Histoire du Club de Football de Thionville: Des Hauteurs de la Division 2 à l'Anonymat Actuel

Aujourd’hui englué dans l’anonymat de la Régionale 2, hier dans l’antichambre du football français. De nos jours, convoquer ce glorieux passé vieux de quatre décennies paraîtrait presque anachronique. Englué dans les méandres du football amateur , le club thionvillois a pourtant connu son heure de gloire. Et de déboires.

En effet, depuis son arrivée sur le banc de touche du club de football thionvillois lors de l’exercice 2021-2022, l’ancien joueur professionnel passé notamment par le FC Metz et Le Havre, a été auréolé de deux montées successives. Avant que la machine se mette à tourner à plein régime, le technicien de 44 ans, a accepté un défi : suivre le Président François Ventrici (voir interview ci-dessous) qu’il a connu du côté du CSO Amnéville et faire renaître de ses cendres un club d’antan.

L’US Thionville-Lusitanos - issue de la fusion entre Thionville FC (Club qui a connu la 2e Division dans les années 80) et Thionville AS Portugais Saint-François en mai 2021 - réalise une très belle saison avec 34 points glanés en 16 journées. Ce club historique de Lorraine peut enchaîner une 2ème promotion consécutive. Solide leader de son groupe de Régional 1, l’US Thionville est en passe de réaliser une très belle performance cette saison. Après son titre de champion de R2 l’année dernière, les hommes de Julien François peuvent enchaîner avec une accession en National 3.

« On parle quand même de la deuxième ville de Moselle et de la troisième ville de Lorraine. J’estime que les ambitions mesurées sont de faire acceder le club en National 3. Il est tout à fait normal d’avoir des ambitions. Je pense que c’est le minimum syndical vu les infrastructures, la taille de la ville et le bassin de population. »

Alors qu’il reste dix matchs avant la fin de la saison, l’US Thionville est pour le moment leader avec sept points d’avance sur son dauphin, l’US Forbach. Tout reste encore à faire pour l’US Thionville Lusitanos mais la montée en National 3 pour la saison prochaine commence à s’entrevoir pour le club Lorrain.

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Le Président de l’USTL revient sur ses deux premières années de mandat. Depuis mon arrivée en mai 2021, le bilan est plutôt satisfaisant dans la mesure où tout se passe comme je l’avais prévu. Il y a eu la montée en N3 au bout de 2 ans mais nous avons fait monter aussi notre équipe U17 en national. C’était la cerise sur le gâteau. Nous avons pour objectif de faire en sorte que tous les ans des équipes jeunes évoluent au niveau national. C’est important, car par expérience, en termes de formation c’est vraiment top. C’est là que les jeunes emmagasinent énormément d’acquis en affrontant des clubs pros. Cela forge le caractère et c’est très bénéfique. Je me réjouis également d’observer que notre équipe féminine a su attraper la montée. Notre projet est mûrement réfléchi. Rien n’est laissé au hasard. Déjà nous avons su conserver tout le monde et renforcer où il le fallait afin de jouer une nouvelle montée. Nous ne voulons pas paraître prétentieux mais nous avons dans le viseur la Nationale 2 à très court terme. Nous savons que c’est difficile mais nous voulons y évoluer le plus vite possible. Nous avons tous les éléments pour y arriver grâce à une belle structure et de bons dirigeants. Nous possédons un vrai club de foot et sommes dotés de bons moyens financiers. En tant que président, je reste à ma place, et je me sais entouré de personnes très compétentes à chaque poste.

« Passionné de football, j’adore les challenges ». Si François Ventrici a récupéré le club alors que celui-ci n’était pas dans une très bonne période, il a réussi à inverser la tendance. Un renouveau qui a fait énormément de bien à un club qui était en perdition lors ces dernières années. Chef d’entreprise, le président de l’US Thionville a choisi de rejoindre un projet qui selon lui est très intéressant. « Je suis un chef d’entreprise donc forcément ça fait partie du personnage. L’US Thionville Lusitanos, c’est un très beau projet. Passionné de football, j’adore les challenges. On peut faire de très grandes choses dans les années à venir. Gérer un club de football, c’est quelque chose que j’apprécie.»

« Quand j’ai repris le club, on était en Régional 2. On a été champion l’année dernière et cette saison on évolue en Régional 1 où nous sommes très bien parties pour enchainer une deuxième promotion consécutive.» Aujourd’hui c’est une équipe très solide qui est en passe de rallier le National 3.

Il tend à le répéter mais Julien François, coach de l’équipe première de l’Union Sportive Thionville Lusitanos en est conscient : le chemin sur la Nationale 3 et vers les étages supérieurs risque de s’avérer plus aventureux que les saisons précédentes.

Le gros millier de spectateurs enregistré lors de la victoire 5-2 à la mi-septembre face à Sarre-Union ravit Julien François : « Nous sommes un nouveau club avec une nouvelle identité.

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L'Époque Flamboyante de la Sportive Thionvilloise

En 1980, la Sportive Thionvilloise figurait en tête du championnat de Division 2 à la mi-saison.

STADE 2 - 1980 - SAISON 1980/1981 -

« Devant plusieurs milliers de spectateurs, on en avait mis quatre au Montpellier de Louis Nicollin ! » On imagine aisément Loulou le « montpelliéraing » faire la soupe à la grimace au soir de ce revers face au… FC Thionville.

Époque flambeUn homme, une figure de la ville : « L’épopée du club doit beaucoup à Jean-Marc Plez », insiste Yves Boé, dirigeant historique du Thionville FC. Plez, l’industriel qui a ferraillé dur pour hisser les bleus et or sur les cimes du football français. Au terme de la saison 1978/79, la formation mosellane, guidée par Pyrdol et Chodakowski, « un duo polonais diabolique », fait sa mue. Elle abandonne sa peau d’amateur pour enfiler son costume de lumière de promu en D2. L’histoire ne le dit pas mais l’expédition paraît déjà trop lointaine pour Jean-Marc Plez. Sent-il la mauvaise affaire ? Toujours est-il qu’il laisse les clés du camion à un autre roitelet de la métallurgie, Roger Hoffman : « Un passionné, un homme qui avait le cœur sur la main », salue Yves. Mais aussi un attachant flambeur, prêt à toutes les folies pour consumer sa passion.

Après un maintien honorable l’année de l’accession, le président, à la manière d’un Bernard Tapie, se fend d’un recrutement haut de gamme. Débarquent sur la pelouse du stade de Guentrange des joueurs de renom du calibre de Nico Braun, Pfertzel et consorts. Lesquels rejoignent le regretté José Souto, le gardien et capitaine Barth, Tischner ainsi que Bedouet (par la suite préparateur physique de l’équipe de France de Didier Deschamps). « On a même été cherché un anglais en avion » Le très oubliable Bobby Brown de Bolton. Le tout est chapeauté par Pierre Flamion, ex-international français passé notamment par le FC Metz.

L’équipe a de la gueule, fait la Une du bimensuel But et enquille les victoires comme des perles. C’est l’époque où le champagne coule à flots dans une discothèque de la place Marie-Louise, où le (déjà) fort en gueule Guy Roux d’Auxerre se fait enguirlander avant le coup d’envoi par le secrétaire général Toto Jung, où le dénommé Jean Martin enflamme le kop thionvillois.

Même Téléfoot, la grand-messe dominicale de TF1, s’arrête à Thionville le temps d’un direct… troublé : « À cause de la friterie, qui tournait à plein régime, il y a eu une surtension », se rappelle Yves. Derrière l’incident comique, peut-être fallait-il y voir un signe. La Sportive Thionvilloise, leader du championnat à la mi-saison, apparaît en surrégime.

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Les salaires des « stars » ne sont plus payés. « Avant un match de coupe de France, un joueur menace de ne pas rentrer sur le terrain s’il n’a pas son argent, dévoile un témoin anonyme de l’époque. Du coup, Roger Hoffman a pris la recette du match et l’a déversée dans le sac du type. »

La chute est prévisible. Les ténors quittent le club, la fin du championnat se joue avec de nombreux amateurs. Banqueroute.

La Sportive devient le Thionville FC et dégringole en Division 4 : « C’était une sacrée histoire » Qui méritait de jouer les prolongations. Un passif estimé à… 1,5 M de francs. Une somme, « 150 briques ».

Deux ans après le dépôt de bilan, l’état du passif de la Sportive Thionvilloise donnait le vertige. Cette dette abyssale emporta par le fond Roger Hoffman. Le 18 mai 1984, l’ancien président fut condamné par le TGI de Thionville à 3 mois de prison ferme, 21 mois avec sursis, 20 000 F d’amende et à une interdiction d’exercer toute activité professionnelle commerciale et industrielle pendant cinq ans.

Quelques lignes de dépenses difficilement justifiables, dévoilées lors de l’audience, symbolisaient le train de vie somptueux du club : des factures du Crazy Horze Saloon à Paris, de discothèques (le Syracuse, le Tabarin), 20 pantalons fabriqués sur mesure pour les joueurs ou encore des travaux de peinture dans l’appartement d’un footballeur.

Roger Hoffman déclarait aussi, à cette époque, 6 000 francs de frais de représentation par mois.

Ambitions Actuelles de l'US Thionville-Lusitanos

Ambition et humilité sont les maîtres-mots du projet mené depuis deux ans par les dirigeants de l’US Thionville-Lusitanos. Et cela porte ses fruits avec l’équipe fanion qui joue les premiers rôles au cinquième niveau du football hexagonal. La route est encore longue.

Il y a quarante ans, José Souto et Nico Braun faisaient vibrer les travées du stade de Guentrange. Dorénavant, ce sont des jeunes pousses comme Ryad Habbas qui ont pris la relève.

Repères Historiques du Football à Thionville

Fondé en 1905, le FC Thionville ne connaît qu'un réel essor après la première guerre mondiale, sous le nom de Sportive Thionvilloise. Si la seconde guerre mondiale coupera cet élan, Thionville reviendra au premier plan avec l'accession en DH en 1954, puis le titre de champion de Lorraine en 1961 et la montée en CFA. Le club ne tiendra que deux saisons à ce niveau. Dès lors s'en suivi une période de hauts et de bas jusqu'en 1977 où un énième titre de champion de Lorraine fut récompensé par l'accession en troisième division nationale. Mais des problèmes extra sportifs mettront vite fin à l'aventure.

Pendant près de 20 ans, le désormais FC Thionville va naviguer dans les divisions nationales inférieurs, entre CFA et National.

1905-1945: Les Débuts et l'Ère Allemande

C’est en 1905, sous le nom de Fußball-Club Diedenhofen qu’a été créé le premier club de football de la ville, à l’époque allemande du Reichsland Elsaß-Lothringen. Le club prend vraiment son envol après la première guerre mondiale, en 1919, sous l’appellation de La Sportive Thionvilloise et connaît une première consécration avec la conquête du titre de Champion de Lorraine au terme de la saison 1922/1923.

Cette performance allait être renouvelée en 1924/1925 et 1927/1928. Cette époque florissante pour le club allait aussi être marquée par des victoires en finale du Challenge de Wendel (la Coupe de Lorraine) en 1924 /1925 et 1928/1929.

En juillet 1940, durant la seconde guerre mondiale, la Moselle est annexée à l’Allemagne et plus particulièrement au Gau Westmark avec la Sarre et le Palatinat. La Sportive doit changer de nom et s’appelle désormais la Turn- und Sportgemeinschaft (TSG) Diedenhofen. Le club évolue en Kreisklasse Westlothringen, la deuxième division.

Afin de favoriser sa montée en Gauliga Westmark, où évoluent Sarrebruck, Metz et Kaiserslautern, le club enregistre, entre avril et juin 1943, le renfort de l’international allemand, le futur champion du monde 1954 Fritz Walter (comme Gastspieler, joueur invité en allemand), originaire de Kaiserslautern, et incorporé dans la Wehrmacht.

Mais le plan échouera, Walter ne pouvant jouer que quelques matches de championnat seulement. En 1944/1945, la Gauliga Westmark sera dissoute et Thionville fera son retour au football français.

1945-1976: L'Après-Guerre et les Divisions d'Honneur

Ce n’est qu’en 1954 que la Sportive retrouvera la division d’honneur. Six années de présence à ce niveau débouchent en 1960/1961 sur un nouveau titre de champion de Lorraine avec cette fois à la clé la montée en championnat de France amateur (CFA). Thionville, désignée ville la plus sportive de France en 1962, a alors le vent en poupe : les édiles locaux avaient su doter la ville d’installations sportives exceptionnelles pour l’époque avec notamment un stade omnisports pouvant accueillir 12 000 spectateurs en nocturne.

Mais le premier séjour au niveau national ne durera que deux saisons (1961/1962 et 1962/1963). Ensuite, pendant plus de dix années, Thionville devra se contenter de la Division d’Honneur, agrémentée d’une victoire en Coupe de Lorraine en 1963/1964 et d’une place de finaliste de cette même compétition en 1974 et 1976.

Il se dit pourtant dans le courant des années 1970 qu’une importante ville comme Thionville, bénéficiant d’un contexte géographique assez exceptionnel, au nord de la métropole lorraine, et d’un important bassin de footballeurs amateurs, doit avoir une représentation plus importante que le niveau régional.

1976-1981: L'Ascension en Division 2 et les Difficultés Financières

La saison 1976/1977 marque la conquête d’un nouveau titre de champion de Lorraine qui redonne l’occasion à Thionville de jouer au 3e niveau du football français. Après une première saison à ce niveau, la deuxième est celle de l’exploit sous la conduite des entraîneurs Rolland Ehrhardt (revenu à Thionville en juillet 1976) et Roland Bazard : En 1978/1979, Thionville monte en deuxième division nationale. Le président Roger Hoffmann demande et obtient le statut professionnel, lors du conseil fédéral de la FFF du 29 juin 1979, avec une période probatoire de deux ans2.

Pour sa première saison en 2e division, la Sportive termine 11e sur 18 équipes, passant à quatre points de la descente, José Souto et Lucien Bellavia terminant meilleurs buteurs de l’équipe (chacun 8 buts). La seconde voit Thionville devenir championne d’automne en 1980, devant le Stade brestois, donc virtuellement en Ligue 1 ! Malgré tout, la deuxième partie de saison sera dramatique : des raisons extra-sportives font tourner court la « belle aventure ».

Les recettes au guichet sont en effet très inférieures aux espérances budgétées (à une époque où il n’y a aucune recette de droits TV), la Sportive dépose le bilan, finissant pourtant ce championnat de Ligue 2 à une honorable 6e place, avec une équipe composée aux deux tiers de joueurs amateurs. Thionville était passé à sept points des barrages d’accession en Division 1, emmené par son prolifique buteur de 20 ans, Lucien Bellavia (15 buts).

1981-2009: Descente et Tentatives de Remontée

Le club est obligé de repartir en 4e division nationale en 1981/1982 sous le nom de Thionville Football Club. Il séjourne trois saisons à ce niveau et remporte la coupe de Lorraine en 1983, accède à nouveau à la 3e division en 1984 et s’y maintient pendant trois saisons. Puis c’est à nouveau la 4e division pour quatre exercices… et retour en 3e division en 1991 pour deux saisons.

Avec la réorganisation des compétitions nationales, Thionville intègre le National 2 en 1993 mais est relégué à la fin de l’exercice en National 3. Dans le même temps, c’est une victoire en coupe de Lorraine en 1993, après une finale perdue en 1992.

Mais l’année 2000 marque un tournant : Après 23 années consécutives de présence au niveau National, le Thionville FC réintègre le niveau régional. Régulièrement « pillé » de ses meilleurs joueurs par le championnat du Luxembourg (Sébastien Scherer et Jérémy Laroche par exemple), le Thionville FC est en 2004/2005 un mélange de joueurs expérimentés (Stéphane Barbian, l’ancien défenseur du FC Metz Philippe Gaillot) et de jeunes issus de la formation thionvilloise (Nicolas Broquard, Florent Karolyi, Gaëtan Kremer, etc.).

Deuxième derrière Blénod cette saison-là, il court après le CFA2 jusqu’en cette année 2009 où il est enfin sacré champion de Lorraine et accède de nouveau au niveau national. Ce titre vient s’ajouter aux quelques performances de cette dernière décennie comme la finale de Coupe de Lorraine perdue en 2001 et un 1/64e de finale de Coupe de France 2006.

La fierté du Thionville FC reste avant tout la formation. Comme le montre les parcours en Gambardella (Coupe de France des juniors) lors des saisons 2000-2001 et 2001-2002 avec des éliminations respectives par le PARIS FC et Fontainebleau en 32e de finale.

Les jeunes Thionvillois réussissent même à éliminer une très belle équipe du RED STAR au stade Jeanne d’Arc. On découvre alors une équipe soudée tout près d’accéder au niveau national. Petit rappel, la moitié des joueurs avaient gagné la coupe de lorraine des -15 ans trois ans plus tôt face au FC Metz de Renouard, Obraniak ou autre Butelle…

Les principaux acteurs sont Bertelli, Kremer, Broquard, Spiedt, Albert, Amrane, Santos, Schiebel, Odent ou encore Zanghini et Franchetto. À l’issue de la saison 2009-2010, le club est relégué en Division d’Honneur.

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