La France a connu de belles générations spontanées, mais on n'a jamais parlé de la génération 1968 (Djorkaeff, Desailly, Deschamps, Lebœuf) ou 1977 (Henry, Trezeguet, Sagnol, Gallas, Silvestre) comme de la 1987. C'est même devenu une marque, dans la foulée d'un titre de champion d'Europe des moins de 17 ans conquis face à l'Espagne de Piqué et Fabregas.
Benzema, Nasri, Ben Arfa, Menez ... La Génération Gachée du Foot Français
Les Bleus Nés en 1987
L'année 1987 a produit pas moins de onze Bleus : cinq champions d'Europe U17 donc (Karim Benzema, Samir Nasri, Hatem Ben Arfa et Jérémy Ménez et Benoît Costil) auxquels s'ajoutent Blaise Matuidi, Dimitri Payet, Loïc Rémy, Kevin Gameiro et les plus éphémères Clément Chantôme et Aly Cissokho. Nul doute que Mehdi Benatia aurait été le douzième s'il n'avait opté pour le Maroc.
Les joueurs nés en 1987 cumulent 329 sélections en équipe de France : Benzema (81), Matuidi (84), Nasri (41), Payet (38), Rémy (30), Ménez (24), Ben Arfa (15), Gameiro (13), Costil, Cissokho et Chantôme (1). Une performance qu'auront du mal à atteindre les Bleus de 1991, qui ne comptent «que» 154 sélections : Griezmann (78), Kanté (39), Lacazette (16), Mangala (8) et Grenier (5). En revanche, la promotion 1993 est sur la bonne voie. Elle en est en effet déjà à 236 sélections grâce notamment à Pogba (69), Varane (64), Umtiti (31), Digne (30), Fekir (24) et Thauvin (10).
Les Attentes et les Réalités
Les folles attentes suscitées par Benzema, Nasri, Ben Arfa et Ménez laissent, treize ans plus tard, une sensation de gâchis.
L’été 2004, la génération 87 gagne le championnat d’Europe des moins de 17 ans face à la Roja de Gérard Piqué et Cesc Fabregas. Étincelante, cette constellation de talents menée par Benzema, Nasri et consorts a l’avenir devant elle. Pourtant, certains ne perceront jamais. D’autres, n’auront pas forcément la carrière qu’ils auraient pu espérer.
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Philippe Bergerro expliquait sur FootMercato : « Leur problème, c’est qu’après leur titre, leurs clubs respectifs leur ont tous fait signer un contrat professionnel pour ne pas les voir partir ailleurs. Or, ils n’étaient pas assez matures pour toucher si tôt de l’argent et se sont crus arrivés. »
Focus sur Quelques Joueurs Clés
Karim Benzema
Sûrement l’élément de la génération 87 qui a le mieux réussi… en club. Titulaire au Real Madrid depuis maintenant dix ans, l’ancien Gones en a parcouru du chemin. Deux Liga, deux Coupe du Roi, et surtout quatre Ligue des Champions. Meilleur buteur Français de la compétition, sa carrière laisse pourtant un goût d’inachevé en Bleu. Plus appelé en Équipe de France depuis 2015 et l’affaire Valbuena, Karim aurait dû être l’attaquant phare des Bleus.
Samir Nasri
Immense talent, mais un sentiment de gâchis incroyable. Fantastique joueur de ballon, Samir Nasri aura enchanté successivement le Vélodrome, l’Emirates Stadium ou encore l’Eithad Stadium. Marseille, Arsenal, Man City, l’ascension est pourtant linéaire, mais "Le Petit Prince" n’arrivera jamais à donner la pleine mesure de son talent en Équipe de France (malgré 41 sélections). La faute à certaines attitudes n’allant pas forcément avec la notion de groupe. Il joue aujourd’hui à Anderlecht.
Formé à l'OM, Samir Nasri a été très brillant en Premier League. Un joueur pétri de qualités qui aura atteint son firmament à Arsenal et à Manchester City pendant quelques saisons, offrant même plusieurs moments de grâce footballistique. Si il aurait pu faire bien plus au regard de son talent, l'ancien "petit prince du Vélodrome" a fait une carrière que rêvent d'avoir la très grande majorité des footeux.
D'origine algérienne, le minot grandit à la Gavotte-Peyret, une cité de Septème-les-Vallons, au Nord de Marseille. Repéré par les recruteurs olympiens à l'âge de 9 ans, il se fait remarquer grâce à sa pointe de vitesse et sa technique exceptionnelle qui lui permettent d'intégrer le centre de formation souvent décrié. Agile et élégant avec le ballon, il affiche une maturité surprenante pour son âge. Ses progrès sont si fulgurants que le coach de l'époque José Anigo le lance dans le grand bain le 12 septembre 2004 à Sochaux (défaite 2 buts à 0), quelques mois après avoir remporté le Championnat d'Europe des moins de 17 ans avec la génération dorée de 87 composé de Karim Benzema, Hatem Ben Arfa et Jérémy Menez.
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Chouchou du Vélodrome, il enchaîne les rencontres et les performances de haut vol. Au total, 14 buts et 178 matchs en quatre saisons pleines et un retour en Champions League au milieu de la période de vaches maigres du club, tant le gamin porte déjà toute une équipe sur ses épaules. Couronné meilleur passeur de Ligue 1 avec une dizaine d'offrandes pour sa dernière année, il rejoint Arsenal et ses "Frenchies" en 2008. Avec Arsène Wenger, le joueur muscle son jeu, excelle sur l'avant-dernière passe et performe dans sa finesse technique. Surtout, il se montre redoutable dans la zone de vérité avec notamment une efficacité chirurgicale devant la cage adverse.
Meilleur joueur français de l’année en 2010, nommé dans l’équipe type de la Premier League en 2011, ses accomplissements personnels sont excellents. Seul les trophées ne suivent pas. Courtisé par Chelsea, la Juve et le Manchester United de Sir Alex Ferguson qui cherche un remplaçant à Paul Scholes, il préfère tenter le pari Manchester City, alors désigné nouvel eldorado de l'Europe. Bingo.
Élément indispensable, le meneur de possession chargé de remonter le terrain face à un bloc bas avant de combiner devant les 16 mètres adverses avec David Silva et Sergio Agüero remporte deux titres de champion, dont le premier des Citizens depuis 44 ans. Le point d'orgue de sa carrière.
Si ses débuts en fanfare le 28 mars 2007 à l'âge de 19 ans contre l'Autriche avec une passe décisive pour Karim Benzema qui fêter également sa première cape sont promettants, la suite est moins rose. Présent lors du fiasco de l’Euro 2008, l'ambiance n'était pas au beau fixe chez les Bleus. Un conflit dit générationnel entre les cadres et les jeunes après l'épisode du bus - déjà - où Nasri aurait pris la place réservée à Thierry Henry. William Gallas avait alors traité le joueur d'Arsenal de "petit con" dans son livre (Parole à la défense).
Ensuite, il est écarté de la coupe du Monde 2010 par Raymond Domenech. Sacrifié par le vestiaire à cause de son côté probablement trop sûr de lui. Dans son malheur, il échappe de peu à la grève du bus de Knysna. L’avènement de Laurent Blanc comme sélectionneur lui permet un retour en grâce, et une participation à l’Euro 2012. Durant le tournoi, il laisse un but et une célébration discutable lors de France-Angleterre. Un doigt sur la bouche adressée à la presse suivi d'un "Ferme ta gu**le" qui resteront dans les mémoires.
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En conflit permanent avec les journalistes qui lui reproche son manque d’implication et ses écarts de conduite, il reste tout de même régulièrement appelé en sélection par Didier Deschamps. Après être passé à côté de son match lors du barrage aller de la Coupe du Monde 2014 contre l’Ukraine, il est mis sur la touche quatre jours plus tard lors du barrage retour mémorable au Stade de France. Ce sera sa dernière apparition dans le groupe. Il n'aura pas de deuxième chance. DD privilégiant le "bien vivre ensemble".
41 capes internationales en six ans tout de même mais seulement deux Euros disputés et une image écornée à jamais. Nasri avait un côté trop critique pour les Tricolores. Une majorité des français n'aimait pas ça. Plus en odeur de sainteté du côté des Sky Blues, il part en prêt retrouver plus de temps de jeu au Séville FC. Malgré des bonnes performances en Andalousie, Samir n'est pas conservé par le club anglais et doit partir. Il tente l'aventure à Antalyaspor en Süper Lig turque, où évolue la légende camerounaise Samuel Eto'o. Sans grande réussite.
Pire, il est suspendu plusieurs mois fin février 2018 pour dopage après s'être fait injecter son Immunity Drip, méthode interdite par l'AMA. Un déclin inexorable qui le voit tenter une relance chez les Hammers de West Ham avant de finir par une aventure pas franchement concluante à Anderlecht, en pleine crise sanitaire.
Hatem Ben Arfa
Au regard de son exceptionnel talent, sa carrière aurait pu être bien plus clinquante. 15. C’est le nombre famélique de sélections d'Hatem Ben Arfa en Équipe de France. Alors qu’il aurait dû être le nouveau meneur de jeu des Bleus, après Lyon et Marseille, HBA a progressivement perdu le fil de sa carrière en Angleterre. Revenu en force à Nice il y a quelques saisons, il s’est de nouveau perdu à Paris, qui l’a recruté pour ne pas le faire jouer. Joueur cette saison du Real Valladolid, Hatem aurait dû jouer pour un autre Real.
Jérémy Ménez
Ben Arfa, Nasri, Menez, tous ces profils se ressemblent. De l’or plein les pieds, mais le sentiment d'un goût d'inachevé. Pourtant très bon lors des ses années romaines et parisiennes, Menez a ensuite disparu de la surface petit à petit. La preuve, il joue aujourd’hui en Ligue 2 au Paris FC. Seulement sélectionné 24 fois avec les Tricolores. Au regard de son immense potentiel, on ne l’aurait pas cru en 2004.
Autres Joueurs de la Génération 87
- Thomas Mangani : L’infatigable milieu est aujourd’hui un élément très important du SCO d’Angers pour la sixième année de suite.
- Benoît Costil : Le Bordelais connaît une carrière très intéressante en Ligue 1.
- Rémy Riou : A l’image de Costil, l’autre gardien de la génération 87 s'est construit une carrière respectable en France.
L'Avis de Karim Benzema
Lors d'un entretien avec BeIN Sports, Karim Benzema a rendu hommage à la génération 87 et a jugé leurs carrières. Pour Benzema, ses anciens coéquipiers ont manqué de force mentale, un élément qui aurait pu leur permettre de briller tout au long de leur carrière.
« Au début, que ce soit Ben Arfa, Ménez, Nasri.... Ils étaient tellement talentueux. Moi, je suis arrivé un peu plus tard, moins exposé au monde du foot [...] Je pense que moi, le talent, je l'ai eu petit mais j'ai travaillé, pour arriver à un moment où aujourd'hui j'ai fait ce que j'ai fait. Eux, ils ont eu des moments difficiles dans leur carrière. Ce qui leur a manqué, c'est un tout petit peu de mental. »
| Joueur | Sélections en Équipe de France |
|---|---|
| Karim Benzema | 81 |
| Blaise Matuidi | 84 |
| Samir Nasri | 41 |
| Dimitri Payet | 38 |
| Loïc Rémy | 30 |
| Jérémy Ménez | 24 |
| Hatem Ben Arfa | 15 |
| Kevin Gameiro | 13 |
| Benoît Costil | 1 |
| Aly Cissokho | 1 |
| Clément Chantôme | 1 |
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