Ligue de Football Professionnel (LFP) : Explication et Enjeux

La Ligue de Football Professionnel (LFP) joue un rôle central dans l'organisation et la gestion du football professionnel en France. Cet article explore en détail le fonctionnement de la LFP, ses responsabilités, les enjeux économiques auxquels elle est confrontée, et les stratégies mises en place pour assurer la pérennité du football français.

Logo de la Ligue de Football Professionnel

Rôle et Responsabilités de la LFP

La LFP est aux manettes des championnats de Ligue 1 et Ligue 2. Elle établit les calendriers des championnats français, en tenant compte de divers paramètres :

  • Les demandes des équipes
  • Les matches de Coupes d’Europe (Ligue des champions, Ligue Europa et Ligue Europa Conférence)
  • Les impératifs des diffuseurs

Pour la saison à venir, six clubs seront potentiellement qualifiés en Coupe d’Europe. Par exemple, si un club de C3 évolue le jeudi soir, il ne pourra jouer que le dimanche en L1.

La LFP essaie d’équilibrer les programmes des matchs en semaine. Elle ne va pas en mettre cinq à l’extérieur à une équipe, mais tenter de répartir en trois réceptions, deux déplacements, ou l’inverse.

Équilibrer un calendrier, c’est aussi faire attention à ne pas donner plus de deux matchs de suite à domicile ou à l’extérieur à un club. Depuis 2014-2015, le calendrier est asymétrique en Ligue 1 (pas en Ligue 2). Le premier adversaire d’une équipe n’est plus forcément le dernier. Cela permet davantage de « souplesse et moins de contraintes ».

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Une fois tous les paramètres positionnés, le calendrier est établi via un logiciel informatique. Plusieurs simulations sont faites, et la LFP retient le meilleur calendrier possible. Le calendrier officiel est ensuite adopté en conseil d’administration.

Les Droits TV : Un Enjeu Économique Majeur

L’économie du football professionnel s’est constituée, depuis les années 2000, autour d’un triptyque constitué par les droits de retransmission des rencontres, le trading de joueurs et le sponsoring.

Passé l’arrivée de la quatrième chaîne Canal+ et la normalisation des rencontres sportives à la télévision, ces droits de diffusion ont pris de plus en plus d’importance. Les clubs devinent rapidement l’intérêt : les rencontres attirent des téléspectateurs, bonifient les audiences, sont des produits d’appel pour les chaînes de télévision à péage.

Canal+ se place en position de quasi-monopole et devient partenaire historique. Il y a bien eu les tentatives, vaines, de TPS, du groupe TF1, à la fin des années 1990, ou de Orange, mais Canal+ garde la main. Seulement, sa suprématie ne soutient pas la valorisation des droits.

Il faut attendre l’arrivée, en 2012, de la chaîne beIN Sports, du groupe télévisuel qatari Al Jazeera, pour redensifier la concurrence. D’un coup, sur l’appel d’offres 2012-2016, les droits dépassent les 600 millions d’euros.

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En 2014, nouveau chapitre dans cette histoire : beIN veut récupérer l’intégralité des droits de la Ligue 1. Ils sont prêts à mettre 900 millions d’euros sur la table. Seulement, il faut attendre une intervention directe de l’Élysée, du président François Hollande, pour que le Qatar recule : « Il fallait protéger le cinéma français ».

Conséquence, alors que les droits auraient pu atteindre 900 millions d’euros dès 2016, ils ne montent qu’à 750 millions d’euros, avec co-diffusion entre Canal+ et beIN. Pourtant, dans l’esprit des dirigeants du football français, une petite musique commence à se faire entendre : « les droits peuvent valoir 900 millions d’euros voire, avec l’inflation, atteindre le milliard dès le prochain appel d’offres ».

En 2016, Canal+ et beIN signent un accord de distribution exclusif. Bien que l’autorité de la concurrence retoque cet accord, la Ligue de football professionnel s’inquiète et voit la concurrence, lors du prochain appel d’offres, prévu pour 2018, s’effriter. Il faut impérativement faire entrer un nouvel acteur, au risque de ne jamais pouvoir atteindre l’objectif du milliard.

Un acteur, inconnu en France, va pourtant pointer le bout de son nez, le sino-espagnol Mediapro, déjà largement positionné en Espagne et propriétaire des droits internationaux de la Liga. Il est prêt à s’imposer en France et vient avec des garanties de son actionnaire chinois.

Seulement, il n’a pas de chaîne en France, pas de réputation, pas de notoriété et aucun accord de distribution avec les opérateurs téléphoniques, Bouygues, SFR, Orange et Free. Qu’à cela ne tienne, il faut de la concurrence pour faire croître le montant des droits, la LFP va alléger ses contraintes qualitatives et faire entrer en grande pompe Mediapro sur la vente aux enchères de ses droits.

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Ces derniers, pleins de confiance, posent 780 millions d’euros sur les premiers lots et raflent 80% de la diffusion, au nez et à la barbe de Canal+ et de beIN. Le groupe qatari se positionnera sur un dernier lot, deux matchs par journée, pour 332 millions.

Conséquence, en ajoutant les droits numériques de 42 millions d’euros, la Ligue 1 se retrouve valorisée à 1,15 milliard d’euros. Champagne !

Seulement, rien ne va se passer comme prévu et c’est le début des problèmes. Mediapro, qui a les droits pour 2020-2024, ne va pas vraiment chercher à les valoriser.

En septembre 2020, Mediapro ne peut plus payer. En octobre, Jaume Roures annonce qu’il veut revoir le contrat. Le football français ne vaut plus un milliard, il n’est pas rentable, les ayants droit ne peuvent pas payer. Seulement 400 000 foyers se sont abonnés à Téléfoot.

Il faudra attendre la décision du tribunal de commerce de Nanterre pour mettre fin au contrat et donner la diffusion du reste de la saison à Canal+, de retour dans la danse, pour moins de quarante millions d’euros.

Canal+, qui est revenu, dès janvier 2021, comme le sauveur, s’imagine qu’il sera écouté. Pourtant, la LFP va (encore) lui faire faux bond et privilégier l’offre d’un nouvel acteur, l’Américain Amazon, venu récupérer les lots de Mediapro contre un chèque de 250 millions d’euros.

Au total, avec Amazon, la Ligue se retrouve valorisée à 624 millions d’euros (332 millions payés par beIN Sports, 250 millions payés par Amazon et 42 millions d’euros pour les droits numériques payés par Free).

Dès 2021, Vincent Labrune propose la création d’une société commerciale, afin de sortir de la dépendance de la Fédération française de football, et de vendre des parts de cette société commerciale à des investisseurs afin de récupérer une certaine somme. Le choix se portera sur le fonds d’investissement luxembourgeois CVC Partners qui, contre 1,5 milliard d’euros, récupérera 13% des parts de la société commerciale de la LFP.

En juin 2023, dans la préparation de l’appel d’offres 2024-2029, Vincent Labrune annonce la couleur : « on vise aux alentours du milliard d’euros ».

En octobre 2023, l’appel d’offres est déclaré infructueux. Personne ne s’est positionné, personne. Canal+ ne veut plus y aller. Quant à beIN Sports, il ne veut plus dépenser sans compter. Et Amazon, nouvel acteur, s’est rendu compte que même avec une offre mensuelle à 12,90 euros pour son Pass Ligue 1, il n’a jamais réussi à dépasser les 1,8 million d’abonnés.

Création de la Chaîne Ligue 1+

En mai 2024, la LFP révèle travailler à la création d’une chaîne indépendante, autonome, directement gérée par la société commerciale, afin de dépasser le blocage contractuel avec les diffuseurs. À partir de cette saison, qui débute le vendredi 15 août, la Ligue 1 sera diffusée par la chaîne Ligue 1 +, créée par la LFP.

En proie à une crise des droits TV depuis plusieurs années, LFP Media, la filiale commerciale de la Ligue de football professionnel, lance Ligue 1+, sa propre plateforme pour laquelle elle espère 1 million d’abonnés cette saison.

La stratégie choisie par la Ligue rappelle celle mise en place par Mediapro et DAZN, à la seule différence que l'argent récupéré des abonnements ira directement dans les poches de la LFP.

Ligue 1+ diffusera en direct et en exclusivité huit matchs sur neuf chaque week-end : vendredi soir (20 h 45), samedi soir (19 heures et 21 heures), dimanche après-midi (15 heures), le multiplex (trois matchs à 17 h 15) et le dimanche soir (20 h 45). Le neuvième match (samedi 17 heures) sera en direct sur beIN Sports et en différé sur Ligue 1+ le samedi soir à minuit.

Voici un tableau récapitulatif des offres et contenus de Ligue 1+ :

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Contenu Description
Matchs en direct Huit matchs par week-end
Match en différé Un match (samedi 17h) diffusé en différé
Magazines Deux grands magazines chaque week-end
Événements spéciaux Trophée des Champions, multiplex de fin de saison, barrages
Avant-matchs Équipes d'experts sur site
Consultants Benoît Cheyrou et autres noms à venir

Un abonnement à 14,99 € par mois avec un engagement de 12 mois. Il y aura également la possibilité de s'abonner à une offre sans engagement dont le montant est de 19,99 €. « Et pour les moins de 26 ans, une offre à venir de 9,99 €/mois sans engagement sur mobiles, tablettes et ordinateurs ».

Pour renforcer la visibilité de son produit, de Tavernost a expliqué que LFP Médias visait « l'hyperdistribution ». Il a ajouté que la plateforme sera disponible sur les quatre réseaux Orange, SFR, Free et Bouygues.

Trophée de la Ligue 1

Réforme de la Gouvernance du Football Professionnel

La FFF souhaite reprendre la main en optant pour un modèle où la LFP comme entité juridique n’existe plus. Les clubs seraient en première ligne, sans intermédiaire, au sein d’une société qui dirigera le foot pro. Les clubs de Ligue 1 et Ligue 2 deviendront actionnaires d’une société dont les autres actionnaires seront CVC (qui conservera ses 13%) et la FFF qui aura une action préférentielle avec droit de véto notamment sur les sujets les plus structurants (formats des compétitions, nombre de montées et descentes).

La gouvernance de cette société serait ainsi comparable à celle de n’importe quelle société. Il n’y aurait plus d’élections pour élire un président. Un conseil d’administration se réunirait pour nommer les dirigeants qui seront des mandataires sociaux rémunérés qui pourraient se faire débarquer si les objectifs ne sont pas atteints.

La nouvelle organisation pourrait être mise en œuvre pour le début de la saison 2026-2027.

Au-delà de cette grande réforme de la gouvernance, la FFF souhaite imposer de nouvelles règles afin d’assainir les finances des clubs, dont certains sont toujours au bord de dépôt de bilan. Parmi ces règles, il y a la limitation du nombre de contrats possibles au sein d’un effectif et le plafonnement de la masse salariale avec de nouveaux ratios encore plus contraignants qu’aujourd’hui.

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