La Ligue Arabe : Définition et Enjeux

Les appellations concernant la zone de localisation des pays dits « arabes » sont nombreuses : Monde arabe, nation arabe, Communauté des arabes et, si on désigne cette zone du point de vue géopolitique, on parle alors de Moyen-Orient, de Proche-Orient, de Maghreb, etc. Le terme de « Nation arabe » est susceptible de renvoyer au panarabisme.

En langue anglaise, le terme de « Monde » parait plus approprié que dans la langue française pour qualifier une partie du monde. Tandis que dans la langue française, le terme de « monde » désigne en premier lieu l’ensemble de tout ce qui existe, de façon réelle et concrète. Ainsi, l’ensemble des êtres humains vivant sur la Terre représente le monde. Celui-ci qualifie également la nature, ce qui constitue l’environnement des êtres humains. Cette notion renvoie donc à un sens global. Lorsqu’on fait allusion à des espaces plus restreints, la signification aborde un aspect plus social. En se basant sur cet essai définitionnel, il parait difficile de parler, en français, d’un Monde des Arabes, un « Monde Arabe ».

Des critères sont nécessaires pour définir ce qu’est le Monde Arabe selon certains théoriciens. Peu d’auteurs ont tenté de définir ce que serait le Monde Arabe et néanmoins, un certain nombre de critères se font écho chez ceux qui ont essayé d’en tracer les contours. Le critère de la langue comme point commun à ces différents pays arabes parait problématique. Certes la langue arabe est présente dans la Littérature ainsi que dans les médias mais elle diverge dans la vie quotidienne par l’usage de dialectes propres à chacun de ces 23 pays. A titre d’exemple, un yéménite aura beaucoup de difficultés à comprendre un algérien puisque leurs dialectes ne sont pas les mêmes.

L’islam est certes majoritaire dans les pays cités précédemment mais ne demeure pas la confession unique. Ainsi, des pays comme le Liban ou l’Erythrée se partagent à parts à peu près égales la proportion de musulmans et de chrétiens. Avant la création d’Israël, Juifs, Chrétiens et Musulmans, cohabitaient ensemble dans la région.

Jean Paul Bard, professeur de géographie à l’Université Montpellier III, avait réalisé en 1995 une « modélisation du Monde Arabe », tentant ainsi de faire une synthèse des différentes thèses sur la localisation et les frontières de cette zone. Selon lui, l’espace du Monde Arabe couvre 10% de la surface mondiale, s’étend sur 13,5 millions de km² et peuple d’environ 200 millions d’habitants en 1990.

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Le critère politique quant à lui, est parfois seul nécessaire pour définir la zone de « Monde Arabe ». Ainsi, sur le site internet de l’Institut du Monde Arabe (IMA) à Paris, il est simplement rappelé dans sa section « présentation » que l’Institut est « le fruit d’un partenariat entre la France et la totalité des pays membres de la Ligue des Etats arabes ».

A titre de comparaison, si on utilise ces critères pour définir un hypothétique « Monde Latin », la langue d’origine commune aux pays faisant partie de cette zone serait le latin, la religion serait le christianisme, la localisation l’Europe de l’Ouest et enfin concernant la politique il pourrait s’agir de l’Union européenne ou du Conseil de l’Europe.

Il apparait primordial de rappeler que cette notion de « Monde Arabe », en anglais « Arab world », est fortement liée à celle de Monde Occidental (« Western World ») et Monde Oriental (« Eastern World »). Selon le contexte et la période donnée, ce terme fait référence à un ensemble de pays différents. Tantôt le Monde occidental fût synonyme de « Monde chrétien », vers les XVII-XVIIIe siècles puis lorsqu’une certaine sécularisation se développa aux XIX-XXe siècles en Europe, le terme d’Occident perdit peu à peu sa connotation religieuse au profit d’un sens plus politique.

Le terme d’Orient, en anglais « Eastern World », fût définit par les grandes puissances en opposition avec le terme d’Occident, et donc désignant un « Monde » non chrétien, et au fil des siècles, renvoya aux pays colonisés par les grandes puissances. Cet Orient fut découpé en plusieurs « Orients » dans le vocabulaire diplomatique : l’Extrême Orient, le Moyen Orient et le Proche-Orient. Et sans doute pouvons-nous ranger cet hypothétique « Monde Arabe » dans le grand tiroir qu’est ce monde Oriental. La notion de Tiers-Monde (« Third World ») montre également cette tendance des puissances occidentales à fractionner la planète.

Néanmoins, il est primordial de souligner que ces termes d’Orient, de Monde Arabe, d’Occident sont principalement utilisés par les Etats dits du Nord, c’est-à-dire les pays européens et les Etats-Unis. Dans son article intitulé « Monde arabe ou nation arabe ? », Naji Alloush, intellectuel palestinien, y écrit que le terme de « nation arabe » signifie que la nation est une, par sa géographie, histoire et population et que l’unité arabe est inéluctablement en devenir. En revanche, l’expression « monde arabe » est un terme colonial d’origine britannique, qui, selon l’auteur, consacre le sentiment de la division et de la fragmentation.

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Selon Naji Alloush, l’utilisation du terme « nation arabe » s’est répandue et implantée suite à la Révolution égyptienne du 23 juillet 1952 et l’importante poussée nationaliste qui l’a accompagnée, impulsée par Gamal Abd el Nasser. En conclusion, si on persiste à utiliser le terme de « Monde », alors faudrait-il davantage désigner la langue arabe plutôt qu’une communauté dans son ensemble. Ainsi, comme il est parfois mentionné, dans certains textes, un « monde francophone » ou un « monde anglophone », celui-ci désigne respectivement l’ensemble des populations dont le français ou l’anglais est la langue naturelle, officielle ou d’usage. Etymologiquement, le terme vient du grec phônê, « son, voix, langage ».

Le terme de « pays arabes » ou de « sociétés arabes » parait plus approprié que celui de « monde » car il élimine la notion de zone délimitée, fermée sur elle-même à l’écart d’un tout global.

La Ligue arabe, ou Ligue des États arabes, est une organisation régionale ; elle a également une mission d’observateur pour les Nations unies. Créée le 22 mars 1945 au Caire par l’Arabie Saoudite, l’Égypte, l’Irak, le Liban, la Syrie, le Yémen et la Transjordanie (l’actuelle Jordanie), la Ligue regroupe, depuis 1993, vingt-deux États arabes. Aux sept membres fondateurs se sont ajoutés la Libye en 1953, le Soudan en 1956, la Tunisie et le Maroc en 1958, le Koweït en 1961, l’Algérie en 1962, les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Qatar et Oman en 1971, la Mauritanie en 1973, la Somalie en 1974, l’Organisation de libération de la Palestine (siège occupé maintenant par l’Autorité palestinienne) en 1976, Djibouti en 1977 et les Comores en 1993.

La Ligue arabe a notamment pour objet le resserrement des rapports entre ses États membres et le développement de la coopération dans différents domaines, la coordination de l’action politique et la défense des intérêts des pays arabes. Les conflits du Moyen-Orient ont toujours été au centre des travaux de la Ligue, la divisant à plusieurs reprises. En 2011, la Syrie est suspendue de la Ligue, pour être finalement réintégrée en mai 2023. Le siège permanent se trouve au Caire.

Les Objectifs et le Fonctionnement de la Ligue Arabe

La Ligue arabe n’est pas une organisation supranationale. Son objet se limite à favoriser une coopération interarabe multiforme, librement consentie par les États membres, qui ne peuvent être liés par les décisions de l’organisation auxquelles ils n’auraient pas souscrit. Un nombre très faible d’accords adoptés par le conseil de la Ligue (au sein duquel jour la règle de l’unanimité en matière de vote) a été ratifié par l’ensemble des pays membres. Il en est notamment ainsi de l’accord relatif à l’instauration d’un marché commun arabe, conclu en 1964.

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Dès ses origines, la Ligue pâtit des divisions entre ses membres. L’Égypte réclame au Royaume-Uni l’évacuation de la zone du canal de Suez et la restitution du Soudan (en théorie soumis à un condominium anglo-égyptien), tandis que la Transjordanie et l’Iraq restent fidèles à l’alliance britannique. Mais surtout, la création du nouvel État d’Israël et sa victoire sur les Arabes en 1948 tournent à la confusion des pays arabes. L’Égypte en est exclue en 1979 pour avoir signé les accords de paix avec Israël (accords de Camp David de 1978) et le siège est transféré à Tunis. L’influence de la Ligue, privée de sa nation la plus puissante, est durablement entamée.

Pendant cette période, d’autres structures de coopération se développent dans un cadre régional, comme le Conseil de coopération du Golfe, créé en 1981, ou l’Union du Maghreb arabe en 1989. Mis, en dépit du retour en son sein de l’Égypte (1990), la Ligue arabe ne parvient pas à s’imposer comme un acteur majeur sur la scène internationale. En 1990, le siège de la Ligue a été de nouveau établi au Caire.

La création de la Ligue répond à la volonté des Britanniques de retrouver, au cours de la Seconde Guerre mondiale, le soutien des États arabes. À l’issue des négociations menées en 1915-1916, les Britanniques s’était engagés à soutenir la création d’un État arabe indépendant. Le souverain de ce futur État devait être le chérif de La Mecque Husayn ibn Ali, dont les troupes, organisées par Lawrence d’Arabie, contribuent à la défaite de l’Empire ottoman. Bien que victorieux, français et Britanniques ne tiennent pas leurs engagements.

Malgré la présence en France du fils d’Husayn ibn Ali, le prince Faysal Ier, la Conférence de paix de 1919 refuse d’accorder aux Arabes un État. En vertu d’un accord secret signé en 1916, l’accord de Sykes-Picot, la France obtient un mandat sur la Syrie et le Liban. Cette situation suscite d’abord la colère des Arabes (insurrection en Égypte en 1919, émeutes en Palestine et révolte en Iraq en 1920 sévèrement réprimées). En 1939, pour regagner la confiance des Arabes qui n’étaient pas insensibles à la propagande de l’Axe, le Royaume-Uni limite considérablement l’immigration juive en Palestine (Livre blanc de 1939).

En mai 1941, le ministre britannique des Affaires étrangères Antony Eden soutient la cause de l’unité arabe. En 1945, la constitution de la Ligue des États arabes, sous les auspices britanniques, permet à Londres d’ancrer sa domination sur le Proche-Orient.

Carte des pays membres de la Ligue Arabe

Carte des pays membres de la Ligue Arabe

La Déclaration d'Alger : Un Moment Clé

La 31e session du Sommet arabe d’Alger a été sanctionnée par la « Déclaration d’Alger », lue en séance de clôture par le représentant permanent de l’Algérie auprès des Nations Unies, Nadir Larbaoui. Cette déclaration met en avant plusieurs points clés concernant le monde arabe :

  • Importance de la centralité de la cause palestinienne et du soutien aux droits du peuple palestinien.
  • Attachement à l’Initiative arabe de paix de 2002.
  • Nécessité de protéger la ville d’Al-Qods occupée et ses lieux saints.
  • Levée du blocus israélien imposé à la bande de Ghaza.
  • Renforcement de l’action arabe commune pour protéger la sécurité nationale arabe.
  • Rejet de toute forme d’ingérence étrangère dans les affaires internes des pays arabes.
  • Pleine solidarité avec le peuple libyen et soutien aux efforts visant à mettre un terme à la crise libyenne.
  • Soutien au Gouvernement légitime du Yémen et aux efforts consentis pour parvenir à une solution politique à la crise du Yémen.
  • Rôle collectif et de chef de file des Etats arabes dans les efforts visant à parvenir à une solution politique à la crise syrienne.

La déclaration souligne également l’importance de renforcer et de moderniser l’action arabe commune, de valoriser les propositions pour l’activation du rôle de la Ligue arabe, et de lancer une dynamique interactive entre les institutions arabes officielles et les acteurs de la société civile.

En outre, elle insiste sur la nécessité d’établir des relations saines et équilibrées entre la communauté arabe et la communauté internationale, et d’affirmer l’importance de la participation des pays arabes dans la définition des contours du nouvel ordre mondial.

Sommet de la Ligue Arabe à Alger en 2022

Sommet de la Ligue Arabe à Alger en 2022

Crises et Défis Actuels

Les crises incessantes qui ont agité le monde arabe depuis 1945 ont affecté le fonctionnement et l’efficacité de la Ligue. L’Égypte en est exclue en 1979 pour avoir signé les accords de paix avec Israël (accords de Camp David de 1978) et le siège est transféré à Tunis. L’influence de la Ligue, privée de sa nation la plus puissante, est durablement entamée.

En 2011, la Syrie est suspendue de la Ligue, pour être finalement réintégrée en mai 2023. De nombreux événements récents témoignent des efforts de la Ligue pour faire face aux défis régionaux :

  • Réunion au Caire en mars pour un plan de reconstruction de la bande de Gaza.
  • Réunion extraordinaire en octobre suite à l’attaque du Hamas et aux représailles israéliennes.
  • Signature d’accords de coopération entre les Émirats arabes unis et Israël.
  • Condamnation de l’agression de l’Iran par les ministres des affaires étrangères arabes.
  • Demande à l’ONU d’appuyer un plan organisant le départ de Bachar Al Assad en Syrie.

La Ligue arabe continue de jouer un rôle important dans le façonnement de la politique régionale et internationale, malgré les nombreux défis auxquels elle est confrontée.

Membre Fondateur Année d'Adhésion
Arabie Saoudite 1945
Égypte 1945
Irak 1945
Liban 1945
Syrie 1945
Yémen 1945
Jordanie (Transjordanie) 1945
Libye 1953
Soudan 1956
Tunisie 1958
Maroc 1958
Koweït 1961
Algérie 1962
Émirats arabes unis 1971
Bahreïn 1971
Qatar 1971
Oman 1971
Mauritanie 1973
Somalie 1974
Organisation de libération de la Palestine 1976
Djibouti 1977
Comores 1993

Tableau des membres de la Ligue Arabe et leur année d'adhésion

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