Début de saison oblige, un rapide tour d’horizon de la ligue la plus divertissante d’Europe et de ses 19 protagonistes s’impose. Enfin le quatrième club du pays retrouve le sommet, pour le plus grand plaisir de ses tempétueux supporters !
Trabzonspor : Le Champion en Titre
Champion indiscutable tout au long de la saison, malgré un patinage dans la dernière ligne droite, le club de la Mer noire présente une ossature reprenant les bases qui ont fait le succès de la saison dernière. Toujours le top gardien Uğurcan Çakır dans les cages (mais en petite forme peut-être à cause de son départ avorté vers l’Europe) et une robuste charnière Vitor Hugo-Bartra (excellentissime depuis son arrivée), chipant la place de Denswil.
Les postes de latéraux qui étaient les points faibles de la saison passée, sont enfin renforcés avec les arrivées de l’international danois Styger Larsen et la révélation Eren Elmalı. En attendant le retour de Bruno Peres, blessé, très bon l’an dernier et pouvant évoluer à droite ou à gauche.Au milieu, le coach Abdullah Avcı pourra disposer d’un impressionnant vivier, configurable à souhait autour de l’incroyable Hamšík. A ses côtés donc, l’entraîneur pourra choisir entre les récupérateurs Siopis, Dorukhan Toköz, qui peut jouer aussi RB voire CB ), Doğucan Haspolat (auteur d’une belle saison à Kasımpaşa comme E. Elmalı) remplaçant la belle vente Berat Özdemir.
Les ailes devraient être occupées par l’inusable Edin Višća (hélas blessé jusqu’en Novembre 2022) et la bonne recrue Trezeguet (remplaçant le départ du chouchou Nwakaeme). Les nouvelles recrues tenteront de se créer une place, à savoir l’espoir turco-néerlandais Nacı Ünüvar qui pourra affirmer son statut dans le club de son cœur, et Montasser Lahtimi.La pointe devait être l’apanage du géant Cornelius mais celui-ci est subitement retourné au FC København début septembre, car il souhaitait retourner au Danemark. Le président de Trabzonspor a rapidement réagi en transférant l’Uruguayen Maxi Gómez et le Gol Kralı (« Roi du But », meilleur buteur) Umut Bozok. Le capverdien Djaniny demeure une solution de rechange, en pointe ou sur une aile.
Sur le banc, nous retrouvons Abdullah Avcı et ses idées : un football bas, avec de belles lignes disciplinées, misant sur la contre-attaque, le travail et l’inspiration de ses talismans Bakasetas, Višća, Hamšík et A. Ömür. Un plan de jeu solide mais très limité contre des équipes maniant habilement le ballon, comme nous avons pu le voir face à Antalyaspor, FC København et surtout Ferencváros. Pire encore, A. Avcı semble avoir été incapable de préparer le club à leur nouveau statut de champion, au nouveau challenge de l’Europe et bien entendu aux attentes des supporters désormais galvanisées.
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En témoigne l’apathie de plusieurs joueurs clés (Bakasetas, A. Ömür), ce qui a coûté la qualification en Champions League au club, au grand dam de ses supporters.Dépendant des étincelles de son milieu, car incapable d’instiller du jeu offensif, A. Avcı a modifié son 4-2-3-1 en 4-1-4-1 pour profiter au mieux de ses créateurs. Cela demeure malheureusement insuffisant pour déverrouiller des écuries sachant faire tourner le ballon et défendant bien (par chance il n’y en que peu en Süper Lig), en témoigne le taux de passes réussies (onzième en termes des stats en championnat) ou celui de dribbles (deuxième de Süper Lig).
Des statistiques bien en-deçà de leurs concurrents au titre et ce, bien que les talents offensifs se déchaînent devant (troisième taux de tentative de la ligue, grâce à Bakasetas notamment).Doucement, l’idée se dessine qu’A. Avcı n’a pas les épaules pour porter le poids du titre de champion, mais pas encore chez les aficionados de Trabzonspor qui reconnaissent que le titre de l’an dernier est un exploit.
Exploit de taille puisque l’ex de Başakşehir a su rabibocher les débris d’un club lessivé par les hasardeux précédents mandats présidentiels.Reste que le désaveu est douloureux. Les supporters du club, qui ont vu leur équipe éliminée de la Champions League, perdre contre le champion hongrois malgré 80 min à 11 contre 10, et encaisser des buts en supériorité numérique (contre Crvena Zvezda), souffrent ! Des défaites qui par ailleurs enfoncent encore plus le bilan catastrophique du technicien turc en Europe (cinq victoires en 32 matchs !), que beaucoup considèrent comme le gaspilleur numéro un de points UEFA de la Turquie.
En conclusion, Trabzonspor repart sur ses bases, peu inspirées, mais avec un effectif millésimé. A l’équipe de se réveiller et de savoir se montrer à la hauteur des attentes qu’un champion en titre suscite. Que ce soit en championnat face à des concurrents revanchards ou sur la scène internationale qui est d’un tout autre niveau que la Süper Lig. Pour relever ce défi, Abdullah Avcı devra améliorer son modèle pour moins dépendre de la forme (Bakasetas) et des blessures (Hamšík, A.
Fenerbahçe : En Quête de Rédemption
L’éternel déception depuis 2014, le gros d’İstanbul qui ne parvient qu’à se hisser à la seconde place et c’est tout. L’élection du président Ali Koç, porteur d’espoirs lors de son arrivée en 2018, n’a débouchée que sur des échecs cuisants. Que cela concerne les projets ambitieux de ses débuts lorsqu’il collabore avec Damien Comolli et Phillip Cocu, ou encore lors de l’intronisation du prometteur Erol Bulut, supporter du club. C’est pourquoi le club Sarı-Lacivert (« Jaune et Marine » en turc) a frappé fort cet été en ramenant celui qu’il lorgnait depuis plusieurs années, Jorge Jesus !
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Un sacré nom, d’un tout autre calibre que ses tristes prédécesseurs, un gagnant confirmé et reconnu, au rayonnement international. À son arrivée, s’ajoute un recrutement très lusophone, avec Gustavo Henrique palliant le départ du meilleur défenseur du championnat l’an dernier Kim Min-Jae, Willian Arão (tous deux sous ses ordres à Flamengo par ailleurs), Luan Peres, Bruma (passé par Galatasaray), João Pedro et Lincoln.S’ajoutent à cela, les recrutements d’İrfan Can Eğribayat jugé plus performant que Berke Özer en doublure d’Altay Baydındır (d’ordinaire impressionnant, mais étonnamment friable à l’heure actuelle), Ezgjan Alioski pour suppléer Ferdi Kadıoğlu qui excelle également plus haut sur le terrain.
Devant, l’espoir ressuscité Emre Mor est tenté, sur les bons conseils de son ex-coach, Volkan Demirel, tandis que Joshua King semble avoir été acheté à la va-vite, en cédant aux propositions de l’agence Rogon (également manager de Pelkas, Berisha et Szalai). Or le club n’a pas pris en compte la limitation du nombre d’étrangers, et a dû donc se résoudre à ne pas octroyer de licence à M. Lemos, Filip Novak et Bruma, rendant le transfert de ce dernier parfaitement inutile ! Exception faite de ce couac, il s’agit d’une politique de transfert rondement menée ou J. Jesus ne s’est quasiment rien vu refuser.
Armé de cet effectif pléthorique, le « double J » a tenté depuis son arrivée diverses formules, du 4-2-3-1 au 3-1-4-2, pour finalement choisir le 3-4-3. De la même manière, le technicien portugais a testé l’ensemble des joueurs de son effectif, pour finalement se reposer sur les éléments les plus solides et complets. Ainsi, son 11 type semble prendre forme, avec Altay au goal, un trio Luan Peres-Szalai-Henrique en défense, un cœur W. Arão-M. Crespo encadré par les pistons Alioski-F. Kadıoğlu au milieu, et couronné par J. King- João Pedro-D. Rossi en attaque.
Sur le terrain, la recette du Portugais sent la poudre : meilleure attaque avec 15 buts en Süper Lig, Fenerbahçe bénéficie surtout de la zizanie provoquée par le jeu rapide et le talent de ses attributs offensifs. En témoigne son taux de dribbles réussis, de très loin le meilleur. Les Sarı-Lacivert peuvent en effet compter sur les percussions de D. Rossi, Lincoln et Emre Mor, les provocations de Batshuayi ou encore les appels d’un Enner Valencia retrouvé en pleine confiance.
Si offensivement c’est flamboyant, l’équipe de la rive asiatique d’İstanbul apparaît infiniment moins convaincante défensivement. Bien que l’équipe sache empêcher l’adversaire de solliciter Altay (deuxième plus faible taux de tirs subis), la défense n’est pas encore en place avec beaucoup d’errements, et est très peu accrocheuse : Fenerbahçe n’est pour l’instant que la sixième meilleure défense, un peu juste pour prétendre au titre. D’où le choix de J. Jesus d’accompagner sa précieuse sentinelle Willian Arão (qui effectue un abattage monstrueux) de M. Crespo pour le couvrir et alléger sa responsabilité. Les victimes de ce choix rationnel, en revanche, sont les virevoltants Bright Samuel-Osayi, Lincoln et Emre Mor, pourtant tous convaincants lors de leurs titularisations. Hélas pour eux, les résultats donnent raison à J. Jesus, avec cinq victoires en six matchs depuis cette nouvelle stratégie, contre deux en six matchs auparavant, prenant même sa revanche sur le Dynamo Kyiv.
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Aussi, ces excitantes options seront régulièrement sollicitées, le Portugais appréciant faire tourner son effectif (cf. en Europa League), auxquelles s’ajoutent encore davantage de talents au cœur du milieu : entre le retour de blessure du superbe İrfan Can Kahveci, le phénomène Arda Güler, le ressuscité Miha Zajc et le compétiteur Mert Hakan Yandaş.
Fenerbahçe a donc frappé fort en convainquant un entraineur de prestige, un réel gagnant : le club lui a par ailleurs donné tous les moyens en concrétisant l’essentiel de ses requêtes en termes de transfert.
Konyaspor : La Surprise de l'Année Dernière
La très belle surprise de l’année dernière, rivalisant longtemps avec Trabzonspor et grillant la politesse aux clubs d’İstanbul (à l’exception de Fenerbahçe) en se hissant à la troisième place. Personne ne les avait vu venir et pour cause : son budget limité et son profil discret. Mais Konyaspor est un club avec un beau noyau de supporters loyaux et d’un grand soutien, des idées claires sur ses objectifs et moyens et un bon département scout (propre aux équipe anatoliennes). Son autre arme réside dans son jeune coach İlhan Palut (45 ans), peu valorisé jusqu’alors malgré de bonnes performances à Göztepe et Hatayspor en deuxième division.
Alignant un 4-2-3-1 aux lignes resserrées, les Anadolu Kartalı (« Aigles d’Anatolie ») forment une équipe très solidaire, hargneuse où tout le monde participe aux tâches défensives et offensives. Un style mordant qui a bousculé bon nombre de ses adversaires, surtout ceux ne sachant pas exploiter les largesses défensives s’accentuant au cours des matchs. Ce « football total » avait le défaut de scinder en deux son équipe, si les poumons du milieu et les latéraux venaient à s’essouffler.
İ. Palut semble avoir travaillé là-dessus. Son équipe montre une masse uniforme et coriace qui réalise le meilleur départ avec Başakşehir, grâce à sa capacité d’annihilation des attaques adverses : meilleure défense en ayant encaissé aucun but, comme Başakşehir, et troisième équipe à subir le moins de tirs. Seul bémol, l’honteuse élimination contre Vaduz, club du Liechtenstein évoluant en deuxième division suisse ! Pas encore prêts face au but, sur une pelouse à peine jouable (le stade avait reçu la finale des Jeux Islamiques la veille), novices sur la scène européenne, les verts et blancs ont dû prendre cette défaite comme une claque.
Offensivement, c’est plus délicat en étant seulement la onzième attaque du pays. Konyaspor parvient pour l’instant à s’en sortir grâce à la justesse (quatrième meilleur réalisme) des actions de ses joueurs comme Soner Dikmen, Çekiçi ou Ahmet Oğuz.
Sur le papier, c’est l’ossature de l’an dernier, limitée mais dont İ. Palut a su tirer tout le talent. Surtout que les dirigeants ont eu l’idée lumineuse de boucler, comme les années précédentes, l’essentiel de leur mercato dès le mois de juin. Nous retrouvons le fiable Guilherme en latéral gauche et les bons Ahmet Oğuz/Cebrail Karayel venus renforcer le côté droit.
Le milieu est constitué du fidèle triumvirat Hadziahmetovic-Dikmen-Cekici, dans lequel Pavičić ou Bruno Paz peuvent s’immiscer. Les ailes sont pour les renversants Bytyqi (excellent) et Murić, et éventuellement Michalak, tandis que la pointe de l’attaque devrait être occupée par Muhammet Demir (proche du groupe turc au dernier Euro). Il sera concurrencé par Uche Ikpeazu et Mame Diouf, tous trois nouvelles acquisitions.
İlhan Palut va devoir rebondir sur la terrible désillusion arrivée en Coupe d’Europe (peut-être la pire contre-performance d’un club turc en Europe, et il y en a eu !), pour réitérer la performance de la saison dernière. Cela passera par un jeu plus séduisant vers l’avant, avec plus de fluidité entre les blocs attaque et défense, et par impliquer tout le groupe dans le projet de Konyaspor de viser l’Europe. İ.
Başakşehir : Le Challenger Constant
Le club d’İstanbul mal-aimé, celui que beaucoup accuse à tort d’être le club de Recep Tayyıp Erdoğan. Et ce, même si son président Göksel Gümüşdağ en est effectivement proche et membre de l’AKP.
Et pourtant, Başakşehir est plus que cela : champion en 2020 rejoignant le club des six équipes à l’avoir été, l’écurie orange et bleue (couleurs de la municipalité d’İstanbul) a su s’imposer comme un challenger régulier. Jamais en-dessous de la 4e place depuis 2015 à l’exception de l’accident post-titre de 2021 (12e place), le club évolue à l’abri du fanatisme destructeur des supporters propre aux autres clubs turcs, grâce à son emplacement dans le néo-quartier de Başakşehir, loin du centre d’İstanbul et plutôt estudiantin et familial.
Cette année, on retrouve la légende Emre Belözoğlu pour sa deuxième année au club. Il propose un 4-1-4-1 serein, modulable en 4-3-3 pour plus de vitesse et de percussion, un schéma assez novateur pour un coach turc et qui a su porter ses fruits. Un dispositif formant une équipe solide, mature, appréciant le ballon (top trois des passes les plus précises), travailleuse, et bénéficiant de la qualité technique de joueurs comme Aleksić, Deniz Türüç ou Berkay Özcan. Et pour l’instant le jeune technicien réalise un merveilleux départ.
Il reste en effet invaincu depuis le début de la saison (avec zéro but encaissé !), y compris en Europe, étant de fait la meilleure écurie turque engagée. En outre, il s’auréole d’une prestigieuse statistique de six victoires en huit joutes européennes, soit mieux qu’Abdullah Avcı dans toute sa carrière!
Başakşehir repart sur ses bonnes bases, avec toujours au goal l’ancien gardien de la Turquie Volkan Babacan, énorme l’an dernier. En défense centrale, l’ex du Milan AC Léo Duarte est épaulé au choix par l’international algérien Ahmed Touba, qui remplace le vieillissant colosse Moldave Epureanu (36 ans) ou le milieu défensif de formation Youssouf Ndayishimiye. Quant aux latéraux, les doublettes brésilienne Lucas Lima-Júnior Caiçara, peut-être la plus productive du championnat, et turque H. Kaldırım-Ş. Özbayraklı sont alternées.
Le poste de sentinelle devrait être occupé par le vétéran Lucas Biglia (36 ans), véritable métronome à Fatih Karagümrük l’an dernier, en alternance avec le chevronné Mahmut Tekdemir (34 ans). L’animation devrait être laissée à Berkay Özcan, qui a gagné en importance l’an dernier, et au CAM ...
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