Au nord-est de la Franche-Comté, dans la Porte de Bourgogne, le Pays de Montbéliard est caractérisé par une domination du secteur automobile et de la firme Peugeot. Avec plus de 10 000 salariés, l’usine de Sochaux-Montbéliard est l’un des plus grands établissements industriels de France. Son histoire, sa taille, ses fonctions diversifiées et son influence régionale en font un cas exceptionnel.
Carte du Pays de Montbéliard.
La communauté d’agglomération regroupe 29 communes et 120 000 habitants, soit une forte densité de 670 hab./km2. Les vallées guident la formation d’une vaste conurbation polynucléaire polarisée par Montbéliard, Sochaux, Exincourt et Valentigney.
L'empreinte industrielle de Peugeot
La région est profondément marquée depuis le début du XIXe siècle par l’industrialisation : importance des usines et des ateliers, des cités ouvrières et des pavillons, des demeures patronales, des hôpitaux et bains-douche liés à un vieux modèle paternaliste. Au début du XXe siècle, l’essor de l’automobile bouleverse profondément l’économie et l’urbanisation. Aujourd’hui, l’industrie automobile est au cœur du système productif régional avec 50 000 salariés travaillant dans 480 entreprises.
Usine Peugeot de Sochaux.
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Né en 1889 sous l’impulsion d’Armand Peugeot, le groupe automobile Peugeot fait de Sochaux-Montbéliard son berceau historique en s’y implantant en 1912 (camions, véhicules utilitaires). Porté par l’essor de l’automobile et la taylorisation de la production de masse, le site passe de 15 000 salariés en 1955 à 23 000 salariés en 1960 pour culminer à 39 000 salariés en 1979. Loin d’être une simple usine de montage, le site de Sochaux produit l’ensemble d’une automobile. Ce vaste complexe regroupe donc des espaces fonctionnellement spécialisés mais techniquement intégrés.
En complément des ateliers de montage et d’essais automobiles, l’agrandissement de l’usine de Sochaux débute dès 1919 avec la création de deux ateliers de fonderies et d’une nouvelle forge venant remplacer celle ouverte en 1912. Mais c’est en 1928 que la gestion de l’espace au sein du CPS devient problématique avec l’agrandissement des usines de Mécanique. Le CPS est situé sur des terres marécageuses au sud résultant des méandres de l’Allan et de nombreux étangs se nichent dans sa partie nord.
L'impact de Peugeot sur la vie locale
Les usines Peugeot _ Sochaux Montbéliard. 100 ans d'histoire - PEUGEOT ARMENIA
Le Pays de Montbéliard et Peugeot, groupe PSA Peugeot-Citroën depuis 1965, entretiennent une relation particulière. Cet espace est le résultat d’une concentration de l’activité économique locale autour de Peugeot. On travaille à Peugeot, on vit à côté de Peugeot et on roule en Peugeot, plus ou moins directement. Ainsi la frontière entre l’usine et la ville tend à se diluer socialement, économiquement et politiquement, notamment dans le cadre de prises de décisions à portée environnementale telles que le fait de dévier une rivière pour agrandir une usine.
Installé initialement en 1912 au bord de la rivière Allan, le Centre de production de Sochaux - le CPS en interne - occupe aujourd’hui une place centrale. Moteur d’aménagements et de transformations paysagères dans et autour de l’usine, le développement du CPS s’est effectué horizontalement tel que ses infrastructures se sont de plus en plus rapprochées des berges de la rivière Allan pour l’intégrer au milieu du site industriel dès les années 1970, « décennie de l’apogée » du Lion. La présence paternaliste forte du constructeur engendre également une urbanisation importante autour des ateliers : logements ouvriers et quartiers résidentiels destinés aux cadres fleurissent dans les communes riveraines dès les années 1930 et particulièrement après la Seconde Guerre mondiale jusqu’à l’étalement urbain d’aujourd’hui. Plus le CPS grossit et plus il s’enclave au milieu des communes de Sochaux, Montbéliard et Exincourt.
Autour du CPS la vie humaine tend à s’organiser spatialement et temporellement autour du cadencement des ateliers Peugeot. En fonction des horaires des différentes « tournées » de production, des dizaines de bus sillonnent le territoire et inondent le réseau routier afin d’amener les ouvriers à leur poste.
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L'évolution industrielle en Franche-Comté
Au début du xxe siècle, la Franche-Comté a derrière elle une longue tradition industrielle pour ses salines, ses forges, ses papeteries et son horlogerie. Mais la région n’échappe pas, au lendemain de la Grande Guerre, aux contrastes qui caractérisent l’industrie française. Le capitalisme le plus développé, avec des entreprises pionnières, comme Peugeot, la SACM à Belfort et Lip à Besançon, cohabite avec des structures plus traditionnelles.
La caractéristique majeure de l’emploi industriel réside ici dans la forte prédominance d’une branche, la métallurgie, qui concentre trois emplois industriels sur cinq durant notre période. Avec ses forges, martinets, tréfileries implantées au fil de l’eau, elle compte dès le xviiie siècle des établissements de plus d’une centaine de personnes.
La main-d'œuvre féminine dans l'industrie
À l’échelle française, tout au long du xixe siècle, la part des femmes dans l’emploi industriel est élevée : un tiers en 1914. Le premier xxe siècle connaît une tendance à la masculinisation du monde ouvrier, la part des femmes occupées dans l’industrie diminue entre le début du siècle et les années 1950, si l’on excepte la parenthèse de la Grande Guerre. Le Doubs suit la même évolution et les femmes sont renvoyées brutalement des usines de guerre pour reprendre leur place au foyer. Elles représentent presque un poste d’ouvrier sur trois en 1921, mais seulement un sur quatre en 1954.
Dans le travail des métaux, les femmes représentent un quart de l’ensemble des ouvriers durant les années 1920. Le phénomène est particulièrement visible dans l’horlogerie, où les ouvrières comptent pour près de la moitié de l’effectif au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.
Les petites entreprises rurales
Les campagnes abritent une partie de ces très petits établissements, notamment sur les plateaux et la montagne. Selon Jean-Luc Mayaud, cet espace se caractérise à la fin du xixe siècle par la durable coexistence d’une spécialisation pastorale et d’ateliers proto-industriels conquérants. Au xixe siècle, les hommes répondent à la forte pression démographique par la démultiplication des ressources locales.
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Jean-Marc Olivier a montré que l’Arc jurassien élargi à la Forêt-Noire et aux Alpes du Nord abrite des exemples de réussite durable pendant le xixe et une bonne partie du xxe siècle. Des espaces ruraux s’industrialisent à partir de la clouterie, taillanderie, horlogerie, lunetterie, travail des pinces.
Le Musée de l'Aventure Peugeot
Le musée a été créé et inauguré en 1988 par la famille Peugeot à l’emplacement de l’ancienne brasserie de Sochaux. À l’intérieur, sur une surface de pas moins de 10 000 mètres carrés d’exposition, on peut y voir plusieurs centaines de véhicules sur un parcours qui retrace l’histoire de Peugeot. Le square Armand Peugeot nous dévoile les premières voitures. S’en suit un éventail d’objets, d’outils, de machines créés par la société Peugeot, (machine à laver, moulins, postes de radio, appareils ménagers, scies….). Un autre square nous montres quelques véhicules mis en service entre 1905 et 1918. La visite continue par le passage devant un atelier comme à l’époque.
Musée de l'Aventure Peugeot.
Au fil du parcours, les modèles évoluent (la 203 ou la 403 des années 1950-1960), et nous passons devant quelques véhicules qui peuvent rappeler notre enfance (la 205, la 405 ou encore la 605). Une ruelle d’antan nous fait découvrir plus de 300 moto et vélo.
L'histoire de Sochaux dans les années 1950 est intimement liée à l'essor de Peugeot, qui a façonné l'économie, l'urbanisation et la vie quotidienne de la région. L'empreinte industrielle de Peugeot reste aujourd'hui un élément central de l'identité de Sochaux et de ses environs.
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