L'Évolution du Rex Club : De Suzanne Vega au Temple de la Techno à Paris

Le Rex Club, aujourd'hui un haut lieu de la musique électronique à Paris, a une histoire riche et variée qui remonte bien avant l'ère de la techno. Des concerts de stars comme Suzanne Vega aux nuits techno endiablées, le Rex Club a traversé les époques en s'adaptant aux tendances musicales et en accueillant des générations de danseurs.

Du 14 au 31 mai, le Rex Club a fêté ses vingt ans de techno avec une programmation exceptionnelle de DJ's stars. Mais avant de devenir le temple parisien des musiques électroniques, le Rex Club a vu défiler bien des musiques et bien des danseurs.

Une nuit de 1998, un nouvel écriteau est apparu à l'intérieur du Rex Club, invitant les habitués à respecter l'espace du DJ. Cette anecdote illustre l'importance du club pour une communauté de passionnés qui y avaient leurs habitudes. Privés de ce panorama unique sur le dancefloor, nous avons toutefois continué à fréquenter assidûment le Rex. Car même s'il n'est pas le plus grand (sa capacité reste modeste avec 850 places), il reste, de l'avis de beaucoup, l'un des meilleurs clubs techno au monde. Et le plus ancien.

Après une préoccupante désaffection du public au tournant des années 2004-2005, sa fréquentation a repris de plus belle. Retour sur la glorieuse épopée d'un établissement qui a commencé bien avant l'arrivée de la techno...

Rex Club Paris

Les Premières Années : Du Rêve au Rex Club

L'histoire du Rex Club prend racine dans le gai Paris d'avant-guerre. Extension du cinéma Le Grand Rex, le club du boulevard Poissonnière s'est d'abord appelé Le Rêve. "Rien à voir avec un bal musette comme on en trouvait du côté de la Bastille, précise Bruno Blanckaert, directeur administratif du Grand Rex depuis les années 80. Beaucoup plus sélect avec son grand orchestre, le Rêve était une boîte chic des grands boulevards, comme la Coupole ou Chez Mimi Pinçon."

Lire aussi: Performances Vega 8

En 1973, le dancing change de nom et se transforme en discothèque. Surfant un temps sur la vague du disco, le lieu accueille bientôt des concerts (Sheryl Crow, Suzanne Vega, Prince, Red Hot Chili Peppers, Fishbone...). "Au début des années 80, le Grand Rex avait perdu de sa renommée pour devenir un banal cinéma de quartier, confie Bruno Blanckaert. D'où l'idée de redorer son image en invitant des stars internationales du rock au Rex Club."

Comment le Rex Club est devenu le QG de la techno parisienne - Culture Club #1

L'Arrivée de la Musique Électronique

En 1988, les décibels nuisant au bon déroulé des séances du cinéma, le Rex Club doit cesser d'accueillir des concerts. Christian Paulet, jeune impétrant de 22 ans, propose alors à Bruno Blanckaert de lui confier les clés de la discothèque pour y organiser des fêtes en seconde partie de soirée. Banco. Il demeurera vingt-deux ans durant directeur-programmateur de l'établissement. Une foule de branchés, majoritairement gays, assiste à une première soirée électro, baptisée Jungle..., un mardi soir.

Les organisateurs et les DJ's de cette folle nuit acid house sont venus d'Angleterre. Aux platines, un p'tit Français s'est glissé dans la bande. Il s'appelle Laurent Garnier et officie depuis quelques mois comme DJ à l'Hacienda de Manchester. Christian Paulet : "Mes copains rockeurs me disaient : 'Ce truc, c'est pas de la musique, ça va durer six mois.' Je sentais au contraire qu'on entrait dans une ère nouvelle. Je n'avais jamais vu une telle énergie positive. Tout le monde souriait. Rien à voir avec les soirées rock que j'organisais, où il y avait souvent des bagarres..."

Soirée au Rex Club

L'Ère de Laurent Garnier et la Consécration Techno

Entre Laurent Garnier, le DJ précurseur, et Christian Paulet, le patron à l'affût, va se tisser un lien fort. Le second ne tarde d'ailleurs pas à devenir manager du premier. Par étapes, le binôme va convertir les Parisiens aux musiques électroniques. Jusqu'à l'année 1995, date symbolique où le Rex Club passe au tout-électro. Mais trois ans auparavant, les soirées Wake Up ! ("Réveillez-vous !"), pilotées par Eric Morand et Laurent Garnier, ont déjà allumé pour de bon la mèche techno.

Laurent Garnier : "J'effectuais mon service militaire au mess des officiers de Versailles. Avec la complicité bienveillante d'un gradé, je faisais le mur pour mixer au Rex. Je testais mes morceaux ou ceux que d'autres DJ's m'envoyaient auprès du public. Quand il réagissait bien, on publiait illico le vinyle sur le label F.Communications. Christian, qui était de culture rock, ne saisissait pas tout de la techno. Un jour où j'essayais de le convaincre de faire venir Kevin Saunderson et Derrick May depuis Detroit, je me souviens lui avoir dit : 'Imagine, c'est comme si les Beatles et les Rolling Stones jouaient le même soir dans ton club !' Il finissait toujours par dire oui."

Lire aussi: Le but décisif de Dorgu offre la victoire à Manchester United

Renouveau et Fidélité à la Musique

En 2005, Christian Paulet passe le relais à Fabrice Gadeau, connu pour avoir organisé de nombreuses raves. "Parfois je me revois douze ans en arrière, dans un hangar de Rungis, négociant douze heures d'affilée avec un préfet et une commission de sécurité qui n'avaient qu'un seul but : interdire notre soirée. Je dois être un peu revanchard, mais je me dis que la techno a finalement vaincu les préjugés. Le Rex Club ne sera jamais une 'boîte' comme les autres, avec un espace VIP où l'on vient se montrer. On est dans la jouissance de la musique, pas dans le glamour toc qui envahit Paris."

Les Clubs et la Musique Electronique

En pleine mutation post-industrielle, Manchester accueille l’un des clubs les plus influents de l’histoire. Lancé en 1982 par le cofondateur du label Factory Tony Wilson (1950 - 2007) et le groupe New Order, l’ancien showroom de yachts devient l’épicentre d’une révolution musicale et culturelle.

À Paris, les frasques jet-set de New York déteignent sur le Palace, le club de Fabrice Emaer entre 1978 et 1983. « Smoking, robe longue ou comme il conviendra », indique l’invitation.

C’est en 1984 que la légende du Rex commence, quand Christian Paulet en reprend les rênes, d’abord comme une scène rock, punk, pop, où vont se produire Suzanne Vega, les Rita Mitsouko ou les Red Hot Chili Peppers.

En 1990, Berlin vit un entre-deux anarchisant. Les bâtiments vides abondent dans l’ancien Berlin-Est, qui se constelle de squats artistiques. Chacun cherche un lieu à sa mesure. C’est le cas de trois activistes techno : Dimitri Hegemann s’occupe de Fischburö, une galerie d’art d’esprit dada, et a tissé des liens étroits avec la scène de Detroit ; Johnnie Stieler organise les Tekknozid, les premières raves à Berlin-Est ; Achim Kohlenberger est l’un des gérants de l’Ufo, un éphémère (et culte) club acid-house qui vient de fermer sous la contrainte.

Lire aussi: Analyse du match de Neymar contre City

Opprimé par des décennies de dictature salazariste, le Portugal a rejoint tardivement la culture club. Lisbonne, avide de rattraper le temps perdu, voit une nouvelle génération se presser dans le Bairro Alto, et plus particulièrement dans un bar où l’on danse, le Frágil, qu’a ouvert Manuel Reis en 1982. Le Frágil accompagne la fin du disco, l’émergence de la new wave et de la house, aime autant les Talking Heads que De La Soul, les influences africaines que le collectif Underground Sound of Lisbon (DJ Vibe et Rui da Silva).

À Shibuya, l’intense coeur de Tokyo, le Womb concentre depuis vingt-cinq ans l’énergie de la scène électro japonaise. Au sixième étage d’un immeuble sans âme, le club peut accueillir jusqu’à 2 000 personnes et déploie sur quatre niveaux sa panoplie géante de dancefloors, chacun avec son ambiance et son style musical. Le premier est le plus vaste, avec sa boule à facettes géante - qui serait l’une des plus grandes d’Asie -, ses shows lasers et stroboscopiques qui l’ont placé sur la carte du monde des clubs.

C’est un club à la (dé)mesure de São Paulo. Dès son ouverture en 2000, son architecture lumineuse inscrit D-EDGE sur la carte des clubs internationaux.

Avant l’invasion de l’Ukraine, le club était déjà le plus célèbre d’Europe de l’Est. En même temps qu’ils retrouvaient la liberté avec la révolution de Maïdan en 2013, les Ukrainiens découvraient la culture du clubbing.

Lectures Musicales : Une Sélection Estivale

La musique se lit aussi avec des mots. Voici une sélection de lectures marquantes :

  • GIRLS ROCK de Sophie Rosemont : L'histoire de rockeuses décomplexées dans un milieu masculin.
  • OASIS OU LA REVANCHE DES PLOUCS de Benjamin Durand et Nico Prat : Un essai sur les frères Gallagher et la Britpop.
  • HÉROUVILLE OU LE CHATEAU HANTÉ DU ROCK de Laurent Jaoui : L'histoire du premier studio résidentiel au monde.
  • PASSEUR de Jean-Daniel Beauvallet : Les mémoires d'un "passeur" d'histoires musicales.
  • PROFESSION ROCK CRITIC Volumes 1 et 2 d'Albert Potiron : Des interviews de critiques rock.
  • L’ENVERS DU ROCK, APATHY FOR THE DEVIL, THE UNSTABLE BOYS de Nick Kent : Une référence absolue dans le milieu du rock.
Évolution du Rex Club
Année Événement
1932 Ouverture du Grand Rex et du club Le Rêve
1973 Le Rêve devient le Rex Club et accueille des concerts
1988 Première soirée électro et début de l'ère techno
1995 Le Rex Club passe au tout-électro
2005 Fabrice Gadeau prend la direction du club

tags: #suzanne #vega #concert #manchester #critique

Articles populaires: