Évolution du Règlement Étranger de la LNB : Impact et Conséquences

Le basket-ball en France a connu une évolution remarquable, se transformant d’un sport confidentiel en une discipline majeure captivant des millions de passionnés. Au cœur de cette transformation se trouvent les ligues professionnelles, véritables moteurs du développement et de la popularisation du basket hexagonal.

La Ligue Nationale de Basket (LNB) est l’organe central du basket professionnel masculin en France. Sa mission principale est d’organiser, de développer et de promouvoir les championnats professionnels.

La LNB a acté plusieurs changements majeurs, en plus du passage de 18 à 16 clubs. Les phases finales, inchangées depuis 2014, se dérouleront dans un nouveau format.

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Qu'est-ce qui a changé dans le règlement de la LNB ?

La saison dernière, il fallait au minimum cinq Français (rangés à 99% sous l'appellation JFL, Joueurs formés localement) et au maximum cinq étrangers (les JNFL, Joueurs Non Formés localement) par équipe.

Il faut maintenant minimum quatre Français et maximum six étrangers. La LNB a aussi ajouté une subtilité.

En 2015-16, les étrangers pouvaient être de toute nationalité, donc chaque club pouvait aligner cinq Américains.

En 2016-17, une équipe ne peut plus faire jouer que quatre Américains pur jus. Les deux derniers étrangers doivent avoir au moins un passeport d'un pays européen ou - et la précision est très importante - doté d'un accord d'association avec l'Union européenne.

Ce qui concerne pas moins de... 108 états, de l'Afrique du Sud aux Bahamas, des Îles Fidji à l'Azerbaïdjan !

Olympic Rings
Les compétitions européennes sont cruciales pour le développement du basket français.

Pourquoi ce changement réglementaire ?

La LNB était sous pression de l'Union européenne depuis 2013, quand un agent français a porté plainte contre le système des JFL.

La même année, une étude commandée par l'UE arrivait à la conclusion que «les effets béné­fiques» de ce système étaient «faibles» et «sa nécessité pas démontrée».

Le football a servi d'aiguillon. Depuis 2008, chaque équipe engagée en Coupe d'Europe doit avoir au moins 8 JFL sur un maximum de 25 joueurs engagés.

Soit un petit tiers, proportion négociée par l'UEFA avec les instances communautaires. Avec 50% de Français minimum imposés par règlement (et plus de 50% en réalité), la Pro A était largement au dessus. Après discussion, la LNB a donc accouché de ce nouveau règlement où la barre passe à 40%.

Conséquences du nouveau règlement

Sans surprise, de nombreux clubs, huit sur dix-huit, ont choisi de débuter la saison avec six JNFL, le maximum autorisé.

En ajoutant les six autres équipes qui comptent cinq étrangers, cela fait quatorze clubs qui ont dû prospecter ou ruser pour trouver un ou deux étrangers intéressants sans être américains... ou pas que américains.

Conséquence immédiate : un fort accroissement du nombre de nationalités représentées en Pro A, de 15 au début de la saison 2015-2016 à 26 cette saison.

Monaco a signé l'Américano-Bulgare Dee Bost, l'Américano-Azerbaïdjanais Nik Caner-Medley et l'Américano-Bosnien Zack Wright. Ces passeports sont tous véridiques puisque ces trois joueurs ont déjà joué en sélection pour leur pays d'adoption.

Ils sont surtout très pratiques puisque l'ASM compte déjà deux joueurs 100% américains, Brandon Davies et Jamal Shuler.

Autre exemple : Limoges, qui avait déjà fait le plein d'Américains, a signé Ernest Scott, qui est né à New York, a grandi et a été formé en Georgie, près d'Atlanta, mais est international d'Antigua-et-Barbuda, un pays jamaïcain de moins de 100.000 habitants lié à l'Union Européenne par les accords Cotonou.

36% seulement des joueurs qui vont débuter la saison étaient déjà dans la même équipe l'an dernier.

Comme sixième étranger, le CSP a engagé Klemen Prepelic. Le Slovène symbolise l'autre versant des nouveaux étrangers de Pro A, celui des internationaux de pays "petits" ou "moyens" qui profitent de l'appel d'air pour venir dans un championnat plus rémunérateur.

Ils incarnent le véritable esprit de l'arrêt Bosman, celui de l'ouverture européenne des années 1990.

La Pro A avait laissé de côté ces dernières années bon nombre de ces joueurs qu'on retrouve rarement aux JO mais qui disputent dans un anonymat relatif des Euros (le Letton Majeris, les Finlandais Huff et Murphy) ou leurs qualifs (le Suisse Kazadi), des Championnats d'Afrique (le Zimbabwéen Chikoko) ou d'Amérique Centrale (les Jamaïcains Anderson et Uter).

Les Finlandais Erik Murphy (bras levé, Strasbourg), Gerald Lee (n°8, pigiste médical au Mans) et Shawn Huff (à droite, Le Portel) vont tous débuter la saison en Pro A.

Le fait de passer de cinq à quatre JFL obligatoires cette année n'a eu, en revanche, que peu d'effets sur le nombre de Français bénéficiant de contrats pros. Ils étaient 91 l'an dernier au début de la saison (contre 91 étrangers), ils sont encore 90 cette fois (contre 93 étrangers). Cinq par club, pile.

C'est presque étonnant tant un réalisme froid pouvait laisser penser que beaucoup de clubs allaient se contenter du minimum exigé.

Certains, comme Cholet, Châlons-Reims, Gravelines ou Nancy, ne se sont d'ailleurs pas gênés pour le faire, passant ric rac dans les clous du règlement au prix de signatures de Français un peu tirées par les cheveux.

Mais pas mal d'autres équipes n'ont pas vraiment varié dans leur façon de faire d'une année sur l'autre. Elles sont restées à cinq étrangers, histoire de ne pas ne pas trop diluer leur masse salariale et de rester compétitives sur ce marché exigeant.

A côté, elles ont tablé sur quatre Français ayant déjà un peu d'expérience, quitte à donner, comme l'Asvel ou Pau, la dixième place sur la feuille de match à un néo-pro issu du centre de formation.

Les 15 néo-pros du Championnat :

  • Samba Balayera (Paris-Levallois)
  • Johan Clet (Cholet)
  • Olivier Cortale (Strasbourg)
  • Jean-Philippe Dally (Dijon, ex-Le Mans)
  • Eric Katenda (Le Portel)
  • Ibrahima Fall Faye (Chalon)
  • Vincent Fauché (Limoges)
  • Charles Galliou (Antibes, ex-Asvel)
  • Melvin Govindy (Nancy)
  • Jonathan Jeanne (Le Mans)
  • Alexandre Karolak (Châlons-Reims)
  • Assane Ndoye (Chalon)
  • Amine Noua (Asvel)
  • Elie Okobo (Pau)
  • Bathiste Tchouaffé (Nanterre, ex-Insep)

Situation actuelle des effectifs en LNB

Surprise en ce début de saison 2022-23 : sur les 36 équipes de LNB (Betclic Élite et Pro B), seule la moitié d’entre-elles dispose aujourd’hui du nombre maximal de joueurs non-JFL autorisé. Une nouvelle tendance ?

« Trop d’étrangers », telle est souvent la remarque - ou le reproche - faite au championnat de France de basket. Correspond-elle à la réalité ? Pour le savoir, nous nous sommes penchés sur la composition des effectifs des deux divisions de la LNB, la Betclic Élite et la Pro B.

Rappelons que, pour la première, un maximum de 6 joueurs non-JFL est autorisé sur la feuille de match, avec un maximum de 4 joueurs n’étant pas « Bosman ou Cotonou ». Pour la seconde, la limite est de 4 joueurs non-JFL, dont 1 seul extra-communautaire, n’étant pas « Bosman ou Cotonou ».

Que constate-t-on concrètement aujourd’hui, à l’heure où ces lignes sont écrites ? Que, les deux divisions confondues, la moitié seulement des clubs dispose du nombre maximum de non-JFL dans son effectif (avec comme particularité Monaco, qui en a sept pour six places).

Autrement dit, la moitié des clubs de LNB n’a pour le moment pas atteint son quota de joueurs non-JFL (terme plus approprié que « étrangers », car un Terry Tarpey, international français, est non-JFL alors qu’Ibrahima Fall Faye, Sénégalais, est JFL).

Question de moyens ? Volonté de privilégier les joueurs français ? Difficulté à trouver le « mouton à cinq pattes » qui manque à l’effectif ? Manière de se ménager une poire pour la soif s’il y a besoin à un moment ou à un autre d’apporter des retouches au roster ?

Chaque club qui n’a pas rempli son quota de non-JFL a ses propres raisons, qu’il serait hasardeux d’appliquer sans connaître les tenants et aboutissants de ces constitutions d’effectifs.

Betclic Élite : le non-JFL n’a pas la majorité !

En Betclic Élite, l’étude des compositions d’équipe conduit à ce constat étonnant : seules 8 des 18 équipes engagées ont pour le moment signé au minimum 6 non-JFL (7 pour Monaco) ! Soit moins de la moitié des acteurs du championnat.

Parmi les 10 clubs comptant moins de six non-JFL dans leur effectif, la plupart en présentent 5, mais il y a trois exceptions : Cholet et Pau-Lacq-Orthez (ce dernier du fait de ses difficultés financières) n’ont que 4 non-JFL sous contrat, alors que Boulogne-Levallois n’en a même que 3 (Aaron Henry, DeVante Jones et Tremont Waters) !

De manière plus générale, les 18 clubs de la Betclic Élite ont signé, pour le moment, un total de 95 non-JFL, dont 32 Bosman/Cotonou. La part belle est donc toujours faite aux joueurs en provenance des États-Unis, d’autant plus qu’un certain nombre de joueurs au statut Bosman ou Cotonou sont en fait des Américains « miraculeusement » naturalisés dans tel ou tel pays.

En moyenne, un club de Betclic Élite emploie donc 5,3 joueurs non-JFL. Et tous ces joueurs sont entrés en jeu lors de la première journée du championnat à l’exception du Manceau Brynton Lemar, blessé.

À ce sujet (les blessures), notons que nous n’avons pas recensé les pigistes médicaux non-JFL d’un blessé lui aussi non-JFL dans notre liste.

Nombre de non-JFL (Bosman/Cotonou et extra-communautaires) signés et entrés en jeu en Betclic Élite, club par club :

Équipe Non-JFL (Dans le roster) Bosman/Cotonou (Dans le roster) Non-JFL (Entrés en jeu) Bosman/Cotonou (Entrés en jeu)
Blois 3 2 3 2
Boulogne-Levallois 2 1 2 1
Bourg 3 2 3 2
Cholet 4 0 4 0
Dijon 3 3 3 3
Fos 4 1 4 1
Gravelines-Dunkerque 4 2 4 2
Le Mans 4 2 4 1
Le Portel 3 3 3 3
Limoges 4 2 4 2
Asvel 3 2 3 2
Monaco 5 2 5 2
Nancy 3 2 3 2
Nanterre 3 3 3 3
Paris 4 1 4 1
Pau 3 1 3 1
Roanne 4 1 4 1
Strasbourg 4 2 4 2
Total 63 32 63 31

Pro B : la prime aux Bosman/Cotonou

En Pro B, situation inverse : 10 clubs ont leurs 4 non-JFL, seuls 8 n’atteignant pas cette barre, Vichy-Clermont et Quimper (qui a récemment coupé l’un de ses joueurs Bosman/Cotonou pour des raisons extra-sportives) n’ayant que 2 non-JFL dans leur effectif pour le moment.

L’une des grandes particularités de la Pro B tient à la réglementation au niveau des non-JFL : un seul extra-communautaire (le plus souvent Américain) est autorisé sur les quatre non-JFL permis.

Ce qui fait que, pour l’instant, on ne comptabilise que 16 extra-communautaires dans les effectifs de Pro B pour 46 Bosman/Cotonou (dont un nombre non-négligeable d’Américains disposant d’un passeport de complaisance). Soit un total de 62 joueurs, pour une moyenne de 3,4 non-JFL par équipe.

Autre point à souligner : alors que la quasi-totalité des non-JFL de Betclic Élite sont entrés en jeu lors des premières journées du championnat, 7 de ceux de Pro B n’ont pas participé à la première journée de saison régulière de la deuxième division.

Pour la plupart, la raison de leur absence tient à une blessure (de durée suffisamment courte pour ne pas entraîner l’embauche d’un pigiste médical) mais, dans au moins un cas, celui de Callum Lawson à Vichy-Clermont, c’est parce que le joueur est proche d’être coupé du fait de ses faibles prestations qu’il n’a pas été aligné pour le premier match de saison régulière.

Nombre de non-JFL (Bosman/Cotonou et extra-communautaires) signés et entrés en jeu en Pro B, club par club :

Équipe Non-JFL (Dans le roster) Bosman/Cotonou (Dans le roster) Non-JFL (Entrés en jeu) Bosman/Cotonou (Entrés en jeu)
Aix-Maurienne 1 3 1 2
Angers 1 2 1 2
Antibes 1 3 1 2
Boulazac 1 3 1 3
Chalon 1 2 1 2
Champagne 1 3 0 3
Denain 1 3 1 3
Evreux 0 3 0 3
ASA 1 3 1 2
La Rochelle 1 3 1 3
Lille 1 2 1 2
Nantes 1 2 1 2
Orléans 0 3 0 3
Quimper 1 1 0 1
Saint-Chamond 1 3 1 2
Saint-Quentin 1 3 1 3
Saint-Vallier 1 3 1 3
Vichy-Clermont 1 1 1 0
Total 16 46 14 41

Pour finir, soulignons que cet état des lieux n’est valable que pour le moment où il a été réalisé. Certains clubs, comme Orléans, n’ont pas encore finalisé leur recrutement, alors que d’autres peuvent rapidement se renforcer avec un joueur extra-communautaire ou Bosman/Cotonou.

Comme tous les ans, il y aura certainement de profondes différences entre le roster non-JFL de début de saison et celui de fin de saison dans de nombreux clubs...

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