Jacques Lambert est une figure marquante du football français, dont le parcours est jalonné de succès et d'engagements significatifs. Il est une figure marquante du football français, dont le parcours est jalonné de succès et d'engagements significatifs.
Jacques Lambert au Salon du livre de Paris en 2016 (crédit: Wikimedia Commons)
Un Parcours Éclectique au Service du Sport
Énarque converti au sport, Jacques Lambert dirigea dès 1993 le Comité d’organisation de la coupe du monde 1998, et collabora également, à la Fifa, au Mondial allemand de 2006. En tant que préfet de la Savoie, il fut responsable de la sécurité des Jeux Olympiques d'Albertville. C’est dans le cadre de ses fonctions de préfet et notamment en Savoie, qu’il va développer une expertise dans l'organisation des grands évènements sportifs avec les JO d'hiver d'Albertville en 1992.
Les JO d’Albertville en 1992
« En tant que préfet de Savoie, représentant de l’Etat, de l’été 1990 à février 1992, il fallait coordonner toute une série d’actions, largement engagées par mon prédécesseur, comme les nouvelles autoroutes, l’électrification de la voie ferrée, le nouvel hôpital d’Albertville, etc. L’essentiel de ma mission avait porté sur la sécurité de la zone olympique, et le plan de circulation très particulier du lieu. La sécurité des Jeux, cela portait autant sur les risques météorologiques, la protection contre les catastrophes, que sur le reste. Le risque terroriste était quant à lui déjà réel à l’époque, car nous étions un an après la guerre du Golfe. Avec à mes côtés Christian Prouteau, conseiller pour la sécurité, je me souviens que nous étions très sensibilisés. L’atmosphère était certes moins pesante que dans la période actuelle, mais il y avait déjà tout un dispositif pour prévenir ce risque. En revanche, nous n’avions pas parmi les risques potentiels des JO d’hiver de hooliganisme comme dans le football ».
L’organisation du Mondial 1998 en France
Sur les conseils de l’ancien codirigeant du Comité d’organisation des JO d’Albertville, Jean-Claude Killy, le tandem se tourne vers l’énarque pour lui confier la direction générale du CFO. Durant cinq ans, Lambert apporte son savoir-faire et sa connaissance des rouages de l’administration à l’ex-meneur de jeu.
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« Pour 1998, la Fifa avait totalement délégué à la FFF et au comité d’organisation [dont Jacques Lambert était le directeur général, NDLR] la responsabilité de l’organisation, y compris un déficit éventuel qui aurait été à la charge de l’Etat français. Ceci justifiait la mise en place d’une structure d’organisation publique, une association loi de 1901, où l’Etat était partie prenante. Finalement, il y avait eu à l’époque un bénéfice d’environ 300 millions de francs pour alimenter le « fonds Sastre », lequel avait profité aux structures de football amateur.
« 1998, c’est la plus belle aventure professionnelle de ma vie. Nous avions la pleine responsabilité de cette organisation, et sommes partis d’une page blanche. Toute l’histoire était à écrire. Nous avions une très belle organisation, soit 700 salariés et 12.000 volontaires, et la qualité de la manifestation a été unanimement saluée, ce fut là mon meilleur souvenir. On était fiers d’avoir permis ce moment le communion nationale [avec la victoire de la France en finale, NDLR]. Personne n’avait anticipé à dire vrai le phénomène « black blanc beur » ; mais si l’on se souvient bien, cette ferveur populaire, elle est née très tardivement. Il y eut la qualification en huitièmes contre le Paraguay, puis la victoire contre l’Italie en quarts de finale. Tout ça a pris corps en une semaine, car avant, planait plutôt une certaine indifférence ».
L'ancien préfet fut vite à la manoeuvre. « En tant que DG du comité, nous avions la pleine responsabilité de cette organisation et nous sommes partis d'une page blanche. A l'époque, le cahier des charges était infiniment moins complexe et moins contraignant qu'actuellement, tout ça faisait une trentaine de pages. La Fifa avait totalement délégué à la FFF et au comité la responsabilité de l'organisation.
La victoire du dossier français est donc pour lui un succès supplémentaire, mais Jacques Lambert, qui dit ne pas aimer la personnalisation des succès comme des échecs, ne s’en émeut pas outre-mesure.
Hommage a Jacques Chirac , coupe du monde 98
Directeur général de la Fédération française de football (2005-2010)
En 2005, c'est Jean-Pierre Escalettes (alors président de la FFF) qui va le recruter pour le nommer au poste de Directeur Général de la Fédération Française de Football en charge notamment de la candidature de la France pour l'Euro 2016.
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« Cette période ne fut pas seulement celle des années noires : Domenech a emmené l’équipe de France en finale du Mondial 2006, alors que bien peu y croyaient. Et nous avons été désignés en mai 2010 pour organiser l’Euro 2016. Mais il y eut aussi des moments très difficiles à vivre, l’Euro 2008 et surtout le Mondial 2010 en Afrique du Sud qui s’est terminé en eau de boudin, avec l’épisode de Knysna [la grève de l’entraînement des joueurs français, NDLR].
Mon principal souvenir, c’est surtout le travail de fond effectué à l’époque, la remise en ordre financier et économique de la FFF. Depuis une trentaine d’années, la politique commerciale et la commercialisation des droits avaient été déléguées à Jean-Claude Darmon et à ses différentes sociétés. A partir de 2005, la Fédération a repris la maîtrise de ses ressources. C’est ainsi que nous avons signé en 2008 un contrat avec Nike, sur la période 2008-2018, qui quadruplait les recettes issues de l’équipementier ».
Lors du changement de président à la FFF en 2010 quand Fernand Duchaussoy succède à de Jean-Pierre Escalettes, Lambert décide de démissionner de son poste pour se rendre disponible auprès de Michel Platini qui va le nommer en début d'année 2011 président de la SAS Euro 2016.
L'Euro 2016 : Un Tournant Majeur
Depuis que la France a remporté au « tie-break », par 7 voix contre 6 à la Turquie, l’organisation de l’Euro 2016, Jacques Lambert, directeur général de la FFF, croule sous les félicitations. Nommé en 2011 par Platini, Jacques Lambert est une figure marquante du football français, dont le parcours est jalonné de succès et d'engagements significatifs.
« Au total, j’aurais passé huit ans sur ce sujet: d’abord comme membre de la commission Philippe Séguin sur les grands stades à partir de février 2008, ensuite à travers la candidature de la FFF, puis comme président d’Euro 2016 SAS à partir de 2011. Lors de l’Euro précédent en Pologne et Ukraine , il y avait deux structures d’organisation, deux équipes en parallèle, et les deux fédérations des pays assumaient plus de responsabilités.
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Mais avec Michel Platini, nous nous sommes dits que c’était un peu bête de mettre deux structures d’organisation en France, d’autant plus qu’il existe une grande proximité culturelle et humaine entre l’UEFA et la FFF. Dans le schéma actuel, il y a donc la SAS, société commerciale de droit français, détenue à 95% par l’UEFA. Celle-ci conserve l’intégralité des recettes commerciales mais elle verse à la fédération hôte un bonus forfaitaire de 20 millions d’euros, avant la compétition. Elle donne une dotation équivalente de 20 millions aux dix villes, et participe de surcroît à des dépenses qui devraient être à la charge des villes, soit 11 à 12 millions. De plus, nous louons pour la première fois les stades, qui étaient gratuits précédemment, soit des loyers de 21 millions supplémentaires. Au final, l’UEFA assure l’intégralité des dépenses d’organisation à deux exceptions près : la modernisation des stades et la sécurité publique .
En termes de recettes totales, il y a des estimations sur ce que la manifestation doit rapporter au pays (dont notamment 178 millions de recettes fiscales), mais il faudra réaliser une autre étude ex-ante, pendant et après, pour vérifier tout cela. J’ai plaidé auprès des ministres pour un outil d’évaluation et de mesure des retombées des grands évènements sportifs, un outil multisports, et l’on a eu gain de cause. Ce qui me paraît incontestable, c’est que l’Euro aura un véritable impact positif. »
À la tête du comité d'organisation de la compétition Euro SAS 2016 (contrôlé à 95 % par l'UEFA et à 5 % par la FFF), Jacques Lambert est sur la brèche. Trente-deux ans après le dernier Euro en France, le grand sommet du foot continental revient dans l'Hexagone.
Le président de la société organisatrice Euro 2016 SAS, filiale à 95 % de l'UEFA et à 5 % de la Fédération française de football (FFF), garde la tête froide à deux jours du match d'ouverture, lui qui travaille depuis huit ans sur l'événement sous diverses casquettes.
Cette candidature tricolore, Jacques Lambert en fut le principal architecte, et le tempo fut très serré. « Je me souviens de Jacques débarquant à Matignon avec ses avocats en me disant "il ne nous reste que quelques semaines", alors que toutes les garanties de l'Etat étaient encore dans la nature, raconte Gilles Dufeigneux. Il fallait se mettre d'accord sur plein de sujets très différents avec des tas de ministères, des fréquences radio pour les médias jusqu'à la fiscalité des recettes... cela représentait des milliers de pages, une vraie course contre la montre. »
« C’est plus facile d’organiser l’Euro que le Mondial 98, considère le patron d’Euro 2016 SAS, qui comptera 650 salariés au coup d’envoi du tournoi. On a l’expérience et on peut compter sur la puissance de l’UEFA, qui est responsable de l’organisation et de la commercialisation des droits. En 1998, c’était la FFF et le CFO qui étaient responsables. J’avais alors plus de prise sur le quotidien. Sastre était alors la conscience du CFO, Michel son âme et moi son mécanicien. »
Relations avec Michel Platini
Entre Jacques Lambert et Michel Platini s’est tissée une amitié de plus de vingt ans. Responsable de la sécurité des JO d’hiver d’Albertville en 1992, celui qui est alors préfet de Savoie veille au bon déroulement de l’arrivée de la flamme olympique, dont le dernier porteur n’est autre que l’ex-numéro 10 des Bleus.
En 2007, Lambert écrit même l’ossature du discours-programme du candidat Platini lors du congrès de Düsseldorf (Allemagne), qui marque son élection à la tête de l’UEFA.
« Même si ce n’est pas correct statutairement, je suis le missi dominici de Michel Platini en France, se décrit-il. Je suis son représentant personnel et celui du comité exécutif de l’UEFA pour garantir la bonne fin des opérations. Je suis l’intermédiaire permanent entre les villes, le gouvernement, la FFF et l’UEFA pour assurer qu’il y a de l’huile dans les rouages. J’ai la chance de bien connaître les deux côtés du dispositif, le sportif et le politique. »
Controverses et Défis
Déjà mis en cause par Jacques Lambert - qui le dénonça comme un « machiavel de chef-lieu de canton" lorsqu'il démissionna de son poste de directeur général de la FFF le 26 novembre - M.
Après les angoisses liées à la sécurité, les perturbations provoquées par les mouvements sociaux, il doit maintenant affronter la polémique sur la qualité des pelouses de l'Euro.
«Comment expliquer qu’il y ait autant de mauvaises pelouses pour cet Euro ?
Les pelouses qui étaient bonnes il y a trois mois sont bonnes aujourd'hui. Celles qui étaient moyennes sont toujours moyennes. Et celles qui étaient mauvaises le sont restées. L'organisation a pris possession et le contrôle des stades le 15 mai, lendemain de la dernière journée de Ligue 1. Compte tenu de la qualité de certaines pelouses, il a été décidé de les changer : à Nice, où il n'y a pas eu de problème, mais aussi à Lille et Marseille, où cela n'a pas donné les résultats escomptés puisqu'elles ne sont pas à la hauteur de ce que l'on est en droit d'attendre pour un Championnat d'Europe. C'est incontestable. Le fournisseur est pourtant celui de l'UEFA, il a des références solides. Je ne suis pas un spécialiste des pelouses, mais il est clair qu'il y a eu un problème. Mais nous avons les stades sous notre contrôle depuis quatre semaines. Et ce n'est pas dans ce laps de temps que l'on peut modifier de façon décisive la qualité d'une pelouse existante, sauf à la changer purement et simplement.
Ces pelouses posent des problèmes majeurs. Cela donne même un sentiment d'improvisation... Il n'y a pas eu d'improvisation. Je disais déjà, il y a deux ans, que notre point de faiblesse, sur les stades de l'Euro, serait la qualité des pelouses. C'est un problème récurrent en France. L'apparition des stades multifonctionnels, avec d'autres activités que le football, n'a pas arrangé les affaires.
L'UEFA a fait réaliser de façon régulière des expertises avec des spécialistes étrangers. Elle a mis en place une assistance pour les jardiniers des clubs en leur disant ce qu'il était souhaitable de faire. Mais l'UEFA n'a pas de moyens d'action, de coercition sur les propriétaires des stades et les personnels qui entretiennent les pelouses.
L'association des jardiniers des stades français dit que l'UEFA est en train de saccager leurs pelouses. Mais si tous les stades de France avaient une pelouse parfaite avant le début de la compétition, ça se saurait.
Tout cela donne, en tout cas, une mauvaise image de cet Euro. Je suis le premier à le regretter et à en souffrir.
« Le gros du travail a été fait, mais nous n'avons encore rien livré. C'est sur le mois de la compétition que nous seront jugés, et pas sur tout le travail de préparation. »
Tableau Récapitulatif des Fonctions de Jacques Lambert
| Période | Fonction | Événement/Organisation |
|---|---|---|
| 1990-1992 | Préfet de Savoie | Jeux Olympiques d'Albertville 1992 |
| 1993-1998 | Directeur Général | Comité d'Organisation de la Coupe du Monde 1998 |
| 2005-2010 | Directeur Général | Fédération Française de Football (FFF) |
| 2011-2016 | Président | Euro 2016 SAS |