Le Designer du Stade Vélodrome : Architecture et Transformation

Le Stade Vélodrome, situé dans le quartier de Saint-Giniez à Marseille, est bien plus qu'une simple enceinte sportive. L'Orange Vélodrome s'inscrit dans le contexte de l'architecture sportive moderne. Bien que conçu à l'origine comme un vélodrome traditionnel, le stade a été transformé en un complexe multifonctionnel adapté aux exigences du football moderne.

Son architecture a évolué pour intégrer des capacités d'accueil élevées, une visibilité optimale pour les spectateurs et des installations modernes répondant aux normes internationales. L'Orange Vélodrome est plus qu'un simple stade ; c'est un véritable symbole de l'identité sportive et culturelle de Marseille. De ses débuts en tant que vélodrome à sa transformation en un stade multifonctionnel moderne, il reflète l'évolution et l'adaptabilité de l'architecture sportive.

Stade Vélodrome

Inauguré en 1937 et rénové entre 2011 et 2014 par l'architecte Jean-Pierre Buffi, ce stade emblématique est un chef-d'œuvre de l'architecture contemporaine. À l'origine destiné principalement au cyclisme, le stade a été transformé et modernisé à plusieurs reprises pour devenir le lieu emblématique des matchs de football de l'Olympique de Marseille (OM).

Le concept de l'Orange Vélodrome repose sur la dualité entre tradition et modernité. Tout en conservant une partie de son héritage cycliste, le stade a été rénové avec une architecture contemporaine qui favorise l'ambiance et l'expérience du spectateur lors des matchs de football. Les tribunes sont conçues pour offrir une vue panoramique sur le terrain, créant une atmosphère électrique lors des grands événements sportifs.

L'histoire architecturale des stades en France

Présentée à la Cité de l’architecture et du patrimoine dans le cadre des Jeux olympiques de Paris 2024, l’exposition « Il était une fois les stades » a révélé au public que les stades en France ont, non seulement, une histoire, mais qu’il y a aussi une histoire architecturale des stades.

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Depuis la construction du stade de Gerland à Lyon en 1913, jusqu’aux stades actuels de Bordeaux, Lille ou Nice, le xxe siècle et le début du xxie sont jalonnés par les apparitions successives d’édifices qui sont les témoins de leur époque. Au-delà de leurs caractéristiques techniques et de leur qualité architecturale, certains occupent également une place importante dans les esprits, en étant indissociables de l’histoire locale, d’équipes ou de clubs sportifs, et participant à la notoriété de ces derniers.

Comme nous avons eu l’occasion de le démontrer dans l’ouvrage Les sports en France, le programme et la conception du stade ne sont pas les mêmes selon les périodes. Il convient de se défaire de l’image omniprésente aujourd’hui du stade comme enceinte de football ou de rugby.

Les premiers stades ont été conçus pour l’athlétisme qui était, à partir de la fin du xixe siècle, la discipline sportive par excellence et dont la fédération nationale était la première de toutes. Dans les années 1920, les stades se sont adaptés progressivement à l’organisation de courses cyclistes en étant dotés de pistes ou en étant conçus comme de véritables vélodromes. À partir des années 1960 et 1970, le football et le rugby ont pris le dessus, faisant passer au second plan, voire en excluant les autres disciplines.

Le second Parc des Princes, celui de 1932 est avant tout un stade-vélodrome où arrive au mois de juillet de la même année, le Tour de France. Il en va de même de son homologue de Marseille qui conserve encore aujourd’hui son nom de « Vélodrome » qui suffit à le désigner, mais qui témoigne de sa première destination.

Les sports en France
Couverture du livre "Les sports en France, de l’Antiquité à nos jours"

Comme d’autres équipements, les stades sont avant tout des lieux du sport dans le sens où ils permettent des pratiques sportives qui, elles-mêmes, agrègent des groupes sociaux autour d’elles : athlètes, supporters, spectateurs, curieux, etc. Les stades sont des marqueurs d’une identité locale qui peut parfois s’étendre à une échelle plus grande, nationale voire internationale, notamment en fonction des succès d’équipes ou de clubs, particulièrement de football ou de rugby.

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À Nantes, le stade Marcel-Saupin (d’abord dénommé Malakoff du nom du quartier dans lequel il est implanté) est construit en 1937 par Camille Robida (1880-1938) et entièrement rénové dans les années 1950 et 1960. Enceinte mythique du Football Club de Nantes, le lieu est pourtant délaissé dans les années 1980 au profit du stade de la Beaujoire (Berdje Agopyan, architecte), inauguré pour l’Euro de 1984, qui deviendra à son tour très popularisé autant par le football que par le rugby.

La destruction du stade Marcel-Saupin est envisagée, mais la dimension patrimoniale attachée au lieu, situé au cœur de la ville de Nantes, conduit à sa sauvegarde partielle. Seule la tribune nord est conservée, les trois autres étant remplacées par un programme immobilier qui comprend des bâtiments hébergeant la Maison des sciences de l’homme et l’Institut d'études avancées, une résidence de tourisme, un restaurant et des bureaux.

Le stade Bauer à Saint-Ouen-sur-Seine est lui aussi indissociable du club local de football, même si celui-ci, le Red Star Football Club, créé en 1897, ne s’installe dans cette commune de la banlieue parisienne qu’en 1909. Les tribunes ne sont édifiées qu’à partir des années 1920. Les aménagements successifs ne seront toujours que très modestes, ce qui n’empêche pas le stade Bauer, baptisé du nom d’un résistant, de faire vibrer les spectateurs aux exploits de leur équipe locale.

Devenu vétuste au début des années 2000, le stade Bauer est au centre de débats sur sa rénovation ou sur la construction d’une nouvelle enceinte. L’attachement du public au stade Bauer est d’ordre mémoriel par la place qu’il occupe au cœur de la ville de Saint-Ouen et dans l’identité de la ville.

Vendu à un groupe privé, le stade fait l’objet au cours des années 2020 d’un projet de rénovation et d’agrandissement de sa capacité, dont la viabilité économique repose sur la construction, sur un de ses côtés d’un programme immobilier privé baptisé « Bauer Box » qui regroupe des bureaux, des commerces, un centre sportif et ludique.

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Les deux exemples des stades Marcel-Saupin et Bauer, entre conservation et transformation, opérations par lesquelles sont préservés à la fois les aspects historiques et architecturaux ne peuvent pour autant pas être généralisés, car la rénovation de certains équipements sportifs ne prend pas en considération ces aspects.

L’organisation et l’accueil de grands évènements, tels que Coupe du monde de football, de rugby, ou Jeux olympiques conduit à choisir entre deux scénarios : 1) la construction de nouvelles enceintes ; 2) la rénovation des existantes.

La première option si elle préserve provisoirement les anciens stades laisse peser des incertitudes quant à leur avenir ; c’est par exemple le cas du stade Lescure à Bordeaux remplacé pour le football et les grandes compétitions par le stade Matmut-Atlantique, et qui, bien que dévolu aujourd’hui à l’équipe de rugby de Bordeaux-Bègles, attend des décisions quant à son avenir. La seconde option entraîne de lourdes conséquences sur les bâtiments, en dépit du fait qu’ils puissent posséder une dimension historique incontestable.

Le stade Vélodrome de Marseille n’est pas seulement lié à l’histoire de la ville et de son club de football, l’OM, mais il est également connu de la France entière, et même, hors des frontières hexagonales. Au-delà de sa renommée acquise grâce aux succès du club qu’il abrite, le Vélodrome a représenté, à l’époque de sa construction dans les années 1930, un des exemples les plus modernes et les plus aboutis, avec le stade Lescure de Bordeaux.

Henri Ploquin, son architecte, est un des concepteurs ayant contribué à l’évolution et à l’amélioration de l’architecture sportive, et le stade Vélodrome est sans doute son chef-d’œuvre. Déjà lourdement rénové à l’occasion de la Coupe du monde de 1998, le stade Vélodrome a subi une reconstruction totale pour l’Euro 2016. Il ne demeure ainsi plus aucun vestige du bâtiment de 1937 dont Jean-Pierre Buffi avait conservé dans son projet de 1995 la façade monumentale de l’entrée.

Prenant en compte l’attachement des supporters marseillais au site du boulevard Michelet, le projet de reconstruction de l’agence SCAU, adossé à un programme de rentabilité financière et commerciale, a donc fait table rase du passé.

Au début des années 2000, le stade Jean-Bouin dans le 16e arrondissement de Paris, siège du stade Français Paris Rugby, était beaucoup trop petit pour accueillir un public toujours plus nombreux grâce aux succès du club et à la stratégie promotionnelle de ses dirigeants et propriétaires.

Les rencontres nationales et internationales doivent se tenir dans d’autres enceintes : le Parc des Princes voisin, le stade Charléty dans le 13e arrondissement, et même au Stade de France. La Ville de Paris décide en 2013 la reconstruction du stade, confié à l’architecte Rudy Ricciotti, ce qui entraîne la destruction de la tribune d’honneur des années 1930, due à l’architecte Jacques Lambert.

Didier Rogeon et la transformation du quartier du Vélodrome

Sollicité à propos du gigantesque chantier dont l’architecture lui a été confiée - 20 hectares au total, 100.000 m2 de bâti, plus d’une dizaine de bâtiments (des immeubles de logements et de bureaux, des résidences étudiantes, une clinique, un centre commercial haut de gamme…) -, tout un quartier sorti de terre à vitesse record autour du stade Vélodrome reformaté en vue de l’Euro 2016, Didier Rogeon prend le temps d’évoquer un tout autre projet conduit parallèlement et à moindre échelle.

Et si lui dit ne pas viser et s’intéresser à ce podium, hormis pour l’activité que cela procure à son agence, cela jauge néanmoins le volume de la production maison dont le chantier du Vélodrome représente bien entendu une part conséquente. « Excepté le centre commercial (28.000 m2) dont l’édification commence, l’essentiel du programme est déjà bien avancé et en cours d’achèvement. Des logements ont déjà été livrés, ainsi qu’une résidence étudiante. Les immeubles de bureaux (12.600 m2), le complexe hôtelier et la clinique sont également en bonne voie, indique l’architecte. Chaque bâtiment est un prototype qu’il a fallu exécuter dans des délais très serrés. Les choix ont été également urbanistiques, avec des surfaces allouées modestes et coincées entre l’Huveaune et le stade. »

LE PLUS BEAU STADE DU MONDE ? - Marseille l'evolution du Stade Vélodrome ( + visite du Stade )

Enfin, pour éviter le risque d’un quartier trop uniforme car conçu par un seul, ce dernier a pris soin, explique-t-il encore, de désigner parmi ses collaborateurs un chef de projet pour chacun des bâtiments en leur accordant une relative liberté pour opérer sous sa supervision et apporter leur touche et culture personnelles.

Avant de rappeler que dans le cadre d’un PPP (Partenariat public-privé) où la maîtrise d’œuvre revient à un groupement, « l’architecture reste le fruit du compromis, sans pour autant verser dans la compromission ». Mettant en avant les excellentes relations entretenues avec le constructeur, mais s’attendant aussi à des critiques, Didier Rogeon assume. « Nous avons fait du mieux possible », assure-t-il. Les bientôt habitants, occupants et passants de ce gros morceau de ville flambant neuf jugeront par eux-mêmes.

Restructuration heureuse d'une ancienne école

Didier Rogeon évoque un tout autre projet : celui qui lui a permis de transformer une ancienne école primaire de garçons des années trente. De style art déco, ce qui fut ensuite longtemps un bâtiment municipal est devenu en effet, depuis un an, le superbe nouvel écrin de son agence d’architecture situé au pied de l’ex-Hôtel Dieu (désormais hôtel Intercontinental) et du Panier, derrière l’Hôtel de Ville, au début de la volée d’escalier de la Montée Saint-Esprit.

« J’y ai mis beaucoup de cœur et de passion, raconte l’architecte. Je suis littéralement tombé en adoration pour ce lieu magnifique. Durant les travaux, j’y consacrais quatre à cinq heures par jour tandis que le chantier du Vélodrome battait lui aussi son plein. » Pour restituer en détail l’aspect originel de l’édifice, le maître d’œuvre a notamment mené un véritable travail d’archéologue.

Au-delà de la vitrine, le chef d’entreprise qu’il est également, y a gagné, souligne-t-il, des conditions de travail confortables (l’endroit dispose notamment d’une cafétéria, d’une salle de sports, d’un solarium et d’espaces de travail adaptés et lumineux) pour la vingtaine de salariés qu’il emploie. Un contexte selon lui tout aussi favorable à la vie de l’entreprise. « Un confort social optimal qui passe également par du salarial », précise celui qui, à 54 ans, dirige la 4e agence d’architecture de Paca pour son chiffre d’affaires.

La France s’est dotée depuis le xixe siècle de différents processus de reconnaissance patrimoniale dont le plus important est la protection au titre des Monuments historiques (MH), qui comporte deux niveaux, l’inscription et le classement, ce dernier étant le plus protecteur et le plus encadré.

À l’occasion de l’écriture de l’ouvrage Les sports en France, un bilan a pu être mené des protections d’édifices sportifs au titre des monuments historiques. Ce bilan apparaît bien maigre, révélant que moins d’une centaine d’équipements sportifs sont concernés.

La reconnaissance des stades comme patrimoine matériel est très récente et encore peu développée. Si le stade Gerland à Lyon, œuvre de l’architecte Tony Garnier, a été inscrit au titre des monuments historiques dès 1967, cette protection se justifie par le fait que l’édifice peut être considéré comme le premier stade moderne et ayant joué ainsi le rôle de modèle.

Sa protection s’est pourtant heurtée aux réalités financières et évènementielles. Des compromis ont été faits entre la conservation des éléments patrimoniaux majeurs et des aménagements en vue d’augmenter la capacité pour accueillir de grandes rencontres sportives, principalement les matchs internationaux de football. Une grande partie de la configuration actuelle des tribunes est née de ces compromis gommant l’aspect « à l’antique » voulu par l’architecte.

Le stade de Firminy est classé monument historique en 1984. Beaucoup plus récemment, le stade Lescure-Chaban-Delmas à Bordeaux a été inscrit MH en 2022, venant ainsi reconnaître la première réalisation en France, en 1938, de tribunes intégralement couvertes grâce à l’emploi d’un système de voûtes en béton armé, à une époque où la plupart des couvertures étaient en structure métallique voire en bois.

Au début des années 2000 a été créé le label Patrimoine du xxe siècle qui attribue à des édifices construits de 1900 à 2000, une reconnaissance de leur intérêt technique, architectural et artistique mais qui n’est pas une protection. Pour lever l’ambiguïté attachée à l’intitulé de ce label, il a été remplacé en 2016 par le label Architecture contemporaine remarquable (ACR) attribué cette fois aux édifices construits il y a moins de 100 ans.

La reconnaissance du patrimoine que peuvent représenter les stades en France - patrimoine monumental (au sens de ce qui porte la mémoire d’évènements ou de personnes) ou patrimoine culturel et architectural - est encore de nos jours un sujet de réflexion.

Les années 2010-2020 connaissent une accélération et une multiplication des opérations de rénovation et de reconstruction des enceintes sportives qui rentrent en confrontation directe avec les questions patrimoniales. Ce renouvellement massif des installations bouleverse de manière radicale l’architecture des stades, dont l’histoire et l’évolution sont encore mal étudiées et connues.

Il y a pourtant un intérêt croissant du public pour la découverte des grandes arènes sportives, en dehors même des manifestations. Aujourd’hui, les « grands stades » peuvent se visiter, à Lyon, Bordeaux, Nice, les consortiums qui en sont les propriétaires ou les concessionnaires cherchant à élargir les sources de revenus pour amortir les investissements colossaux engloutis dans la construction.

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