Le projet du Grand Stade de rugby à Ris-Orangis, dans l'Essonne, a connu de nombreux rebondissements. La Fédération Française de Rugby (FFR) rêvait de posséder son propre stade en Île-de-France, afin de gagner en indépendance financière et de ne plus dépendre du Stade de France. Décision a donc été prise, il y a déjà plusieurs années, de construire ce grand stade.
Un Projet Ambitieux
Après plus d’un an d’une intense compétition territoriale, menée dans un bel esprit sportif par plusieurs sites franciliens, l’hippodrome de Ris-Orangis a été choisi par la FFR pour y bâtir son Grand Stade. La nouvelle a été annoncée par Pierre Camou, président de la FFR, à l’issue du Comité directeur de la Fédération, ce vendredi 29 juin à 12h00 à La Baule. Par ce choix, la FFR a franchi une étape majeure dans le long processus de construction de son aréna de dernière génération. La ville de Ris-Orangis, la Communauté d’agglomération Evry Centre Essonne et Conseil général de l’Essonne remercient les élus de la Fédération Française de Rugby pour la confiance qu’ils leur ont accordée.
Le Grand Stade de Rugby, voulu par la Fédération française de Rugby (FFR) et imaginé par le groupement Populous-Ateliers 2/3/4, avait son contrat de Conception - Promotion - Construction - Maintenance du Grand Stade finalisé avec l'équipe Icade-Besix-Cofely et Engie, depuis ce vendredi 24 juin 2016. Le projet du Grand Stade de Rugby continue A l'occasion de la visite du Premier ministre, qui a signé un contrat d'intérêt national (CIN) intitulé "Portes sud du Grand Paris" sur les terrains de l'ancien hippodrome, endroit où devait être érigé la future enceinte sportive de 82.000 places, la FFR et le groupement Ibelys ont précisé de "manière détaillée les caractéristiques techniques du Stade ainsi que son coût garanti de 581 millions d'euros HT."
Plus qu'un stade, une "arena" avec toit rétractable, pelouse mobile, musée et espaces VIP, confiée aux architectes qui ont conçu le stade de Wembley à Londres ou le Millenium Stadium de Cardiff. "Le projet a été lancé en 2009 pour que la FFR ait les moyens de ses ambitions", a expliqué son président, Pierre Camou: "Nous voulons avoir la liberté de jouer où et quand nous voulons, et ne pas devoir demander l'aumône aux autres". Une ambition essentielle pour l'économie du rugby, selon Paul de Keerle, directeur financier de la fédération. "Toute l'économie du rugby repose sur les matches du XV de France. Si la fédération ne peut pas jouer un match, en terme de revenus, c'est catastrophique", a-t-il expliqué, rappelant que les trois-quarts des recettes annuelles de la fédération provenaient des Bleus.
Le Site de Ris-Orangis
Le site retenu était l'ancien hippodrome de Ris-Orangis, un espace désaffecté. L'enquête publique, nécessaire pour un tel projet, s'est achevée fin février 2014. L'architecte a été choisi et le stade dessiné. Avec une capacité de 82 000 places, il aurait été la plus grande enceinte sportive de France.
Lire aussi: Capacité des stades FIFA : enjeux
Notre candidature s’est toujours fixé une priorité : coller au plus près à la vision de la FFR, exprimée dans son appel à projet. Celle d’un « Colisée du 21e siècle », fruit de la rencontre de deux ambitions : l’ambition fédérale de construire l’avenir du rugby à moyen et long termes et la dynamique de développement du territoire du Centre Essonne. En ce sens, le projet retenu définit les contours d’un stade, et bien plus !
- Une nouvelle destination de loisirs et de divertissements
- Bordé par une forêt, au coeur d’un environnement urbain, les 133 hectares du site de l’hippodrome sont un véritable trait d’union entre la ville et la nature.
- Une accessibilité renforcée
Véritable porte sud de l’Ile-de-France, le site est situé au carrefour de l’autoroute du Soleil (A6) et de la Francilienne (N104), à 20 mn en voiture de la Porte d’Orléans et à 10 mn du Centre National du Rugby de Marcoussis.
Mobilisation du Territoire
Ce projet fédérateur rassemble et mobilise très largement la population, le monde sportif et le tissu économique de l’Essonne. Après avoir voté à l’unanimité l’accord cadre qui fixe les termes de leur engagement financier, tout à la fois puissant et maîtrisé, les collectivités vont aujourd’hui mettre tout en oeuvre pour former avec la FFR un maul conquérant, taillé pour une aventure hors du commun.
« Depuis la fermeture de l’hippodrome, et malgré les multiples sollicitations, nous attendions le projet qui corresponde vraiment à ce lieu exceptionnel, en rêvant déjà à un stade. Aujourd’hui, nous pouvons être rassurés, notre ambition a rencontré celle de la FFR. La dynamique du territoire et celle de la fédération ont trouvé un formidable terrain d’entente. «Notre projet, qui repose sur un dossier technique extrêmement solide, a été jugé comme étant le mieux dimensionné pour accompagner le développement du rugby français dans une vision à 50 ans. Merci à la FFR de nous conforter dans cette vision.
Le Grand Stade de la FFR: Grand Paris Sud à Ris-Orangis
Les Acteurs et les Enjeux
Les élus locaux, notamment les maires d'Évry et de Ris-Orangis, Francis Chouat (PS) et Stéphane Raffalli (PS), avaient de grands espoirs quant à la création d'un pôle sportif pourvoyeur d'emplois et de revenus. L'État avait même accordé au projet le statut d'opération d'intérêt national.
Lire aussi: Tifos du BVB: Une tradition spectaculaire décryptée
C'est le groupement Ibelys, formé de Icade, de Besix et de Cofely GDF Suez, qui raflait la mise sur un projet de 82 000 places avec toit rétractable et pelouse amovible d'une facture de 600 millions d'euros, sur le terrain de l'ancien hippodrome de Ris-Orangis. Le président de la fédération de l'époque, Pierre Camou, et son vice-président, Serge Blanco, ont vu les choses en grand, en très grand, alors que Paris dispose déjà d'un grand stade sous-exploité, le Stade de France, et qu'une fois encore, on centralise tout sur un seul lieu en France.
Le Financement : Un Obstacle Majeur
Toutefois, le financement restait le principal obstacle. Cependant, en février 2016, la Cour des comptes avait émis un avis défavorable au projet de grand stade sur le territoire de la communauté d'agglomération d'Évry Centre Essonne, au motif qu'"il présente un risque tant budgétaire que patrimonial pour l'État." Avant de rappeler que le financement du stade repose à 90% sur un appel de fonds extérieurs, sans subvention de l'État, dont un recours à l'emprunt d'au moins 400 millions d'euros, sur un montant total estimé à 600 millions, dont 450 millions d'euros garantis par le département de l'Essonne.
"Nombreux sont ceux qui ont douté de la réalité de ce stade. "En parallèle des instructions des permis et des autorisations administratives, prévues l'année prochaine, le démarrage du chantier - études et exécution - est actuellement prévu le 2 février 2018 pour une durée de 43 mois", nous a précisé ce vendredi soir la porte-parole du groupe Besix. Rappelons que le comité directeur de la fédération sportive avait choisi en novembre 2014 ce groupement Ibelys au terme de 17 mois de mise en concurrence de différentes offres. Les trois autres groupements impliquaient les grands acteurs du BTP français, à savoir Bouygues, Vinci et Eiffage.
Autre sujet évoqué : le plan de financement du Grand Stade, un sujet controversé depuis le lancement du projet. Le risque n'est pas seulement porté par la collectivité locale, mais aussi par l'État, ajoutaient-ils, identifiant un risque budgétaire et un autre, patrimonial : "En cas de départ des compétitions de rugby du Stade de France, l'État devrait en effet verser au consortium gestionnaire des compensations d'au moins 23 millions d'euros par an jusqu'en 2025, et les valeurs économique et patrimoniale du stade qu'il possède seraient fortement amoindries".
D'ajournement en report, le volet économique est au contraire devenu un objet de crispation et de doutes quant à la capacité de la FFR à réunir les 200 millions d'euros nécessaires. Symbole de cet échec : le flop de la mise en vente des débentures, ces titres obligataires qui devaient permettre d'amasser un tiers du coût de l'édifice en fonds propres. Sur 499 titres disponibles à 10 000 euros l'unité, seuls trente-cinq avaient trouvé acheteur en 2014. Un bide monumental qui retardait encore le lancement des travaux et révélait surtout l'absence d'un plan B.
Lire aussi: Supporters et Snapchat
La Cour des comptes a par la suite émis des doutes sur le montage financier élaboré par Blanco et sa troupe. Du miel pour le candidat Laporte et son bras droit Serge Simon, lesquels ont habilement amené le Grand Stade au coeur de la campagne. Si l'ancien sélectionneur tricolore reconnaissait la nécessité pour la Fédération de trouver de nouvelles ressources, il tirait à boulets rouges sur la démesure de l'investissement, le danger qu'il faisait porter à l'institution qu'il briguait et le coût potentiellement assumé par le rugby amateur. Un argument qui a fait mouche.
Avant même de parler de viabilité, encore aurait-il fallu que le mandat précédent parvienne à boucler son financement dans les temps.
L'Abandon du Projet par Bernard Laporte
Et puis, le 14 décembre 2016, le tout nouveau président de la FFR, Bernard Laporte, décide d'abandonner définitivement le projet qui a déjà coûté 14 millions d'euros en analyse et communications. Il restait maintenant à voir la réaction des entreprises impliquées dans le projet, comme Populous, Ibelys et les villes environnantes.
Cependant, Bernard Laporte, le nouveau président de la FFR, a mis fin au projet lors de son premier comité directeur. Sa fédération avait pourtant investi 12 millions d'euros en études depuis le lancement du projet six ans auparavant. Ce consortium de quatre sociétés avait signé en juillet 2016, avec le prédécesseur de Bernard Laporte, feu Pierre Camou, un accord prévoyant la réalisation du contrat de conception, de construction, d'entretien et de maintenance du futur Grand Stade. L'enceinte, qui aurait dû être construite sur l'hippodrome de Ris-Orangis (Essonne) et livrée courant 2022, devait contenir 82 000 places et accueillir une dizaine de matches de rugby par an, plus quelques événements culturels. Le coût total de l'opération dépassait les 600 M€.
Pour justifier ce projet, porté par Pierre Camou et son vice-président Serge Blanco, la FFR avait expliqué vouloir à tout prix se défaire des liens noués avec le consortium du Stade de France. Une manière de copier la Fédération anglaise, propriétaire de son stade de Twickenham, d'acquérir une véritable autonomie financière avec le développement de nouvelles ressources et donc de s'enrichir à moyen terme.
Mais, trois jours après son élection, Bernard Laporte avait jeté le projet à la poubelle. S'estimant lésé, le consortium avait alors assigné en janvier 2018 la FFR en justice.
Les Raisons de l'Abandon
Plusieurs raisons ont été avancées pour justifier l'abandon du projet. La FFR craignait des retards importants dans les travaux et une incapacité à financer une telle enceinte, comme le soulignait un rapport critique de la Cour des comptes concernant le modèle économique du projet.
Le dernier clou a été planté dans le cercueil du Grand Stade de la FFR, mercredi matin, à l'occasion du premier comité directeur de Bernard Laporte, président de la Fédération française de rugby. Vous pouvez d'ailleurs faire confiance à ses équipes pour l'enterrer sept pieds sous terre plutôt que six. Car s'il ne s'agissait pas, ici, de son premier engagement de campagne, l'arrêt du projet fédéral était sans conteste devenu le plus symbolique.
Me Stéphanie Baudot, avocate de la FFR, a souligné l'absence d'autorisation de construire et de financement comme motifs de caducité du contrat avec Ibelys. Le financement initial prévoyait un prêt de 400 millions d'euros et un apport de 200 millions d'euros par la FFR, or cette dernière ne disposait pas des fonds propres nécessaires. La vente de débentures, censée amasser un tiers du coût, fut un échec retentissant.
Bernard Laporte souhaite que l'équipe de France joue plus souvent en province, comme ici à Toulouse face aux Samoa le 12 novembre, pour aller à la rencontre de son public. (F. L'idée s'est alors diffusée d'une ambition personnelle devenue un caprice de dirigeants coupés de leur écosystème. D'autres idées moins avouables émergeaient, comme celle de projets immobiliers personnels attenants, alors que les annonces se succédaient avec, dans le désordre : le choix de l'architecte, du site de Ris-Orangis, du constructeur. Des politiques de premier plan, tel Manuel Valls (alors Premier ministre et ancien maire d'Évry), se sont aussi greffés à l'aventure, étayant le caractère réalisable de l'objet. Ils déchantent tous aujourd'hui et cela s'entend (lire page de droite) d'autant que les dommages collatéraux seront nombreux.
L'hyper personnalisation du projet figé autour de la vision légitime d'un homme, le président Pierre Camou, de son vice-président Serge Blanco - figure charismatique mais clivante du milieu du rugby - et de leur directeur administratif et financier Paul De Keerle, a concentré les responsabilités. Le trio a dès le départ manqué de pédagogie et trop longtemps de transparence dans la présentation de son sujet. Il a le plus souvent donné l'impression de mener son dessein pharaonique en tout petit comité, dans son coin.
| Vote sur l'arrêt du projet | |
|---|---|
| Voix pour l'arrêt | 34 |
| Voix contre l'arrêt | 4 |
| Abstentions | 1 |
Conséquences Juridiques et Financières
Le 4 juillet 2020, la FFR a été condamnée à verser 3,36 millions d'euros aux collectivités locales de l'Essonne. Le tribunal judiciaire d'Évry a également statué que la FFR avait injustement résilié son contrat avec Ibelys, condamnant la fédération à verser 150 000 euros de compensation.
Ibelys estime que Bernard Laporte a rompu ce contrat de manière unilatérale. Nous avons pu consulter les conclusions rédigées par Me Dominique Mondoloni, l'avocat d'Ibelys. On y apprend que le consortium demande au tribunal de « condamner la FFR au paiement de 16 389 873 euros en réparation du préjudice subi du fait de la résiliation du contrat conclu avec la FFR ».
Réactions et Alternatives
L'abandon du projet a suscité de vives réactions. Les élus locaux ont exprimé leur déception face à cette décision, soulignant l'intérêt du projet pour le développement économique de la région. Stéphane Raffalli, maire de Ris-Orangis, a regretté les "méthodes brutales" employées par la FFR et a évoqué de possibles actions en justice.
« Dès le mardi suivant son élection, nous avons écrit à Bernard Laporte pour le féliciter et solliciter un entretien. Ceci est resté lettre morte. Nous avons appris par voie de presse ce mercredi après-midi l'arrêt du projet du Grand Stade et que le report du vote demandé par Serge Blanco (afin d'avoir le temps de rencontrer les collectivités locales) n'avait pas été accepté. Nous pensons qu'il aurait été plus courtois de prendre cette décision après avoir rencontré les deux parties (le groupement de constructeurs Ibelys et l'agglomération Grand Paris Sud). Ce sont des méthodes un peu brutales. Ce dossier avait été déclaré d'intérêt national et Bernard Laporte, qui a eu de hautes responsabilités gouvernementales (secrétaire d'État aux sports d'octobre 2007 à juin 2009), ne peut pas balayer comme cela l'intérêt d'une région capital, en termes de création d'emplois et de développement, même si sa préoccupation principale aujourd'hui est de gérer les intérêts de la FFR. Avant d'entrer dans une logique contentieuse, nous voulons encore essayer de convaincre Laporte et ses équipes en usant de nos arguments. On espère que le rendez-vous aura lieu et, si ce n'est pas le cas, j'en appelle à Valérie Pécresse (présidente du conseil régional d'Île-de-France) pour le provoquer. J'ai lu que les nouveaux dirigeants de la Fédération minimisaient le risque d'éventuels dédits à payer. Même si je sais, en tant qu'avocat, que les choses se traitent plus facilement quand on fait appel à l'intelligence des gens, on peut engager une action en responsabilité sur la base de ce qu'on appelle juridiquement une "perte de chance". Ce ne seront pas les frais engagés depuis cinq ans qui seront pris en compte, mais ce qui n'aura pas été créé comme valeurs et qui aurait pu l'être si le projet avait été mené à son terme. »
Les Verts, opposés au Grand Stade, ont salué cette volte-face et ont proposé des alternatives, comme la création d'un "large site agrobiologique" pour répondre aux besoins alimentaires de la région.
Les Premières Initiatives de Rugby à Ris-Orangis
L'histoire du rugby à Ris-Orangis ne se limite pas au projet avorté du Grand Stade. En 1967, Roger Latruberce arrive à Ris-Orangis où il est nommé directeur de l'école Ordener. Passionné de rugby, il vient s'entraîner sur un terrain vague et constitue les premières équipes de benjamins, minimes et cadets. En 1982, le stade de Fromont est renommé Stade Roger Latruberce, en son honneur.
L'Avenir du Site de l'Hippodrome
Le terrain de l'ancien hippodrome, vendu en juin 2013 par France Galop, appartient désormais aux pouvoirs publics via l'établissement public foncier d'Ile-de-France. C'est un sacré coup d'accélérateur pour une vieille dame endormie.
tags: #stade #rugby #ris #orangis #histoire