L'histoire du maillot de foot de l'Atletico National Medellin est intimement liée à l'histoire de la Colombie, marquée par la violence, la drogue, mais aussi par une passion inébranlable pour le football.
Une jeunesse à Medellin : Entre danger et rêve de foot
Dans les années 1980 et 1990, la Colombie était un pays dangereux, en proie à la violence des cartels de la drogue. Le quartier où David Ospina, le gardien de la Colombie et de l’OGC Nice, a grandi à Medellin n’était pas différent : il était difficile de rester à l’écart des ennuis et des trafiquants. Jouer au foot dès 7 ans a peut-être évité à Ospina de tomber dedans.
On lui a parlé de l’influence des cartels de la drogue sur les principaux joueurs du pays, mais cette atmosphère remonte aux années 1989-1993. De toute façon, le foot était son rêve et le danger ne l’aurait pas dissuadé de tenter sa chance. Aujourd’hui, les villes colombiennes sont plus tranquilles, le pays a changé profondément.
Le football est devenu un moyen d'évasion et de joie pour la population, mais il a également été touché par l'horreur, bien au-delà des soupçons entourant l'influence des organisations criminelles dans certains succès des trois plus grands clubs colombiens (Atlético Nacional, Millonarios, América de Cali).
L’assassinat d'Andres Escobar : Un deuil national
J’avais 8 ans lorsque le défenseur de l’équipe nationale, Andrés Escobar, a été abattu au retour de la Coupe du monde 1994 aux Etats-Unis. C’était une idole pour le peuple colombien, un grand joueur très respecté, qui allait rejoindre l’AC Milan. Je n’ai jamais oublié l’annonce de sa mort.
Lire aussi: New England Patriots : Un regard sur leurs maillots
Tout ça pour une histoire de paris et un but contre-son-camp malchanceux. Chaque fois que j’y repense, je ressens la même tristesse. Ça a été un deuil national. Vingt ans plus tard, la situation en Colombie n’a plus rien à voir. Pour autant, aucun de nous n’oubliera ce drame.
Andrés Escobar est né et a grandi à Medellín en 1967 dans une famille de la classe moyenne du quartier des Calazans. En 1994, en plus d’être l’icône de l’Atlético Nacional, le « gentleman », comme on le surnommait (el caballero), était également le capitaine de l’équipe nationale, l’une des équipes surprises de la Coupe du monde aux États-Unis.
Pourtant, dans un contexte marqué par les menaces proférées par les trafiquants qui avaient parié de grosses sommes sur les résultats et la malchance d’un but contre son camp d’Andrés Escobar coûtant l’élimination dès la première phase de la Coupe du monde, le capitaine fut assassiné à son retour à Medellín.
Le 2 juillet 1994, la Colombie se réveille dans l’horreur après l'annonce du décès d'Andrés Escobar. Andrés Escobar voulait ramener de la joie dans les rues de sa Colombie, lui offrir une fierté. Sa mort a plongé le pays et son football dans un enfer dont il mettra près d’une décennie à sortir, porté alors par d’autres enfants héritiers du narcofútbol.
Son assassinat marque l’un des derniers tournants de l’histoire du football colombien et de sa tumultueuse relation avec les narcos. Andrés était le digne représentant d’une nouvelle Colombie, celle qui voulait changer l’image du pays, sortir du cliché des cartels dans lequel le monde la représentait alors.
Lire aussi: Design du maillot de foot marocain
Sous Maturana, les Cafeteros n’avaient qu’une consigne majeure, celle de jouer comme ils le ressentaient, sans peur, procurer du plaisir. La sélection devient l’âme du pays, elle représente ce que les Colombiens sont au plus profond d’eux-mêmes.
La violence monte crescendo. Pablo Escobar ne contrôlant plus l’underground, chacun cherche à imposer sa loi, à prendre le pouvoir. L’insécurité ne fait que croitre, chaque rue devient dangereuse, chaque personne une menace.
Pablo Escobar et le football : Une influence controversée
L’histoire de Pablo Escobar, trafiquant de drogue colombien devenu le criminel le plus riche de l'histoire, constitue un sacré nœud à démêler. Mais pour certains, Escobar reste un Saint improbable. Preuve de cette affection, un énorme drapeau à son effigie orne encore l'entrée du quartier de Medellin qu'il a construit afin de loger les plus pauvres.
Son influence sur la pègre, le gouvernement et la police était évidente. Et ses tentacules s'étendaient aussi sur le monde du football. Oui, Pablo Escobar aimait ce sport. Il regardait et parlait des matchs à chaque occasion. Mais il est surtout derrière l'incroyable ascension du foot colombien entre le milieu des années 80 et la Coupe du Monde 94.
"Pablo a toujours aimé le football", confirme sa sœur Luz Maria dans ''The Two Escobars'', un documentaire d'ESPN sur la vie du trafiquant et sur celle d’Andres Escobar Saldarriaga, international colombien assassiné après le Mondial aux USA.
Lire aussi: Matériaux Flocage Maillot Foot
Escobar était aussi un joueur passionné. Droitier, il aimait évoluer sur l'aile gauche du terrain et repiquer dans l’axe. Ce n’était certes pas un athlète mais il aimait se frotter aux bons joueurs. Ses projets de financement l’ont mené très tôt à se lier d’amitié avec beaucoup de jeunes joueurs, devenus des professionnels. Le foot a également permis à Escobar de légaliser son butin.
En 1989, l’Atletico Nacional de Medellin remporte la Copa Libertadores. C’est la période faste du football colombien, avec un véritable élan de fierté pour l’équipe nationale. Et tout cela en grande partie grâce aux seigneurs de la drogue.
En cavale, il écoute les matchs de qualification de la Colombie sur une petite radio portable. En décembre 1993, Escobar est abattu par la police colombienne sur un toit de Medellin.
La vérité sur l'assassinat d'Andrés Escobar
Fútbol por La Paz : Un projet pour apaiser les violences
Le matin du dimanche 3 juillet 1994, Jürgen Griesbeck, un jeune Allemand qui faisait ses études de sociologie à Medellín apprenait la nouvelle du meurtre d’Andrés Escobar. À partir de cette tragédie, Jürgen a imaginé un projet sportif pour contribuer à apaiser les violences et tensions sociales.
Les initiateurs du projet s’accordaient sur la nécessité de promouvoir des processus de réciprocité par le dialogue. À cet égard, la première ressource à laquelle ils ont fait appel était l’introduction d’un médiateur pour remplacer la figure de l’arbitre pour les rencontres. Le projet proposait aussi de former des équipes mixtes.
Au début de l’expérimentation, les médiateurs étaient les mêmes figures respectées et reconnues. Un exemple a été celui de John Vahos, un leader social et animateur sportif du quartier Manrique : « J’avais l’habitude d’organiser un tournoi très populaire appelé la rue du stade John Vahos Adelaiz. Je le faisais avec les gens honnêtes et les truands, car à Manrique il y avait aussi des gens bien. C’est à ce moment-là qu’ils m’ont parlé d’un football en trois étapes et je suis devenu médiateur dans cette initiative qui me paraissait tout à fait originale ».
L’autre axe d’action articulé par cette méthodologie était la promotion d’une série de valeurs de coexistence. Le package promu était essentiellement constitué de valeurs telles que la solidarité, le fair-play, la loyauté, la camaraderie, le respect et la tolérance.
La première étape formelle du projet Fútbol por La Paz a été identifiée comme un test pilote pour l’Institut du Sport de la ville - l’INDER -, organisé du 3 mai au 6 juillet 1997 et rassemblant 16 équipes pour 320 joueurs issus des quartiers.
Les jours de matchs, les joueurs visiteurs devaient se retrouver quelque part dans leur quartier pour pouvoir aller aux matchs ensemble, car la peur et l’insécurité étaient toujours présentes. Dans ces circonstances, Fútbol por La Paz permettait aux participants de découvrir de nouveaux territoires et de promouvoir l’ouverture, au-delà des limites des groupes et des zones urbaines d’appartenance.
À ce stade, la participation aux tournois, entre la fin de l’année 1997 et le début de l’année 1998, proposait de voyager en France, pour des matchs d’exhibition, dans le contexte de la Coupe du Monde 1998.
Depuis sa création Fútbol por La Paz a pu avoir des liens avec des secteurs gouvernementaux. D’abord avec le Bureau de la Paix et de la Coexistence parrainé par la mairie de Medellín, puis avec l’INDER, et plus tard avec d’autres institutions plus importantes.
Medellin aujourd'hui : Une ville transformée
Près de trente-deux ans après la mort du bandit milliardaire, la métropole perchée à 1 538 m d'altitude dans la vallée d'Aburra, à neuf heures de route de Bogota, est désormais une destination tendance qui attire voyageurs et investisseurs. La délinquance subsiste, le tourisme sexuel fait des ravages, mais il suffit de s'y promener pour constater la métamorphose.
En prenant, par exemple, le métro aérien puis le téléphérique en direction de la Comuna 13, la vitrine du renouveau de Medellin. Ce bidonville construit à flanc de colline constituait, au début des années 2000, l'épicentre de la violence locale. Le quartier est aujourd'hui un temple du street art et de la culture hip-hop où les curieux s'agglutinent dans un dédale vertical de ruelles colorées et de fresques dispersées autour d'un escalator en plein air.
Comme l'art, le football contribue à la pacification de l'environnement. Voici le siège du Club Deportivo Semillas de Vida y Paz («Graines de vie et de paix »), créé en 2008 par Willington Cano. Ancien milieu, ce dernier a « vécu la tragédie du conflit armé » de près.
Nicolas Correa Morales, numéro 10 technique, interrompt un exercice pour confirmer les bienfaits de la thérapie par le ballon. « J'ai vu un cadavre au coin de ma maison quand j'avais 7 ans, confesse-t-il, adossé à un grillage rouillé sous le ciel menaçant. J'ai grandi avec la peur de sortir de chez moi, elle a disparu quand j'ai commencé le foot ici. »
À Medellin, le football n'est pas uniquement un outil d'intégration. À l'origine, il est aussi une passion viscérale étalée sur les murs, les poteaux électriques et sous les ponts, où les graffitis à la gloire de l'Atlético Nacional et du DIM sont exposés comme pour revendiquer des territoires.
Un joueur personnifie à merveille cette cité complexe et fascinante, réputée pour sa chaleur humaine, sa résilience et son esprit entrepreneurial : l'ancien gardien international René Higuita (58 ans, 68 sélections). Plus que pour cet arrêt insensé, le showman chevelu est devenu une légende vivante en Colombie grâce à ses sorties spectaculaires balle au pied, ses 41 buts en matches officiels (37 penalties, 4 coups francs).
Le Clasico Paisa : Une rivalité passionnée
À Medellín, la question surgit rapidement lors d’une première rencontre : « Au fait, tu es plutôt du Nacional ou du DIM ? » Ici, les taxis, commerces et bars affichent leurs couleurs, quand les trottoirs ou murs n’expriment pas assez explicitement le club supporté.
« Toute la ville est paralysée lorsque les deux clubs s’affrontent, tout le stade est plein, avec plein de couleurs. C’est très spectaculaire : tout un côté est rouge, l’autre vert. C’est merveilleux. » Medellín est une ville de football, comme l’Amérique du Sud en connaît tant.
Le clasico paisa (du nom des habitants de la région) présente une particularité : il se dispute en présence des supporters de chaque club. Une rareté en Amérique latine, où les fans visiteurs sont souvent interdits de stade afin d'éviter tout incident.
« Ce processus s'est matérialisé en 2014 avec le "plan national de sécurité, de confort et de cohabitation dans le football" », précise Alirio Amaya, l'un des auteurs de ce projet ayant pour ambition de « ramener la paix dans les tribunes ».
Il y a vingt-cinq ans, j'assistais à tous les matches sauf au derby. Il y avait beaucoup de terrorisme et d'affrontements entre narcos. La seule chose qui permettait aux gens de s'évader, c'était le foot, un moyen de diversion et de joie.
Principaux stades de Medellin
| Stade | Club résident | Capacité |
|---|---|---|
| ESTADIO ATANASIO-GIRARDOT | Atlético Nacional et Deportivo Independiente Medellin | 45 000 places |
| ESTADIO POLIDEPORTIVO SUR | Envigado FC | 14 000 places |
| ESTADIO METROPOLITANO CIUDAD DE ITAGÜI | Leones FC (D2) | 12 000 places |
| ESTADIO ALBERTO-GRISALES | aucun | 14 000 places |
tags: #maillot #de #foot #Atletico #National #Medellin