joueurs espagnols avant de parfaitement lancer Francky) ou à concrétiser un coup de pied arrêté. Preuve à vingt minutes de la fin où, après une bonne couverture d’Abidal devant Adriano, l’équipe de France enchaîne une vingtaine de passes et va tenir le ballon pendant une grosse minute : sur la séquence, les Bleus vont gagner des mètres, éliminer les joueurs brésiliens sans avoir à dribbler, mais ne concrétiseront pas - Henry va perdre son duel avec un défenseur - leur domination (56% de possession de balle sur l’ensemble de la rencontre, meilleur taux de la compétition pour l’EDF après le match contre le Togo).
Si la bande à Domenech a décidé d’attaquer le Brésil en profondeur, ce qui va partiellement réussir, son âme est ailleurs, notamment dans la démolition opérée par la paire Makélélé-Vieira. « Sans Pat’, il n’y a pas d’équipe de France. Le jour où vous aurez compris ça, vous comprendrez » , soufflera par la suite le maître Claude.
L’organisation défensive des Bleus est assez simple : quatre pions derrière et quatre pions devant, Ribéry et Malouda (surtout Malouda) devant fermer les demi-espaces, Makélélé et Vieira devant contenir un pâle Ronaldinho, mais surtout compenser la situation d’infériorité numérique laissée par un Zidane, touché avant la rencontre, qui ne cadre quasiment jamais le porteur de balle.
Résultat : Gilberto Silva et Zé Roberto réussissent par séquence à s’incorporer dans le cœur du jeu, mais vont malgré tout se péter les dents. La prouesse française est surtout de réussir à enfermer les Brésiliens dans des trappes - où les Bleus sont en surnombre grâce à des prises à deux - et de leur prendre du temps. Quand derrière, vous avez les éléments (Sagnol, Abidal, Makélélé, Vieira) pour relancer proprement (souvent côté gauche, côté naturel de Zizou), vous pouvez respirer.
Ainsi, le match, vidé de tout pressing haut, tourne au vinaigre pour le Brésil, qui commet beaucoup de fautes en un contre un, souvent sur des longs ballons : c’est d’ailleurs sur l’un d’ent...
Un But Historique
Le but de Thierry Henry, sur une passe décisive de Zidane, a scellé la victoire de la France. Ce moment reste gravé dans les mémoires comme un symbole de la détermination et du talent de cette équipe.
France - Brésil 2006
Les Compositions
Voici les compositions des équipes lors de ce match mémorable :
| France | Brésil |
|---|---|
| Fabien Barthez | Dida |
| Willy Sagnol | Cafu |
| Lilian Thuram | Lucio |
| William Gallas | Juan |
| Eric Abidal | Roberto Carlos |
| Claude Makélélé | Gilberto Silva |
| Patrick Vieira | Ze Roberto |
| Franck Ribéry | Kaka |
| Zinédine Zidane (C) | Juninho |
| Florent Malouda | Ronaldo |
| Thierry Henry | Ronaldinho |
Anecdotes
Dans son livre "Zidane" à paraître le 6 novembre, notre correspondant à Madrid, Fred Hermel, revient sur le fameux quart de finale de la Coupe du monde 2006 entre la France et le Brésil (1-0). Un match marqué à jamais par le génie du meneur de jeu des Bleus, Zinédine Zidane.
Mais l’ex-Galactique n’est pas passé loin de déclarer forfait, ce soir-là, à Francfort...Ceux qui ont vu France-Brésil en 2006 n’ont pas pu l’oublier. Ce quart de finale de Coupe du monde reste le plus grand match disputé par Zinédine Zidane et, osons le dire, l’une des plus grandes performances de tous les temps.
Ce soir là, à Francfort, Zizou est en état de grâce. Face à la constellation de stars brésiliennes (Ronaldo, Ronaldinho, Roberto Carlos, Kaka…), le meneur des Bleus, au crépuscule de sa carrière, transforme chaque minute en moment de pure magie. "Je n'ai forcément pas envie de m'arrêter là, c'est tellement beau", commente le joueur alors âgé de 34 ans après la qualification de l'équipe de France (1-0). Outre sa passe décisive pour Thierry Henry, sa première et dernière en Bleu, Zidane régale sur chacun de ses ballons. Un chef d’œuvre qui, 13 ans après, fascine toujours et fait le bonheur des nostalgiques sur Youtube."Ce match, j’ai failli ne pas le jouer"
Et dire que tout cela a failli ne jamais arriver. C’est ce que révèle l’entraîneur du Real Madrid dans "Zidane", le livre de Fred Hermel (sortie le 6 novembre aux éditions Flammarion). Dans cet ouvrage qui fourmille d’anecdotes et dont le Journal du Dimanche dévoile quelques extraits, l’ancien numéro 5 révèle qu’il n’est pas passé loin de déclarer forfait pour ce rendez-vous face à la Seleçao. "Ce match, j’ai failli ne pas le jouer, dit-il à notre correspondant à Madrid en 2016. J’avais une grosse boule sur un genou dans les jours précédents." Après des heures d’angoisse, cette boule sera finalement résorbée à temps pour que Zidane puisse affronter le Brésil.
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