Demain, 16 novembre, marquera une date symbolique pour Saint-Émilion, rattachée à son saint éponyme : selon le calendrier liturgique, ce sera l’anniversaire de la mort du moine anachorète. « J’ai réalisé l’année dernière que nous en étions à 1 249 années de sa mort, se souvient l’abbé Aymeric de Rozières, et à partir de là, que c’était important. 1 250 ans, ce n’est pas rien.
Le jubilé dédié au saint ne se limite pas au simple fait religieux. Les historiens se sont penchés sur l’homme et les faits avérés, et la question des reliques perdues continue à susciter les débats. « C’est l’occasion de rendre grâce pour l’histoire de notre cité qui porte son nom, souligne Aymeric de Rozières. Cette vie religieuse fervente liée à un patronage spirituel éminent a eu un impact sur la vie économique ».
Aujourd’hui encore, le nom du moine parle à travers le monde via les vins de l’appellation prestigieuse. Si le jubilé est à l’initiative de la paroisse, une telle commémoration vise néanmoins à réunir sous un seul nom les représentants de la vie religieuse et de la vie civile. Ce soir à 18 h 30, la Cité du vin de Bordeaux s’empare du thème par la voix du professeur Marc Agostino, qui évoquera la vie d’Emilion, que la distance des siècles teinte de mystère.
Lorsqu’il le quitte, ses pas le mènent le long de la Dordogne. Au menhir de Saint-Sulpice-de-Faleyrens, il repère un lieu qu’il ne quittera plus. Il aménage une grotte où il vit en ermite. La question de ses reliques reste en suspens. L’homme, 1 250 ans après sa mort, laisse planer un mystère qui continue à susciter les curiosités.
Saint-Émilion : Un Passé Riche en Histoire
« La révolution ruina Saint-Emilion en lui enlevant son organisation municipale, son chapitre et ses couvents », écrit J. Guadet dans son ouvrage publié en 1841. Avant cette date fatale, Saint-Emilion regorgeait de monuments. Son passé est exceptionnel.
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On a pu y découvrir des vestiges de civilisation gallo-romaine; un monastère du titre de Sainte-Marie-de-Fussiniac aurait été détruit par les Sarrasins. D'une manière certaine, saint Emilian se retira dans une grotte au fond d'une forêt. Rapidement entouré de compagnons, il mourut en 767. Ses disciples taillèrent le roc afin d'y creuser un oratoire qui, plus tard, devint une vaste église souterraine.
L'importance religieuse s'accroissait, et en 1080, l'archevêque de Bordeaux, Goscelin, fit entrer le monastère sous son autorité. L'église souterraine fut abandonnée, et un nouvel édifice ainsi qu'un cloître furent bâtis au sommet du plateau. Dès 1224, la ville était entourée de murailles percées de 6 portes, et protégée par de gigantesques fossés (20 à 30 pieds de profondeur, 50 à 60 de largeur). Le « Château du Roi », immense forteresse, fut bâtie par le roi de France cette même année.
Tour à tour possédée par la France puis l'Angleterre, Saint-Emilion vit Edouard Ier, roi d'Angleterre, lui donner de nombreux privilèges en 1289. J. Guadet nous donne une description minutieuse de l'organisation municipale, des élections, de la milice, de la justice. Les guerres ruinèrent la ville. En 1408, il fallut lever des taxes extraordinaires sur certaines denrées, afin de réparer les fortifications.
La Révolution Française et les Girondins
La Révolution française est l’une de ses périodes de prédilection, et c’est en se promenant à Saint...Lourdais d’origine, puis installé à Galapian, ce chargé de formation des professeurs à la Chambre de métiers de Lot-et-Garonne, Jean-Pierre Crassus, désormais à la retraite, a maintenant le temps de creuser sa passion pour l’histoire et l’écriture.
« En dehors des grands auteurs, comme Michelet, on trouve des anecdotes et des récits assez incroyables sur la Révolution française. Dans l’une des rues de Saint-Emilion, j’ai vu une plaque sur ce qui est aujourd’hui une école, qui honore Thérèse Bouquey, qui avait hébergé certains Girondins en fuite. Pour éviter l’arrestation, ils avaient gagné la Normandie, puis Bordeaux par la mer avant de rejoindre Saint-Emilion, où ils se sont cachés dans les nombreuses grottes et carrières des environs », rappelle Jean-Pierre Crassus. Son roman, basé sur des faits historiques, court de novembre 1793 à juin 1794.
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Fille de bonne famille, qui comptait nombre d’avocats, Thérèse Bouquey, 37 ans à l’époque, avait un beau-frère député bordelais, Guadet, parmi les proscrits girondins. Et malgré le danger - la mort était promise à ceux qui aidaient les partisans déchus - elle a accueilli et nourri une demi-douzaine de ces réfugiés.
Mais Saint-Emilion est une petite ville, et de 1793 à 1794, tous ces Girondins, dénoncés, seront soit arrêtés et guillotinés, soit ils se suicideront dans les vignes, comme Pétion (un ancien maire de Paris) et Barbaroux (un leader des Marseillais), d’où le titre de l’ouvrage, « Du sang sur les pêches de vigne ».
En dépit des précautions prises par Thérèse Bouquey - on livre la nuit des victuailles aux proscrits réfugiés parfois dans des puits - tous finiront mal, certains exécutés à Paris. « Un matin de juin 1794, Saint-Emilion est encerclée par 5 000 soldats, ce qui n’est pas rien à l’époque, et on envoie même des chiens sur la piste des fuyards. »
Thérèse elle-même est arrêtée et sera guillotinée à Bordeaux en 1794, place de la Révolution (aujourd’hui place Gambetta), avec plusieurs membres de sa famille et de celle de Guadet, et deux domestiques qui n’y étaient pas pour grand-chose ont également fait partie de la charrette. La « justice » de la Terreur était expéditive et montrait peu de discernement, et elle régnait aussi sur la capitale girondine.
A Saint-Émilion, entre la magnifique église collégiale et la maison gothique (maison des Templiers), se trouve une demeure du XVIIe siècle appelée la Maison Bouquey. Dans le jardin de cette maison, un puits de dix mètres de profondeur débouche sur une grande galerie souterraine, qui fut habitée par les Gaulois, et peut-être même aux temps préhistoriques.
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Probablement dénoncés par l'époux et la servante de leur hôtesse, les Girondins durent quitter la grotte en toute hâte en juin 1794. Guadet avait trouvé refuge dans la maison de son père qu'on peut toujours visiter au nord de la ville. Découvert dans une soupente en compagnie de Salle, il fut guillotiné avec celui-ci le 19 juin à Bordeaux.
Il fit, avant de mourir, un discours de style romain : «Bourreaux, faites votre office. Allez, ma tête à la main, demander votre salaire aux tyrans de ma patrie. Ils ne la virent jamais sans pâlir ; en la voyant abattue, ils pâliront encore».
Les cinq autres errèrent dans la campagne, traqués par les envoyés de la Convention. Rejoint, Barbaroux se tira un coup de pistolet, ne fit que se blesser et fut exécuté le 25 juin à Bordeaux. Petion et Buzot se donnèrent la mort à Saint-Magne, près de Castillon. On retrouva leurs corps dans un champ qui a gardé le nom de champ des Emigrés.
Seul Valady réussit à s'échapper.
Pendant la Révolution française, à gauche les Girondins siégeaient à l’Assemblée législative puis à la Convention nationale. C'est ainsi que les contemporains parlent essentiellement de partis brissotins et rolandistes ou rolandins, l'appellation de Girondins (ou girondistes) étant postérieure.
Originaires de la bourgeoisie de province et des milieux portuaires, politiquement très actifs, ils jouaient à l’époque un rôle crucial dans les premiers progrès de la Révolution française et dans la fondation de l’Assemblée législative.
Lorsque l'Assemblée siégea pour la première fois, Jacobins et Cordeliers occupèrent les sièges supérieurs de l'hémicycle ; ils furent surnommés les « Montagnards ». Un groupe se constitua autour des députés de la Gironde, ils furent appelés les Girondins. Ce groupe siégeait à gauche de l'Assemblée. L'espace intermédiaire fut occupé par ceux qui n'étaient ni « Montagnards » ni « Girondins », ils constituèrent la « plaine » ou le « marais ».
Les Girondins voulaient transformer la royauté au pouvoir absolu en monarchie parlementaire, les Montagnards étaient partisans de supprimer la monarchie.
Les Cordeliers fut un groupe très ultra dans lequel on trouvait Marat, Danton, Camille Desmoulins, Hébert (qui publiait « le père Duchesne » un journal tellement extrémiste que Hébert fut surnommé « l'Homère de l'ordure »).
Les Jacobins : groupe nombreux parmi lesquels : Robespierre, Saint Just (surnommé « l'Archange de la Terreur »), Barnave, Sieyès, La Fayette, l'abbé Grégoire, Le Chapelier, Pétion... Mais après l'arrestation de la famille royale à Varennes (21 juin 1791), le groupe se scinda : les plus modérés (Barnave, Sieyès, La Fayette, Le Chapelier...) quittèrent les Jacobins et fondèrent le club des Feuillants, tandis que Jérôme Pétion rejoignit directement les Girondins.
Les Girondins : Pour simplifier à l'extrême, on peut dire que les Montagnards, surtout les Jacobins, étaient « centralisateurs » et « réquisitionnistes » tandis que les Girondins étaient « décentralisateurs » et « libre-échangistes ».
Parmi les principales personnalités des Girondins : Vergniaud, Roland, Dumouriez, Brissot, Buzot, Condorcet, Isnard, Barbaroux, Pétion (après son départ des Jacobins)... Les Girondins furent d'abord appelés « brissotins » ou « Rolandistes ».
Au fur et à mesure que leurs opposants les Jacobins de Paris (Montagnards) gagnent du pouvoir, les changements constitutionnels de la Révolution conduisent au règne de la Terreur (de septembre 1793 à juillet 1794), pendant lequel les modérés girondins affrontent l’exécution aux côtés de milliers d’autres personnes. Ils finiront donc par être éliminés en 1793.
Ce texte développait les événements des dernières années. Les actes des Girondins y étaient déformés, dénaturés et mis en relief de manière à les accabler en les présentant comme des conspirateurs hostiles à la République ayant tenté de faire avorter la Révolution afin de rétablir la monarchie en sauvant le « tyran », n’hésitant pas à lancer le pays dans les horreurs de la guerre civile. Les Girondins y apparaissaient comme une « faction de traîtres liberticides » nuisibles pour la France et à la solde de l’étranger.
Le procès des 21 députés Girondins arrêtés à Paris (particulièrement Brissot, Vergniaud, Gensonné, Viger, Lasource, etc.), qui occupa les audiences du Tribunal révolutionnaire des 24-30 octobre 1793, fut une mascarade. Il se déroula dans une quasi-indifférence. Le mois d'octobre était dur pour les Parisiens, surtout préoccupés par les difficultés alimentaires : pénurie de pain et d'autres denrées.
Dès le début du procès la gauche Jacobine n’était pas rassurée. Elle craignait toujours l’éloquence d’un Vergniaud ou d’un Brissot, et un retournement des Parisiens, las de la guillotine, était toujours possible. Le procès fut précipité ; on fit comprendre au tribunal qu’il compromettait la liberté. Voté séance tenante, un décret fut immédiatement porté au palais de Justice ; désormais les juges n’auraient plus qu’à se déclarer « suffisamment éclairés ».
Face à l'accusation qui les englobait tous sous un même chef d'inculpation, qui, peut-être à l'exception de Brissot, leur parut infondé, ils se rebellèrent. Évacués de force hors de la salle d'audience, ils apprirent qu'ils avaient été condamnés sans avoir pu se défendre.
Tous furent condamnés à mort - à l'exception de Valazé qui se suicida dans la salle - et guillotinés le 31 octobre 1793.
La Grotte des Girondins : Un Refuge Secret
A Saint-Émilion, entre la magnifique église collégiale et la maison gothique (maison des Templiers), se trouve une demeure du XVIIe siècle appelée la Maison Bouquey. Dans le jardin de cette maison, un puits de dix mètres de profondeur débouche sur une grande galerie souterraine, qui fut habitée par les Gaulois, et peut-être même aux temps préhistoriques.
A l'extrémité de cette galerie, un orifice étroit, aujourd'hui comblé, menait à une petite grotte où n'entrait qu'un air raréfié.
C'est dans cette grotte que trouvèrent asile, en 1795, les derniers chefs du parti des Girondins, frappés de proscription par la Convention qui leur reprochait d'avoir cherché à sauver Louis XVI, d'être complices de la trahison du général Dumouriez, passé à l'ennemi, et enfin de s'être opposé à la taxation des prix des denrées.
Ils étaient sept : à leur tête Elie Guadet, enfant de Saint-Émilion qui comptait des appuis dans sa ville natale, puis Petion, Buzot, Salle, Louvet, Valady et Barbaroux.
C'est la propriétaire de la maison, Thérès Bouquey, plus tard surnommée "l'héroïne de la Gironde", qui avait eu l'idée de cette cachette où Barbaroux et Louvet trouvèrent le moyen de commencer à écrire leurs mémoires.
Probablement dénoncés par l'époux et la servante de leur hôtesse, les Girondins durent quitter la grotte en toute hâte en juin 1794.
Elie Guadet avait trouvé refuge dans la maison de son père qu'on peut toujours visiter au nord de la ville. Découvert dans une soupente en compagnie de Salle, il fut guillotiné avec celui-ci le 19 juin 1794 à Bordeaux.
Il fit, avant de mourir, un discours de style romain : «Bourreaux, faites votre office. Allez, ma tête à la main, demander votre salaire aux tyrans de ma patrie. Ils ne la virent jamais sans pâlir ; en la voyant abattue, ils pâliront encore».
Les cinq autres errèrent dans la campagne, traqués par les envoyés de la Convention. Rejoint, Barbaroux se tira un coup de pistolet, ne fit que se blesser et fut exécuté le 25 juin 1794 à Bordeaux. Petion et Buzot se donnèrent la mort à Saint-Magne, près de Castillon. On retrouva leurs corps dans un champ qui a gardé le nom de champ des Emigrés.
Seul Valady réussit à s'échapper.
Barbaroux, Pétion et Buzot apprirent à Saint-Émilion l'arrestation et la mort de leurs collègues. Le sol, partout miné autour d'eux, ne pouvait tarder à les engloutir. Ils sortirent la nuit de leur refuge, n'emportant, pour toute provision, qu'un pain creux dans lequel la prévoyance de leur hôte avait enfermé un morceau de viande froide ; ils avaient de plus quelques poignées de pois verts dans les poches de leurs habits.
Ils marchèrent au hasard une partie de la nuit. La longue immobilité de leurs membres, dans les refuges où ils languissaient depuis huit mois, avait énervé leurs forces, surtout celles de Barbaroux. La masse de sa stature et une obésité précoce le rendaient inhabile à la marche.
Au lever du jour les trois amis se trouvèrent non loin de Castillon, village dont ils ignoraient le site et le nom. C'était le jour de la fête du hameau. Le fifre et le tambour, parcourant les sentiers, convoquaient, avant l'aurore, les habitants aux banquets et aux danses.
Des volontaires, le fusil sur l'épaule, passaient en chantant sur la route. Les fugitifs, l'esprit absorbé par leur situation, troublés par l'insomnie et par la fièvre, crurent qu'on battait le rappel et qu'on se répandait dans les champs pour les atteindre.
Ils s'arrêtèrent, se groupèrent à l'abri d'une haie et parurent délibérer un moment. Des bergers qui les observaient de loin, virent tout à coup briller l'amorce et entendirent la détonation d'un coup de feu. Un des trois hommes suspects tomba la face contre terre, les deux autres s'enfuirent à toutes jambes et disparurent dans la lisière d'un bois.
Les volontaires accoururent au bruit. Ils trouvèrent un jeune homme d'une taille élevée, d'un front noble, d'un regard non encore éteint, gisant, dans son sang. Il s'était fracassé la mâchoire d'un coup de pistolet. Sa langue coupée lui interdisait tout autre langage que celui des signes. On le transporta à Castillon. Son linge était marqué d'un R et d'un B. On lui demanda s'il était Buzot, il hocha la tête ; s'il était Barbaroux, il baissa affirmativement le front.
Conduit à Bordeaux sur une charrette et arrosant les pavés de son sang, il fut reconnu à la beauté de ses formes, et le couteau de la guillotine acheva de séparer sa tête de son corps.
Nul ne sait ce que les forêts et les ténèbres cachèrent, pendant plusieurs jours et pendant plusieurs nuits, du sort de Pétion et de Buzot. Le suicide de leur jeune compagnon fut-il à leurs yeux une faiblesse ou un exemple ? Se tirèrent-ils chacun un coup de pistolet, à l'approche de quelque animal sauvage qu'ils prirent pour un bruit de pas des hommes qui les poursuivaient ? S'ouvrirent-ils les veines au pied de quelque arbre ? Moururent-ils de faim, de lassitude ou de froid ? L'un d'eux survécut-il à l'autre ? Et lequel resta le dernier et expira sur le cadavre de son compagnon ? Enfin moururent-ils dans un nocturne et lugubre combat, contre les animaux carnassiers qui les suivaient comme des proies prochaines ?
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