Pourquoi Cristiano Ronaldo ne dribble plus autant?

Avec le temps, les buts par dizaines ont remplacé les arabesques que Cristiano Ronaldo multipliait à ses débuts. Machine à marquer et à gagner, Cristino Ronaldo s'est confié à Icon, évoquant en longueur ce qui continue de le tirer vers le haut, et qui l'a conduit à épurer son jeu pour gagner en efficacité.

Dans un long entretien accordé à la revue espagnole Icon, supplément d'El Pais, Cristiano Ronaldo a expliqué sa vision du football et son insatiable envie de gagner, qui l'a notamment conduit à faire évoluer son jeu.

Dans un match de foot, les yeux, le coeur et les chiffres se contredisent parfois. Et puis, il y a aussi ce que chuchote la nostalgie. Mais ses murmures ne suffisent pas toujours, même après le but comme un leurre de Cristiano Ronaldo, lors de la victoire face à l'Allemagne en demi-finales de Ligue des nations. Parce que le Portugais n'est plus le joueur total qu'il était dans les années 2010, et encore moins l'ailier virevoltant de sa prime jeunesse.

Alors forcément, quand il ne marque pas, il n'y a plus grand-chose à garder. À 40 ans, son mutisme pendant l'Euro 2024 et une Coupe du monde 2022 passée en partie sur le banc ne plaident pas non plus en sa faveur.

L'évolution du jeu de Ronaldo

"Je vois le football comme une mission: aller sur le terrain, gagner, devenir meilleur, explique-t-il. Avant, il y avait ces moments où j’entrais sur le terrain en me disant que j'allais dribbler, mais je suis honnête, je n'ai plus de moments comme ça. Il y a une pression supplémentaire, les gens jugent: 'Il est fini, il a 33, 34 ou 35 ans, il devrait arrêter'. Et toi, tu veux les surprendre, montrer que l’animal est encore là."

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Cette inconsistance résulte aussi d'un changement positionnel. Peu à peu, Cristiano Ronaldo s'est réaxé et rapproché du but, au point d'être catalogué comme un joueur de surface. Et c'est vrai, il touche 9 % de ses ballons à l'intérieur de celle-ci. Bien plus qu'entre 2016 et 2022, où cela se chiffrait à 5 %. Dans l'ensemble, il est trouvé un cran plus haut par ses partenaires et moins souvent sur le côté gauche. Depuis deux ans, Ronaldo s'est rapproché de la surface et joue plus près du but adverse.

Le fantôme de ses 3,7 dribbles tentés par rencontre en 2017 (1,9 réussi), contre 1,6 en 2024 (0,8 réussi), entérine le bilan d'un joueur définitivement moins actif.

La chute n'est pas aussi draconienne en ce qui concerne les tirs, 5 par match en 2025 (encore 7 hier contre les Allemands), presque autant qu'en 2020 (5,4) mais moins qu'en 2019 (7,9).

Et la tendance se confirme année après année : en 2019, il touchait 57,4 ballons par 90 minutes jouées avec la Seleçao. En 2022, le chiffre s'écroule à 40 et même à 30,4 depuis début 2025. Évidemment, le Portugais est aussi beaucoup moins impliqué dans les circuits de son équipe et s'il réalisait 39,1 passes par rencontre en 2017, c'est moins de la moitié aujourd'hui (19,1).

Cristiano Ronaldo

Cristiano Ronaldo lors d'un match avec le Real Madrid.

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L'efficacité et les buts

"Parfois, ça me fatigue"Cristiano Ronaldo raconte également que cette exigence permanente n'est pas de tout repos. "Je ne vais pas te mentir, parfois ça m'agace et ça me fatigue. On dirait que tu dois prouver chaque année que tu es très bon. C’est difficile. Il y a cette pression supplémentaire de devoir prouver aux gens et aux proches. Ta famille, ta mère, tes enfants... 'Cris, tu dois gagner demain'."

Avec 2 buts en 3 matches en 2025, 7 l'année d'avant (12 matches) et 10 en 2023 (9 matches), l'attaquant le plus prolifique de l'histoire de la Seleçao (137 buts) demeure efficace.

Autrement dit, il est plus dépendant qu'avant de ses partenaires. Quelle valeur donner alors à un geste aussi simple que pousser le ballon dans les filets ? Le but résulte-t-il du travail collectif ou du placement et du flair de l'attaquant ? Sans doute un peu des deux.

C'est aussi par ce prisme qu'il faut juger Cristiano Ronaldo au crépuscule de sa carrière : arbitrer entre les buts et un certain néant.

Cristiano Ronaldo est un joueur talentueux, d’une efficacité redoutable, qui surpasse en rapidité et en précision ses adversaires avec une étonnante facilité. Il change de trajectoire, accélère, dribble et marque, sans perdre en fluidité.

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Il n’y a pas de heurt, sa gestuelle est coulée, à l’inverse de certains joueurs que l’on sent passer en force, à la limite de leurs possibilités. L’aisance déployée par le Portugais nous donne l’impression que le geste technique fait partie intégrante de lui, laissant un sentiment de symbiose.

Car en dépit d’un bilan décevant sur le plan collectif, le Ballon d’Or 2014 a tout simplement réalisé la meilleure saison de sa carrière en termes de statistiques : 61 réalisations en 54 matchs avec le Real Madrid, ce qui correspond à 1,13 but par rencontre cette saison. Soit une moyenne supérieure à son précédent record qui datait de l’exercice 2011-2012 (60 unités en 55 rencontres, 1,09 but par match).

Le genre de chiffres qui ne laissent pas Cristiano Ronaldo indifférent, lui qui a tenu à terminer la saison sur deux triplés (1-4 contre l’Espanyol Barcelone, 7-3 face à Getafe).

Tactical Profile | The Portuguese Magician Ronaldo

L'analyse biomécanique de Cristiano Ronaldo

Si le Portugais jouit d’un physique exceptionnel et d’une pointe de vitesse hors du commun, l’analyse biomécanique de sa gestuelle démontre surtout qu’il est un joueur unique.

Chaque partie de son corps (bras, buste, bassin…) participe pleinement à l’action qu’il mène. En portant un regard non plus seulement sur le ballon et ses pieds, mais sur l’ensemble de son corps lors des dribbles et surtout, en occultant tout ce que l’on entend au sujet du geste technique, on s’aperçoit que l’attaquant du Real Madrid reproduit toujours à l’identique certains enchaînements avec les bras et le buste.

Ainsi, lors d’un dribble, pour accélérer la gestuelle, il faut contrebalancer le mouvement des jambes pour que la vitesse d’exécution ne plafonne pas et que le geste ne perde pas en efficacité.

Ronaldo trouve la parade par une mise en mouvement combinée du haut du corps (bras et buste) et des jambes qui accélère son jeu de jambes et le stabilise, à l’image du test effectué. Cette stratégie biomécanique dynamique lui octroie davantage de puissance et de précision.

Pour accentuer l’action du haut du corps et ainsi accélérer davantage le mouvement des jambes, CR7 dissocie les bras du pivotement du buste ! Dès lors, lorsqu’il pivote le buste vers la droite, sans pour autant augmenter l’amplitude du mouvement, il tend vers l’avant le bras droit pendant qu’il recule et replie le bras gauche, bougeant ainsi épaules et coudes. Il donne alors l’impression de frapper, tel un karatéka, un adversaire invisible.

La qualité d’un joueur lors d’un dribble résulte dans sa capacité à changer de trajectoire en un clin d’œil, phénomène qui dépend directement de l’orientation du bassin.

Pour parvenir à contrôler efficacement cette gestuelle, faut-il encore posséder le corps qui va avec. Un tel corps ne se construit pas en quelques mois, mais sur plusieurs années. Cette gestuelle s’est donc inscrite progressivement dans le corps et les automatismes de Cristiano Ronaldo.

Cristiano Ronaldo Biomécanique

Analyse biomécanique des mouvements de Cristiano Ronaldo.

L'avis des experts et des fans

Comme chaque année, EA FC dévoile les notes tant attendues des joueurs sur son mode Ultimate Team. À l’occasion de la soirée de lancement du jeu, Thierry Henry était notamment invité. Pour le média BR Football, il a participé à un petit jeu consistant à deviner le joueur uniquement à travers ses statistiques dans le jeu. «Tir 88, passe 75, dribble 80… Cristiano Ronaldo ? Non, ce n’est pas lui. Impossible, wow. C’est terrible», a-t-il lancé au moment de découvrir la carte de quintuple Ballon d’Or. La star portugaise a sans doute eu la même réaction en découvrant sa note.

Michael Owen, a confié à Goal, « En tant que joueur complet, je dirai qu’il est probablement le meilleur de l’histoire », « il est rapide, il marque des buts, il a les deux pieds, il est puissant et il peut scorer de la tête. Il est aussi solide et joue tous les matches. Il n’y a rien qu’il ne peut pas faire ».

Le Français Thierry Henry a admis une fois que si « Lionel Messi est le meilleur joueur du monde, je respecte la quantité du travail que Cristiano abat pour peaufiner son jeu ».

Il n’est plus ce petit gamin frêle avec un répertoire inépuisable de dribbles qui a terrorisé les joueurs de Manchester United lors d’un match amical à Lisbonne au cours de l’été 2003. A 29 ans, il est aujourd’hui un véritable athlète. La preuve du travail acharné qu’il a réalisé et auquel Henry faisait référence.

Arnold Schwarzenegger a dit de lui : « Il est dans une forme étonnante. C’est pourquoi il est un si grand joueur ».

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