Tensions croissantes : Égypte, Arabie Saoudite et BeIN Sports au cœur des enjeux régionaux

Les relations entre l'Égypte, l'Arabie saoudite et le Qatar sont marquées par des tensions croissantes, notamment en ce qui concerne la chaîne de télévision BeIN Sports. Cette situation s'inscrit dans un contexte plus large de lutte d'influence régionale et de concurrence économique.

Localisation de l'Égypte
Localisation de l'Arabie Saoudite

Le conflit diplomatique et économique entre le Qatar et l'Arabie Saoudite

Un nouvel épisode de la bataille diplomatique entre le Qatar et l'Arabie saoudite s'est déroulé récemment. Mardi, Ryad a confirmé avoir révoqué la licence de BeIN Sports sur son territoire. Contrôlée par Doha, la première chaîne sportive du monde arabe s'est aussi vue infliger une amende de 10 millions de riyals (plus de 2 millions d'euros) pour une entorse au droit de la concurrence saoudien. BeIN a dénoncé un « simulacre de procédure judiciaire », qualifiant cette décision d'« absurde ».

Pour la chaîne, qui possède les droits de nombreuses compétitions sportives dans le pays, la situation était déjà complexe. L'embargo économique imposé au Qatar par ses voisins du Golfe depuis 2017, notamment pour sa proximité avec l'Iran, a fortement restreint l'accès des téléspectateurs saoudiens à ses contenus. Les récepteurs BeIN sont par exemple interdits dans le pays, tandis que les sites internet qataris y sont inaccessibles.

En outre, ses programmes sont intégralement piratés par un réseau saoudien baptisé « beoutQ » (pour Be out Qatar). Si le pouvoir en place a toujours nié son implication, l'Organisation mondiale du commerce (OMC) a pointé son inaction.

Depuis trois ans, les fronts se multiplient entre les deux rivaux, engagés dans une lutte d'influence au niveau régional. Dernier évènement en date : la décision de la Cour internationale de justice, plus haute juridiction de l'ONU, qui s'est prononcée en faveur du Qatar au sujet du blocus aérien dont l'émirat est victime. Après s'en être félicité, Doha a indiqué que les responsables du blocus (à savoir l'Egypte, Bahreïn, les Emirats arabes unis, et l'Arabie saoudite) seraient traduits en justice.

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L'investissement dans le sport comme outil de "soft power"

Mais la bataille se joue également sur le terrain de l'image, par l'intermédiaire du « soft power ». Dans ce domaine, le Qatar possède quelques longueurs d'avance : en rachetant le Paris Saint-Germain en 2011, en obtenant l'organisation de la Coupe du monde de football 2022, ou par le biais de BeIN Sports, le petit état gazier a largement investi dans la diplomatie sportive.

Plus récemment, l'Arabie saoudite lui a emboîté le pas. « Ayant longtemps considéré le sport comme un outil stratégique négligeable, le royaume semble avoir changé son fusil d'épaule », selon Carole Gomez, chercheuse à l'Institut des relations internationales et stratégiques (Ifri), citée dans le livre de Bastien Drut « L'économie du football au 21ème siècle ».

Accueil de grands évènements sportifs, transferts retentissants vers son championnat domestique, le pays s'emploie à rattraper son retard. Il a longtemps lorgné le club de Manchester United, mais a vu l'opération capoter après l'affaire Khashoggi. Désormais, Ryad se verrait bien mettre la main sur le club de Newcastle. Mais le projet se heurte à l'opposition… de BeIN Sports, qui se trouve être le plus grand détenteur de droits de la Premier league dans le monde.

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Les sanctions contre BeIN Sports en Égypte

Le groupe qatari BeIN Sports a écopé d’une amende d’environ 19 millions d’euros pour « violation » de la loi sur la concurrence par la justice égyptienne. La décision a été confirmée en appel, a annoncé ce mardi la presse gouvernementale. Un tribunal de commerce égyptien avait en effet condamné en mars le groupe et son président Nasser Al-Khelaïfi, également président du Paris SG.

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BeIN, qui détient notamment le monopole dans la région pour la diffusion des grandes compétitions de football, était accusée d’avoir imposé aux abonnés « de remplacer l’opérateur satellite (égyptien) Nilesat par un opérateur qatari pour permettre la réception des chaînes », selon une source judiciaire.

« Un abus de position dominante »

L’Autorité égyptienne de la concurrence s’est félicitée de cette décision dans un communiqué, évoquant un « abus de position dominante » sur le marché national. Un tribunal de commerce égyptien a condamné lundi le président de chaîne de télévision qatarie BeIN Sports, Nasser Al-Khelaïfi, à une nouvelle amende de 18 millions d'euros pour "violation de la loi" sur la concurrence, a indiqué une source judiciaire.

La société de M. Al-Khelaïfi est accusée d'avoir imposé aux abonnés "de remplacer l'opérateur satellite (égyptien) Nilesat par un opérateur qatari pour permettre la réception des chaînes", a ajouté la même source.

Il a été condamné à 400 millions de livres égyptiennes (18 millions d'euros) d'amende pour "violation de la loi sur la protection de la concurrence", a-t-elle ajouté. Le 30 janvier, ce même tribunal avait condamné la chaîne BeIN Sports et son président à une amende similaire pour la même accusation mais pour des faits différents. Il était reproché à M. SportLe Caire.

L'impact sur les consommateurs égyptiens

Les Égyptiens n'auront d'autre choix que de regarder sur beIN les matches des Pharaons, en lice pour la première fois depuis 28 ans en Coupe du monde, malgré la grogne contre des abonnements jugés prohibitifs. Dans un pays de 97 millions d'habitants, à l'inflation galopante et où le salaire moyen ne dépasse pas les 200 euros, l'abonnement à beIN concerne les amateurs de sports aisés, mais aussi les cafetiers désireux d'attirer la clientèle.

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Pour avoir accès aux compétitions internationales sportives les plus prestigieuses dont beIN détient l'exclusivité, un Égyptien doit débourser 1.630 livres (78 euros) pour un décodeur et au moins 2.280 livres (109 euros) pour un abonnement annuel.

Dans les cafés où la fumée des chichas se mêle à l'effervescence bruyante des jeunes supporteurs les soirs de matches, un écran branché sur beIN est un atout majeur.

Récriminations

"Ces téléspectateurs sont nos clients", se réjouit Ahmed Ibrahim, 40 ans, propriétaire d'un café dans le centre du Caire, jugeant cet abonnement "incontournable".

Yeux clairs et cheveux en bataille à la Mohamed Salah, l'attaquant et héros national, Magdi Arafa, un étudiant de 19 ans se dit obligé de se rendre dans ces cafés pour admirer les Pharaons sur la pelouse.

"Je veux regarder l'équipe de mon pays et je suis obligé de payer des milliers de livres juste pour voir un match?", s'agace-t-il, attablé avec ses amis.

Certains fans, dont le nombre est difficilement traçable, ont trouvé la parade en se branchant sur les sites illégaux de streaming piratant beIN.

La justice égyptienne a condamné cette année beIN à deux amendes de 18 millions d'euros pour "violation de la loi" sur la concurrence.

L'Egypte, avec l'Arabie saoudite, Bahreïn et les Emirats, a rompu ses relations diplomatiques avec Doha l'année dernière, l'accusant de soutenir le terrorisme.

En Egypte, les matches de la Coupe du monde seront accessibles via un bouquet spécial d'une valeur 2.052 livres (97 euros), un peu moins pour les abonnés.

Ce supplément provoque l'ire de ces derniers. "C'est l'équivalent d'un salaire de beaucoup de gens en Egypte", lance furieusement Mahmoud Ibrahim, commerçant de 30 ans.

"La soirée sur l'Egypte inaugure la couverture spéciale consacrée aux équipes arabes sur beIN" pour le mondial 2018, a indiqué beIN dans un communiqué transmis à l'AFP, sans répondre à des questions sur les prix et le nombre d'abonnés du groupe en Egypte.

Dans une boutique du Caire, les clients se succèdent pour souscrire à ce bouquet spécial. Son propriétaire, Mahmoud Mostafa, confirme les récriminations des clients.

Selon lui, les prix sont particulièrement bas en Egypte et ne diffèrent pas beaucoup de ceux appliqués pour la Coupe du monde 2014.

"La différence c'est la valeur du dollar qui a fait augmenter le prix", souligne-t-il toutefois à l'AFP.

Plongée dans une crise économique inédite, l'Egypte a dévalué sa monnaie en novembre 2016, entre autres réformes, pour bénéficier du soutien du FMI. Résultat: la livre a perdu la moitié de sa valeur par rapport au dollar.

Retransmissions publiques

De leurs côtés, les autorités ont échoué à obtenir des droits de diffusion des matches des Pharaons au bénéfice de la télévision d'Etat, pour contrecarrer le monopole de la chaîne qatarie.

"Aucun match" ne sera retransmis sur les chaînes gratuites égyptiennes, a annoncé fin mai le ministre de la Jeunesse et des Sports Khaled Abdelaziz, deux mois après avoir assuré que les négociations étaient en bonne voie.

A défaut de matches en libre accès, le ministère a annoncé des retransmissions publiques dans les plus de 5.000 centres de jeunesse et autres clubs placés sous son autorité.

"Le ministère a conclu un accord avec la société CNE (qui représente beIN en Egypte) pour qu'elle offre un abonnement aux chaînes à des prix moindres" au bénéfice de ces établissements, a déclaré à l'AFP Mohamed El Kourdy, responsable des affaires techniques au ministère de la Jeunesse et des Sports.

Le groupe beIN est également sous le feu des projecteurs dans les autres pays arabes en tension avec Doha.

Il a indiqué mardi ne pas être arrivé à un accord avec l'Arabie saoudite sur la retransmission des matches du Mondial.

L'affaire Nasser Al-Khelaïfi et les accusations de piratage

L’affaire qui entoure le président du Paris Saint-Germain Nasser Al-Khelaïfi continue de s’épaissir, et emporte désormais l’historique média sportif BeIN Sports dans son sillage.

«Les Qataris en ont assez de tous ces abus. Fausses poursuites judiciaires, chantage, critiques quotidiennes, blâme pour l’incompétence totale des autres, tous les problèmes en France sont de leur faute, chaque fois qu’ils essaient d’aider, c’est apparemment pour du ‘soft power’. C’est de l’abus pur et simple et tout le monde en a assez», avait déclaré une source éminente qatarie plus tôt dans la semaine.

De nouvelles informations sur les investissements à venir de QSI sont attendues dans la semaine.

Retransmettre l’intégralité du Mondial, sans avoir acquis le moindre droit média. Ce sera le hold-up de l’année au Moyen-Orient. Une chaîne de télévision pirate, nommée beoutQ, s’apprête à diffuser, dans des pays du monde arabe, les soixante-quatre matchs de la Coupe du monde de football, qui commence dans trois semaines en Russie.

Ce bouquet satellite crypté, inconnu des professionnels du secteur, détourne les contenus de beIN Sports, l’empire audiovisuel qatari, qui détient les droits des compétitions sportives les plus prestigieuses au monde, comme la Ligue des champions, les principaux championnats européens, et le Mondial, pour le football, ainsi que le championnat de basket américain (NBA). Tous les programmes de ce groupe, propriété du fonds souverain du Qatar et levier de sa politique de rayonnement planétaire, se retrouvent diffusés sur l’écran d’une télévision fantôme.

Derrière cette cambriole de très haut vol se profile l’ombre de l’Arabie saoudite, en conflit ouvert depuis un an avec ce pays à qui elle reproche sa trop grande proximité avec l’Iran et les factions islamistes au Proche-Orient.

beoutQ piratage

Tableau récapitulatif des amendes infligées à BeIN Sports en Égypte :

Date Montant de l'amende Motif
Mars Environ 19 millions d'euros Violation de la loi sur la concurrence (imposition du remplacement de Nilesat par un opérateur qatari)
30 janvier 18 millions d'euros Violation de la loi sur la protection de la concurrence (faits différents)

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